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    September 16

    Real blood is for suckers

     
     True Blood
    Série créée en 2008 par Alan Ball

    Avec Anna Paquin, Stephen Moyer, Sam Trammell, Ryan Kwanteen...

     

    Une firme japonaise ayant mis au point un sang synthétique, les vampires qui vivaient jusque là dans la clandestinité décident de révéler officiellement leur existence aux mortels et tentent de s’intégrer à la société.
    Deux ans après la « sortie du cercueil », le vampire Bill Compton revient à Bon temps, petite bourgade de Louisiane dont il est originaire. Il y fait la connaissance de Sookie Stackhouse, serveuse dans un bar-snack et télépathe. Entre eux, l’attirance est immédiate et irrésistible. Mais à Bon Temps encore plus qu’ailleurs, les mentalités peinent à évoluer et l’incursion du surnaturel dans le monde normal est vu d’un très mauvais œil.
     
    HBO vient de terminer la diffusion de la saison 2 de True Blood, entré l’année dernière dans mon panthéon séristique dès son pilote. Il serait difficile de faire le tour de deux saisons en un billet, surtout quand on voit que certains internautes parviennent à consacrer un article à chaque épisode. Mais je vais quand même essayer d’en dire quelques mots.
     
     
    Tiré d’une série de romans de Charlaine Harris, True Blood a été adapté pour la télévision par Alan Ball, bien connu des amateurs de séries pour Six Feet Under, (toujours pas vu, ou si peu), mais aussi des cinéphiles pour American Beauty dont il a écrit le scénario, et de moi parce que j’ai joué une de ses pièces, Five women wearing the same dress qui démontrait déjà son aversion pour les gens bien pensants et hypocrites qui vivent d’apparences, de convenances et de dogmes. Dans True Blood, c’est certes de vampires qu’il est question, ainsi que de quelques autres créatures aux frontières du surnaturel, et il y a évidemment dans l’intrigue une bonne part de mythologie, que les auteurs ont mise à leur sauce. Mais le fond du problème, qui est aussi le thème principal traité dans la première saison et l’une des deux intrigues de la seconde, ce sont les relations entre les vampires et les mortels, comme métaphore sur l’intolérance et l’intégration.
     
    Comme les minorités qui par le passé ont été mises à l’index à cause de leurs différences et se sont battues pour faire reconnaître leurs droits, les vampires sont divisés sur la conduite à tenir. D’un côté se trouvent ceux qui revendiquent leur appartenance au genre humain et cherchent, malgré des difficultés évidentes telles que l’immortalité ou l’allergie au soleil, à vivre comme des membres ordinaires de leur communauté. De l’autre, ceux qui au contraire ne tenaient pas vraiment à sortir au grand jour (si on peut dire) et ont le plus grand mal à accorder du respect aux êtres inférieurs qui n’étaient jusque là que leurs proies.
     
     
    Quant aux mortels, que l’on sait peu portés à l’acceptation spontanée de l’autre, ils ne sont pas du tout prêts à faire confiance à des êtres contre-nature et sanguinaires, quelle que soit la bonne volonté qu’ils affichent. Au contraire, plutôt les exterminer. Ou mieux, les utiliser. Car le sang de vampire est désormais utilisé par les humains comme médicament universel, comme aphrodisiaque ou même comme drogue, faisant l’objet d’un marché noir qui a transformé les prédateurs ancestraux en proies.
     
    C’est sur ce fond de militantisme pour les droits civiques, de harangues politico-religieuses de conservateurs fanatiques et de petits trafics en tout genre que prend place l’atmosphère moite et étouffante de True Blood.  Loin de faire dans la dentelle et la langue de bois, le ton est donné dès la toute première scène : cette série ne passera jamais sur une chaîne familiale à une heure de grande audience. Elle placerait le gore dans la catégorie des farces et attrapes. (La mort de Longshadow, dans le genre, a bien failli avoir raison de mon système digestif, tout comme le hunter soufflé de Maryann). Quant aux scènes de lit, elles sont largement au niveau de celles de Nip/Tuck, en qualité autant qu’en quantité. Âmes prudes et sensibles, passez votre chemin et zappez. Pour les autres, bienvenue dans ce Trifouillis-les-Oies typique du Sud profond où vous trouverez pêle-mêle des policiers locaux qui se prennent pour des cow-boys, une hippie moderne version altermondialiste, un vrai chef viking, quelques rescapés des années disco, un ancien combattant souffrant de stress post-traumatique, une mère célibataire collectionnant les divorces, un cajun à l’accent incompréhensible, une alcoolique intégriste, une sorcière vaudoue, une ado supra-chiante, une antisociale râleuse, une mamie gâteau, un chien errant, un black gay cuisinier dealer et ouvrier de travaux publics, un fils-à-maman sympa, un pasteur mégalo, un messie martyre et quelques autres encore. Et là je ne parle que des personnages secondaires.
     
    Et l’héroïne dans tout ça ? Et bien l’image de la petite blonde sexy des histoires de vampires est tenace. Mais Sookie n’est ni une fighteuse à la Buffy, ni une damoiselle en détresse qu’il faut secourir. Elle est entre les deux, en fait. Sa complexité n’apparait pas au premier coup d’œil. Dans le premier épisode, n’eut été le grand moment de bravoure du sauvetage de Bill, elle aurait même pu passer pour une dinde complète, tant elle affiche son côté fille de la campagne sympa et simplette qui vit avec sa grand-mère, défend à ses amis de parler un langage ordurier en sa présence et surjoue à mort le coup de foudre.
     
     
    Seulement voilà, elle n’est certes jamais sortie de son bled, mais elle a été élevée par une femme aux idées très ouvertes, et donc, elle aussi a l’esprit large. Elle est innocente comme une pensionnaire de couvent, mais elle travaille en minishort et T-shirt ultra-moulant dans l’équivalent péquenot d’un restoroute. Le reste du temps ses fringues sont un genre de mix entre le style Jane Mansfield (retro sexy) et le style « j’ai piqué la blouse de ma grand-mère » (retro ugly). Elle entend en permanence les pensées vaines et moches des gens, mais au lieu d’être dégoûtée du genre humain, elle reste accueillante et aimable, toujours prête à laisser leur chance aux gens qu’elle rencontre. Et si elle éprouve une vive curiosité envers les vampires, contrairement à tant d’autres qui les rejettent par principe, il n’y a dans son intérêt rien de malsain, aucun attrait pour la mort ni pour l’immortalité. L’arrivée de Bill et son entrée dans le surnaturel transforment quasiment sa vie en chaos, mais elle affronte les choses avec une force de caractère étonnante et persiste à vivre leur relation de façon aussi normale et naturelle que possible.
     
    Anna Paquin, actrice dont le talent n’est plus à démontrer par ailleurs (plus jeune oscarisée après Shirley Temple, quand même !) a une façon assez surprenante de porter ce personnage. Tant dans sa façon de parler que de se mouvoir, elle a parfois l’air de planer à vingt mille et de brandir sa niaiserie comme un étendard en fonçant dans le tas sans regarder ce qui se passe autour d’elle. Le résultat est plutôt déroutant. Toujours est-il qu’une fois passées ses minauderies et ses secouements de tête et d’épaules intempestifs, on s’attache facilement à Sookie, parce que bon, quand même, elle s’en prend plein la tronche, au figuré comme au propre, et à sa place n’importe qui serait devenu une loque gémissante, tremblant de peur, terré au fond d’un placard. Mais elle non, elle s’accroche, elle défend ce qu’elle a, et ça c’est bien.
     
     
    Quant aux hommes de sa vie, ils valent le détour. Il y a son frère Jason, un vrai cliché sur pattes : le fainéant par excellence, dragueur, frimeur, buveur, glandeur, profiteur, et par-dessus le marché il se permet d’être réac. Mais on lui pardonne tout parce qu’il a du charme. Bien qu’il soit le grand-frère, c’est lui le plus fragile de la famille, le raté qui cumule les conneries tout en accusant les autres de tous ses problèmes. On avait pas vu sudiste aussi stupide depuis Rosco, et on est finalement partagé entre la compassion et l’envie de lui mettre des beignes.
    Il y a Sam, son patron, le gentil, le romantique, le fiable et fidèle. Le meilleur ami qui aimerait bien être plus mais qui, malheureusement, n’a rien de vibrant. Sauf qu’il cache sa part d’ombre, lui aussi.
    Il y a Erik, vampire millénaire, propriétaire d’un night-club à Shreveport et sheriff de la zone de Renard Parish. Il s’intéresse de près à Sookie, d’autant qu’elle a des capacités hors normes. Et d’autant plus qu’elle n’est pas libre. Car Eric est un guerrier, il aime les challenges.
     
    Et puis il y a bien sûr le grand ténébreux de service, William Compton. Souffrant du classique complexe de culpabilité propre aux vampires dotés d’une conscience, il se bat pour retrouver son humanité perdue et saisit l’opportunité qu’offre le True Blood de côtoyer à nouveau les mortels sans être tenté de s’en repaître. Bel effort, dans la mesure où le True Blood semble être assez dégueu, même réchauffé à 37,2°C. Bill est le premier surpris de trouver l’amour en revenant à Bon Temps, lui qui serait plutôt du genre à s’auto-torturer en se disant qu’après un siècle de monstruosité il ne mérite pas son bonheur. Mais heureusement, sa bien-aimée Sookie parvient parfois à lui faire ravaler son agressivité. Pour elle, il sait redevenir cet old-fashioned gentleman qu’il était à l’époque où il combattait l’ennemi yankee.
     
     
    Leur grande et belle histoire sert de colonne vertébrale à la série. Ce qui fait dire à certains que c’est une série-donut : creuse au milieu. Je ne peux que m’insurger contre une telle remarque. C’est vrai, je suis partiale, j’aime Bill. Je ne suis pas de celles qu’il ennuie. Mais même si les choses ont été très vite pliées entre ces deux-là, on ne peut pas pour autant dire que leur relation ne pose aucune question, ni qu’elle se passe sans heurts. Sans compter qu’en vingt-quatre épisodes, dont les événements s’étalent sur un laps de temps d’un mois à tout casser, les scénaristes sont parvenus à faire passer leurs personnages par toutes sortes de péripéties invraisemblables, les faisant affronter leurs pires peurs et frôler la mort de très près à plusieurs reprises. Il faut bien au moins un élément stable dans cette histoire, et c’est donc une bonne chose que leurs sentiments réciproques soient sûrs. On ne va quand même pas se taper une version vampirique de Grey’s Anatomy, non plus !
     
    En tout cas, True Blood est addictive. J’ai un peu de mal à analyser pourquoi elle l’est autant, car il y a pas mal d’éléments décevants, ou agaçants. Plusieurs intrigues, qui promettaient de révéler de grands secrets, trouvent une résolution rapide et simpliste, laissant un arrière-goût de “tout ça pour ça ?”. Certains personnages n’ont pas encore démontré leur utilité (Pam ?), certains pourraient quitter carrément la série sans qu’on les regrette (Tara, dégage !), d’autres sont partis trop vite (Goodbye, Godric !)
     
     
    D’un autre côté, les fondations de l’histoire sont plutôt solides et bien pensées. L’écriture des dialogues est excellente, avec un lot de pépites digne des meilleures séries. Le rythme est intense, chaque épisode ou presque, y compris les season finale, se termine par un cliffhanger et je me suis à plusieurs reprises retrouvée immobile devant mon écran, la bouche ouverte, haletant comme une junkie en manque au moment où l’écran devenait noir et le générique commençait. Les personnages secondaires parviennent plutôt bien à tirer leur épingle du jeu, et certains sont réellement très attachants. J’ai une tendresse particulière pour Hoyt et Jessica, ainsi que pour Terry.
     
    Et puis, inutile de faire l’innocente à ce sujet, les vampires sont terriblement séduisants. La saison 3 nous promet déjà une lutte de fans, divisés entre la Team Bill et la Team Erik (mais où vont-ils chercher ça, franchement ?), et même si je me classe dans la première parce que j’aime les belles histoires de true love où les héros sont “faits l’un pour l’autre”, et que Stephen Moyer a exactement le genre de sourire qui me fait fondre, je dois quand même admettre qu’Alexander Skarsgård est un grand acteur, dans tous les sens du terme, et que son Erik, mieux doté en humour qu’en scrupules, pourrait bien finir par faire pencher la balance de l’autre côté. Ou non ?
     

    Comments (5)

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    Stéphaniewrote:
    RE! Dsl pour le délai de retour... mais les spoilers ca se fait désirer... alors voila: Allan Ball a déclaré qu'un vilain de la série, qui mérite franchement qu'on lui fasse sa fête va mourir dans la prochaine saison, mais il n'a pas précisé qui. A vous de devinez!
    Oct. 24
    Nataka C.wrote:
    Stephanie : Allez, vas-y, fais toi plaisir.
    Oct. 14
    Stéphaniewrote:
    j'ai un spoiler sur la saison 3... qui n'en veut? (sous réserve d'autorisation de Nataka)
    Oct. 12
    Nataka C.wrote:
    Cécile : Non, j'ai vu la première saison en début d'année. Je n'ai simplement rien écrit dessus sur le moment. A froid, je dois bien admettre que c'est imparfait, que Bill et Sookie peuvent être agaçants, que l'histoire de Maryann a été très nulle. Mais pour Erik, pour Jason, pour les Newlin, pour Jessica et Hoyt, et pour Godric, ça valait le coup.
    Sept. 19
    Doit-on comprendre que tu t'es fait les deux saisons à la suite ? Joli courage.
    Je dois dire que si ton billet était arrivé l'année dernière, au terme de la saison 1, j'aurais été complètement en désaccord avec toi parce que la première saison m'a semble terriblement mauvaise et agaçante. Le fait que la série soit encensée m'énervait encore plus.
    Mais c'est vrai qu'à sa façon bizarre, imparfaite, dégueu et saoulante, "True Blood" est addictive. Et la saison 2 est bien supérieure à la première ne serait-ce que parce qu'elle s'intéresse davantage aux vampires. L'ajout de l'excellent Erik et de ce très beau perso qu'était Godric sans oublier Jessica a fait progresser l'intrigue. Par contre ratage complet du côté de Maryann. J'aime beaucoup Michelle Forbes et son interprétation est bonne mais multiplier les scènes d'orgie, c'était complètement gratuit. En revanche, c'est vrai que sans être époustouflante, Anna Paquin quitte doucement le statut de dinde blonde.
    Et puis n'aimant pas particulièrement Bill, je choisis direct la Team Erik !
    Sept. 17

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