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29 November Bigger on the inside![]() Ceux qui me connaissent un peu le savent, pour pallier à la monotonie chronique de mon existence, je m’autorise environ une obsession compulsive par trimestre, de durée et d’importance variable, et avec plus ou moins de séquelles sur le long terme. Les plus récentes ayant été, dans le désordre, Jane Austen, James MacAvoy, History Boys, True Blood, Twilight, Murdoch Mysteries, et j’en oublie sûrement.
Celle de cet automne, qui a été plutôt d’un genre épidémique, concerne une série absolument emblématique et iconique, si populaire qu’elle a généré autour d’elle un univers entier de produits dérivés, romans, action figures, de spin-offs, de conventions sci-fi, d’ultra-fans à fond dans la geekitude, immanquable pour peu qu’on soit britannique, et avec éventuellement un peu de retard pour les autres, j’ai nommé Doctor Who qui passionne depuis 1963, et plus encore depuis son revival sur les écrans en 2005.
Tandis que je découvrais la série, plutôt tranquillement, grâce aux rediffusions de France 4, Fashion et Karine, elles-mêmes fans de longue date, ont eu l’idée de lancer un Doctor Swap consacré à leur (notre ?) héros voyageur. N’écoutant que mon primaire instinct en cette occasion (les obsessions compulsives peuvent démarrer en douceur mais elles déconnectent très vite le cerveau), je m’y suis aussitôt inscrite, bien décidée à combler mon déficit en connaissances whoniversques en m’envoyant d’affilée les 4 saisons de la série, plus l’intégralité de Torchwood, tant qu’à faire. Le temps consacré à la préparation du swap et au visionnage de tous ces épisodes, plusieurs fois pour certains, et tous les bonus des dvd, explique en grande partie mon absence de la blogosphère ces derniers temps.
J’ai été chercher hier mon colis à la Poste. J'ai été swappée par Yueyin ! Et voici ce qui m’attendais :
![]() D'abord, je tiens à m'excuser de la médiocrité des photos, elles ont été prises avec mon portable,
parce que j'ai malencontreusement laissé tomber mon appareil-photo par terre.
![]() De la lecture.
Deux volumes de Doctor Who d'abord, avec Martha, ma préférée. Yueyin en a lu un avant de me l'envoyer, et me dit qu'elle l'a trouvé drôle.
Agatha Christie, ensuite. Parce que j'en ai beaucoup lu, mais jamais en anglais. Et que j'aime quand elle balade ses personnages dans des contrées ensoleillées.
Charles Dickens, enfin, parce que malgré ma mauvaise expérience avec Les Grandes Espérances, j'espère toujours que je finirai par aimer Dickens.
![]() Des douceurs pour le palais :
Du chocolat, plein de chocolat !
A l'huile d'olive (?), à la fleur de sel et au café (jamais trop de café, non. Ni de chocolat, en fait.)
![]() Des petites choses bien thématiques :
Un magnet de Londres, ce qui est bien trouvé parce que je ne l'avais pas précisé dans mon questionnaire mais justement, j'aime les magnets, la peuve : ![]() ![]() Et pour continuer dans le décor londonnien, une bougie décorative, (la fameuse cabine téléphonique rouge n'étant pas sans rappeler un autre genre de cabine téléphonique...)
![]() Un petit carnet pratique, avec un crayon manifestement taillé à une époque où les taille-crayons n'avaient pas encore été découverts
Et enfin, la créature la plus effrayante de l'univers (au moins) qui exterminera quiconque tentera de me piquer mes clés !
![]() Un grand merci à Yueyin pour ce magnifique colis. L'aimant est sur le frigo, les chocolats sont entamés, tout comme l'un des romans Doctor Who, et j'adoooooore mon Dalek !
Merci aussi à Fashion et Karine pour l'organisation de ce swap, et à tous les fans de la blogosphère, pour m'avoir contaminée avec la doctormania, j'en suis ravie, c'est vraiment ma découverte de l'année.
28 November Can you put a price on your dreams ?![]() L’Imaginarium du Docteur Parnassus
(Titre original : The Imaginarium of Doctor Parnassus)
De Terry Gilliam. Avec Christopher Plummer, Heath Ledger, Tom Waits, Lily Cole…
Sortie le : 11 Novembre 2009
Le vieux Docteur Parnassus trimbale sa roulotte, l’Imaginarium, dans les rues de Londres en tentant, avec l’aide de quelques saltimbanques, de faire survivre son spectacle. Mais notre monde moderne ne semble plus avoir besoin de ses histoires.
Après m’être tenue éloignée des salles obscures pendant un laps de temps assez inusité de ma part, c’est grâce à ce film que j’en retrouve le chemin. Et c’est peut-être bien justement LE film dont j’avais besoin pour me remettre sur les rails. D’abord parce que c’est le dernier (le vrai dernier) film de Heath Ledger, et que je m’étais promis de ne pas le rater. Ensuite parce que mon état de fatigue dû à l’heure quelque peu tardive de la séance, et surtout à la semaine éprouvante qui avait précédé, était tout à fait propice à me pousser dans l’univers onirique et décalé du Docteur Parnassus sans que j’oppose la moindre résistance.
En effet, Terry Gilliam n’est pas connu pour être le meilleur ami de ceux qui veulent garder les deux pieds bien ancrés dans le réel. Mieux vaut éviter de trop décortiquer l’histoire (que mon accompagnatrice a trouvée pleine d’incohérences (Non, sérieusement ? De la magie, des immortels et le Malin en personne, mais comment s’est-il débrouillé pour que le résultat manque de logique ?)). Laissez-vous plutôt porter par la poésie de ses images, aussi belles et étranges que des tableaux de Dali. Le fin mot de l’histoire viendra à vous de lui-même.
L’Imaginarium… peut être vu comme une énième réinterprétation du mythe de Faust. Parnassus, érudit un peu trop sûr de lui, joue avec le diable et obtient d’abord l’immortalité, puis l’amour. Mais ce qu’il doit sacrifier en échange finit par être un prix un peu trop lourd à payer. Et pourtant, même s’il a eu la faiblesse de céder à la tentation, ses convictions étaient les bonnes. Du moins, elles le sont pour moi, qui aime tant qu’on me raconte des histoires (cette phrase étant évidemment à prendre au sens propre, je ne suis pas en train de dire que j’aime qu’on se paie ma fiole, non plus !) car moi aussi je crois que l’imagination est une qualité supérieure, une de celle qui rend les gens meilleurs, et qui fait avancer le monde.
![]() Et de l’imagination, il a fallu en faire preuve au moment où le film perdait son interprète principal en route. Mais Gilliam, en habitué des tournages maudits et des tuiles en tous genres, a réussi à rebondir grâce à une trouvaille cinématographique assez géniale, qui parvient à être à la fois un cadeau pour les spectateurs et un bel hommage rendu à Heath Ledger. Tony, le mystérieux inconnu aux multiples facettes, est donc incarné par quatre acteurs pour le prix d’un, Heath Ledger, séducteur, est remplacé par Johnny Depp, aussi énigmatique qu’un chat du Cheshire, Jude Law, en transe hallucinatoire, malheureusement tous deux sous-exploités, et pour finir Colin Farrell, absolument survolté. Ce dernier, que je n’apprécie pas outre mesure d’habitude, m’a paru pour une fois donner une prestation convenable dans un rôle qui lui allait assez bien, c’est assez rare pour que je le souligne.
Le reste du casting est tout autant en dents de scie. Tom Waits est plutôt convaincant en Old Nick élégant et décontracté qui semble faire le mal parce qu’il le faut bien, pour maintenir l’équilibre du monde, mais d’avantage pour se distraire que par réelle conviction. Face à lui, Le Parnassus de Christopher Plummer ne semble pas faire le poids. Non qu’il soit mauvais, mais ce rôle de vieux sage fatigué et alcoolique aurait pu échoir à n’importe quel apprenti Gandalf ou Dumbledore sans qu’on voie la différence.
Andrew Garfield, que j’observe avec intérêt depuis Lions et Agneaux, me confirme une fois de plus que j’ai raison de l’avoir à l’œil. Il allie la malice du gamin grandi trop vite au charme du jeune premier romantique et vole la vedette à son rival dès qu’il est à l’écran.
Lily Cole, par contre, a une beauté inhabituelle qui a manifestement envouté le réalisateur au point qu’il a dû penser que sa splendeur se suffirait à elle-même et que l’admirer pendant deux heures justifierait presque d’aller voir le film (ceci dit sans minimiser le talent de ses maquilleurs, habilleurs, et éclairagistes et autres). Certes, elle est très agréable à regarder, et plutôt bien mise en valeur. Mais je me permets de penser qu’une fille avec des yeux pareils vaut forcément mieux que ça. Et donc, j’attends un prochain film pour me faire une opinion plus fondée sur son réel talent d’actrice.
De toute façon, dans un film pareil, ceux qu’il faut vraiment féliciter sont justement les petits artisans de l’ombre dont on ne connait jamais les noms, c'est-à-dire les créateurs des décors, réels ou assistés par ordinateur, des costumes, des accessoires, tous parfaitement magnifiques. N’allez pas me dire qu’au cinéma le fond prime sur la forme. C’est grâce au talent de ces gens-là qu’on a de belles choses à regarder.
06 October The luck of one member of a family is luck to all![]() The Watsons
de Jane Austen
&
Emma Watson
de Joan Aiken
Après le remariage de sa tante à qui elle avait été confiée quatorze ans plus tôt, Emma Watson se voit contrainte de revenir vivre chez son père, pauvre et malade, et de côtoyer ses frères et sœurs dont les manières et l’éducation sont très en dessous des siennes.
Au cours d’un bal, elle fait la connaissance du très admiré Tom Musgrove, de son désagréable ami, Lord Osborne, ainsi que de l’ancien précepteur de ce dernier, Mr Howard.
Octobre sera austénien, où ne sera pas, challenge oblige. Il est temps de s’y remettre.
The Watsons est l’un des deux romans commencés par Jane Austen et jamais terminés, l’autre étant Sanditon. Si le second est resté inachevé, c’est parce qu’Austen est morte pendant qu’elle l’écrivait. Quant aux Watsons, elle l’a tout simplement abandonné après en avoir écrit trois chapitres, et ne l’a jamais repris. Il existe plusieurs versions achevées du roman, dont l’une, intitulée The younger sister, est due à la propre nièce de Jane Austen, Catherine Hubback. Je n’ai pour ma part réussi à m’en procurer qu’une seule, Emma Watson de Joan Aiken.
Parlons d’abord de la première partie, The Watsons, celle donc qui a été écrite par Jane Austen, parvient assez habilement à exposer les faits et les personnages tout en plongeant le lecteur directement dans l’histoire. La quasi-totalité des personnages que l’on rencontrera au cours du roman sont présents dans ces quelques premiers chapitres, au moins indirectement car ceux qui sont absents sont présentés au travers des conversations, et on se fait très vite une idée de la situation de l’héroïne.
Emma, 19 ans, vient récemment de rentrer vivre chez son père, le Révérend Watson, après avoir passé 14 ans chez sa tante et son oncle. En effet, telle Fanny Price dans Mansfield Park, Emma a été accueillie par une parente plus riche qui s’engageait ainsi à pourvoir à son éducation et à assurer son avenir. Les tuteurs d’Emma, contrairement à ceux de Fanny, se sont montrés affectueux et ouverts, et son enfance a été heureuse. Malheureusement, après la mort de son époux par alliance, deux ans plus tôt, la tante d’Emma décide de se remarier, et d’aller vivre en Irlande avec son second mari. Sans sa nièce. Emma, privée de l’héritage et de l’avenir auxquels elle pouvait logiquement s’attendre, n’a d’autre ressource que de rentrer au presbytère de Stanton, où elle est accueillie avec bienveillance par son père et sa sœur aînée Elizabeth.
Sa sœur Margaret, son frère Robert et sa belle-sœur Jane, dont elle fera la connaissance quelques jours plus tard, montrent moins de plaisir à voir revenir Emma les mains vides. Celle sur qui ils comptaient pour assurer le soutien de l’ensemble de la famille dans l’avenir n’est plus qu’un poids supplémentaire à assumer. Emma se retrouve donc au milieu de gens qui, pour être ses parents les plus proches, lui sont tout à fait étrangers et ne veulent pas d’elle.
Cette première partie, même si elle est courte, contient déjà tous les éléments types d’un bon roman austénien : une jeune fille appartenant à une famille de la gentry désargentée, côtoyant des voisins et connaissances de classe supérieure, que ce soit par leur fortune ou par leur rang, qui n’a d’autre choix que de se marier si elle veut assurer son avenir, mais qui espère tout de même que son mariage, si mariage il y a, la liera à un homme qu’elle pourra aimer.
Passons maintenant à la seconde partie, Emma Watson, le roman de Joan Aiken. Je ne me souviens pas avoir lu quoi que ce soit de cet auteur auparavant, mais le fait et que j’ai eu des doutes sur ses compétences dès les premières lignes, car les choses se gâtent immédiatement. Jane Austen, en plus des informations précises qu’elle donne dans les premiers chapitres, avait décidé dès le début du destin de certains des personnages, ainsi que de la façon dont son roman devait se terminer, et elle l’avait expliqué dans ses lettres à sa sœur. Il n’est pas certain du tout que Joan Aiken ait suivi ses instructions, dans la mesure où elle n’a même pas été capable d’observer la plus élémentaire cohérence quand au déroulement des événements. Par exemple, à la fin de la partie « Austen », Robert et Jane quittent Stanton pour rentrer chez eux à Croydon. Ils ont invité Emma, qui a décliné. Margaret, qui habitait chez eux jusque là, reste à Stanton avec ses sœurs. Au début de la partie « Aiken », Robert et Jane sont toujours à Stanton, ils étaient en fait partis « en visite chez des amis, seulement pour la journée », et quand ils rentrent finalement chez eux, Margaret décide finalement qu’elle va repartir à Croydon elle aussi. Autre exemple, Mrs Blake, d’abord présentée comme une veuve qui vit avec son frère, Mr Howard, et tient son ménage, se retrouve en fin de compte nantie d’un mari bien vivant mais absent car capitaine au long cours, et vivant seule avec ses quatre enfants tandis que son frère vivrait apparemment… au château avec la famille Osborne (?) J’ai aussi adoré apprendre, vers la fin du roman, que Mr Watson, depuis longtemps si malade et faible qu’il ne quittait plus sa chambre, était tout de même parvenu à se rendre, seul et fort discrètement, chez son notaire dans la ville voisine pour faire modifier son testament.
S’il ne s’agissait que de quelques petites entorses nécessaires à la progression de l’intrigue, j’aurais pu passer l’éponge. Mais le vrai problème vient surtout du style. Bien qu’elle s’en réclame, Joan Aiken piétine allègrement, tant sur le fond que sur la forme, tout ce qui fait qu’on aime Austen. Au lieu d’utiliser le discours indirect, elle fait énormément dialoguer ses personnages. Qui causent, causent, causent, sans arrêt, pour ne rien dire d’intéressant, mais souvent pour exprimer un peu tout ce qui leur passe par la tête, racontant au premier venu les pires banalités aussi bien que leurs pensées les plus personnelles. Un comble pour des gens sensés vivre à une époque où la bienséance et la discrétion étaient primordiales, et où il convenait de peser ses mots et de ne pas exprimer ses émotions et ses réflexions trop librement.
En plus de ça, ces gens sont absolument entiers, manichéens, les bons comme les mauvais. Quasiment aucun d’entre eux ne subit la moindre évolution entre le début et la fin du roman. C’en est consternant. Comme si le cours des événements n’avait aucune prise sur eux. Et pourtant, Aiken n’est pas avare en événements capables de provoquer des revirements de conscience. Incidents anodins ou accidents graves, scandales pouvant faire passer la fugue de Kitty Bennett pour un départ en vacances, découvertes incroyables et miraculeuses résolutions de problèmes se succèdent à un rythme ahurissant. Ce n’est plus du Austen, c’est du Jules Verne. Je n’aurais pas été surprise si Emma avait résolu ses problèmes d’argent en découvrant un trésor dans le jardin. Hilarant.
Ce qui m’a moins fait rigoler, par contre, c’est la façon dont Emma et Elizabeth sont traitées par leurs sœurs Penelope et Margaret, et par leur belle-sœur Jane. Ces trois femmes sont des mégères, d’épouvantables sorcières. Emma n’a tout simplement aucune chance, toute sa patience et sa bonne éducation ne peuvent lutter contre leur mépris, leur hauteur, leur stupidité, leur arrogance, leur avidité et leur mauvaise foi. Ce serait comme jeter des cailloux sur un tank. J’ai eu l’impression de relire un condensé des pires moments de Princesse Sarah et Cendrillon. L’horreur intégrale. Aucun livre ne m’avait autant donné envie de hurler et de le jeter par la fenêtre depuis Le diable s’habille en Prada, et ce n’est pas peu dire.
En somme, si Austen a souvent inspiré, ça n’a pas été toujours à bon escient. Emma Watson est à vouer à l’oubli. Oui, c’est sévère. Mais imprimer le nom d’Austen sur la couverture ne donne pas le droit de publier autant d’inepties.
27 September Décatrigrammes![]() L'heure secrète
(Titre original : Midnighters, 1- The Secret Hour)
De Scott Westerfeld
Quelques jours après son arrivée à Bixby, Oklahoma, Jessica Day découvre qu’à minuit, le temps s’arrête. Une vingt-cinquième heure commence, une heure secrète qui appartient aux créatures de la nuit. Cette heure supplémentaire n’est perceptible que pour quelques humains, les Midnighters.
Bien qu’elle soit l’une d’entre eux, Jessica est différente de ses nouveaux compagnons. Contrairement à eux, elle ne possède aucun pouvoir. Pourtant, sa simple présence a déclenché le réveil des Darklings, de redoutables fauves nocturnes.
Scott Westerfeld s’est d’ores et déjà fait un nom dans la littérature jeunesse fantastique, et à présent que j’ai lu L’heure secrète, je comprends pourquoi et j’ai très envie de lire sa saga Uglies… Dans le premier tome de la trilogie des Midnighters, il parvient à créer en quelques chapitres les codes d’un univers qui, sans être réellement un autre monde, possède ses propres règles. On appréhende très vite le fonctionnement de l’heure bleue, sans avoir besoin de longues explications encyclopédiques.
D’autre part, les Midnighters sont en nombre assez réduit. C'est-à-dire, suffisamment peu nombreux pour que chacun ait sa propre personnalité, ses propres problèmes, ses interrogations. Mais suffisamment nombreux quand même pour que leurs relations soient compliquées et intéressantes à explorer. Jessica, qui est le personnage central, ne sait rien de l’heure bleue et a tout à découvrir. Les autres, en revanche, ont déjà une expérience solide de la nuit, un passé en commun, y compris des disputes, des rancunes et des secrets.
Ca se lit facilement, et avec plaisir. Et même si ça parle d’adolescents, et occasionnellement d’émois adolescents, ça ne bêtifie jamais. Le premier tome fait surtout office de mise en place, mais on sent déjà, dans toutes les questions laissées sans réponse, que l’auteur sait où il nous emmène, et qu’on aura plaisir à l’y suivre. Vivement la suite.
24 September The last night that she lived, it was a common night![]() Except the dying
De Maureen Jennings
Un matin d’hiver 1895, le cadavre de Thérèse Laporte, jeune domestique québécoise, est découvert nu, dans la neige, au fond d’une ruelle. Murdoch, récemment promu détective, enquête sur les possibles témoins du meurtre, ainsi que sur les employeurs de la victime.
Sur son temps libre, il tente d’améliorer sa vie sociale pour oublier sa fiancée, Liza, morte deux ans plus tôt.
![]() Under the dragon’s tail De Maureen Jennings
Murdoch est chargé de l’enquête sur la mort de Dolly Shaw. Autrefois sage-femme, la victime était alcoolique et très antipathique, et gagnait sa vie en monnayant son silence auprès de celles de ses clientes qui avaient un besoin désespéré de discrétion.
Pendant ce temps, en vue du tournoi inter-station de la police de Toronto, Murdoch doit s’entrainer à la course cycliste et découvrir qui essaie d’empoisonner George Crabtree, le meilleur espoir de la station 4 pour la compétition de lutte.
![]() Poor Tom is cold De Maureen Jennings
L’agent Oliver Wicken est retrouvé mort sur le circuit de sa ronde nocturne. Une note retrouvée sur lui laisse à penser qu’il s’est suicidé à cause de sa rupture avec sa fiancée. Or non seulement personne ne savait qu’il était fiancé, mais aucun de ses collègues, à commencer par Murdoch, ne peut croire à son geste.
Dans une maison toute proche de l’endroit où Wicken est mort, une jeune femme a été enlevée de force et emmenée à l’asile par les enfants de son mari, après qu’elle les ait accusés d’avoir assassiné son petit garçon.
![]() Night’s child De Maureen Jennings
Amy Slade, jeune institutrice progressiste, trouve dans le casier d’Agnès Fisher, une de ses élèves âgée de treize ans, des photographies à caractère pornographique. Dont une d’Agnès elle-même. Le lendemain, Agnès ne vient pas en classe. Amy se rend à la station n°4 et demande à Murdoch d’enquêter discrètement.
Murdoch doit également découvrir qui tente de discréditer à coup de lettres anonymes son collègue, le sergent Charlie Seymour, et faire face au départ prochain d’Enid Jones, la jeune femme qu’il fréquente depuis quelques mois.
Alors que mes parents s’apprêtent à partir pour un périple qui lès emmènera de Toronto à Québec, les petits veinards, je suis pour ma part en train d’en finir péniblement avec Night’s child, le cinquième tome des Detective Murdoch Mysteries. Sur sept volumes publiés, j’en ai acheté cinq, et lus quatre. (J’ai sauté le quatrième, ne me demandez pas pourquoi, une impulsion du moment). Et je crois que je vais m’arrêter là. Les romans de la série des Murdoch Mysteries appartiennent à ce genre un peu bâtard qu’est le roman policier historique, où l’auteur donne pour cadre à son enquête une époque passée, à l’image par exemple de ce qu’Anne Perry a pu écrire. La principale difficulté pour l’auteur est de maintenir l’équilibre entre la partie « investigation », la plus importante car elle est la ligne directrice du livre, mais qui doit rester cohérente vis-à-vis du contexte qui lui est donné, et la partie « Histoire » qui se doit d’être juste et fidèle à la réalité historique, intéressante également car sinon l’exercice est inutile, mais sans tomber dans la pédagogie non plus car elle doit rester en retrait par rapport à la partie investigation.
Les romans de Maureen Jennings, qui racontent les enquêtes du détective William Murdoch dans le Toronto de 1895, ont non seulement été bien accueillis par les lecteurs, dans plusieurs pays et plusieurs langues, mais ils ont aussi été salués par la critique. Certains ont même été récompensés. Je veux bien reconnaître que c’est à juste titre. L’auteur s’est manifestement appuyée sur un travail de recherche minutieux pour recréer la ville de Toronto telle qu’elle était à la fin du XIXe siècle, c’est à dire une ville moderne en pleine essor, où les nouveaux immigrants arrivaient chaque jour, et où la répartition de la population en couches sociales bien distinctes et hermétiques les unes par rapport aux autres était un état de fait accepté comme allant de soi. Murdoch se promène des quartiers les plus huppés aux rues les plus malfamées, à pied, en tram ou en vélo. Avec lui, on assiste aux enquêtes du coroner et aux autopsies, ramassis de préjugés et d’ignorance. On visite les asiles d’aliénés, les écuries et les cabarets. Et si, en tant que héros, il occupe le plus gros de l’espace, chaque personnage, même le moins important de l’intrigue, a droit à son chapitre, ou au moins ses quelques pages, pour que sa situation soit exposée et que le lecteur se trouve bien immergé dans cet univers. Du côté reconstitution, donc, rien à dire.
Mais le problème, c’est justement que la reconstitution prend énormément de place. Certains passages, très utiles pour à installer une atmosphère, ne servent en revanche à rien dans l’intrigue. Certains personnages semblent n’être là que parce qu’ils vont bien dans le décor. A côté de ça, les enquêtes en elles-mêmes abordent des sujets parfois intéressants mais toujours glauques, comme l’avortement illégal, les violences sur enfants… A croire que personne ne tue simplement pour l’argent. Leur résolution est toujours fastidieuse, il n’y a absolument rien de ce processus qui permet au lecteur de démêler l’écheveau graduellement et de tirer ses propres conclusions. Les réponses arrivent tout bêtement, au moment où l’auteur a eu envie de les révéler. Ou bien elles n’arrivent pas. Certaines sous-intrigues sont carrément laissées sans solution à la fin.
Et puis surtout, après avoir vu et beaucoup aimé l’adaptation en série de ces romans, j’ai été frustrée de ne retrouver dans ces derniers ni la même ambiance, ni vraiment les mêmes personnages. Je m’étais faite à un détective extrêmement brillant, passionné de sciences et technologies mais peu doué socialement (un geek, en somme), évoluant dans un décor qui restait sépia et élégant malgré les crimes qu’on y commettait. Les romans, plus réalistes, sont évidemment plus sombres, plus tristes, plus sales, plus sordides. Et mon William Murdoch y a complètement disparu. A sa place, il n’y a qu’un homme toujours déterminé à faire éclater la justice et la vérité, mais moins préoccupé par l’approfondissement de ses connaissances scientifiques que par l’idée, vraiment très obsédante, de mettre fin à son célibat.
C’est sans doute un tort de juges une œuvre d’après son adaptation, mais je ne peux m’empêcher de trouver que les scénaristes de la série ont fait un travail formidable en approfondissant les points positifs des romans et en ajoutant les éléments qui leur manquaient, à commencer par de l’humour. Le tome 4 va repartir vers la PAL et va y rester quelques temps. Quant à moi, je vais passer à autre chose.
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