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    October 06

    The luck of one member of a family is luck to all

     
    The Watsons
    de Jane Austen
             &
    Emma Watson
    de Joan Aiken
     
    Après le remariage de sa tante à qui elle avait été confiée quatorze ans plus tôt, Emma Watson se voit contrainte de revenir vivre chez son père, pauvre et malade, et de côtoyer ses frères et sœurs dont les manières et l’éducation sont très en dessous des siennes.
    Au cours d’un bal, elle fait la connaissance du très admiré Tom Musgrove, de son désagréable ami, Lord Osborne, ainsi que de l’ancien précepteur de ce dernier, Mr Howard.
     
    Octobre sera austénien, où ne sera pas, challenge oblige. Il est temps de s’y remettre.
     
    The Watsons est l’un des deux romans commencés par Jane Austen et jamais terminés, l’autre étant Sanditon. Si le second est resté inachevé, c’est parce qu’Austen est morte pendant qu’elle l’écrivait. Quant aux Watsons, elle l’a tout simplement abandonné après en avoir écrit trois chapitres, et ne l’a jamais repris. Il existe plusieurs versions achevées du roman, dont l’une, intitulée The younger sister, est due à la propre nièce de Jane Austen, Catherine Hubback. Je n’ai pour ma part réussi à m’en procurer qu’une seule, Emma Watson de Joan Aiken.
     
    Parlons d’abord de la première partie, The Watsons, celle donc qui a été écrite par Jane Austen, parvient assez habilement à exposer les faits et les personnages tout en plongeant le lecteur directement dans l’histoire. La quasi-totalité des personnages que l’on rencontrera au cours du roman sont présents dans ces quelques premiers chapitres, au moins indirectement car ceux qui sont absents sont présentés au travers des conversations, et on se fait très vite une idée de la situation de l’héroïne.
     
    Emma, 19 ans, vient récemment de rentrer vivre chez son père, le Révérend Watson, après avoir passé 14 ans chez sa tante et son oncle. En effet, telle Fanny Price dans Mansfield Park, Emma a été accueillie par une parente plus riche qui s’engageait ainsi à pourvoir à son éducation et à assurer son avenir. Les tuteurs d’Emma, contrairement à ceux de Fanny, se sont montrés affectueux et ouverts, et son enfance a été heureuse. Malheureusement, après la mort de son époux par alliance, deux ans plus tôt, la tante d’Emma décide de se remarier, et d’aller vivre en Irlande avec son second mari. Sans sa nièce. Emma, privée de l’héritage et de l’avenir auxquels elle pouvait logiquement s’attendre, n’a d’autre ressource que de rentrer au presbytère de Stanton, où elle est accueillie avec bienveillance par son père et sa sœur aînée Elizabeth.
     
    Sa sœur Margaret, son frère Robert et sa belle-sœur Jane, dont elle fera la connaissance quelques jours plus tard, montrent moins de plaisir à voir revenir Emma les mains vides. Celle sur qui ils comptaient pour assurer le soutien de l’ensemble de la famille dans l’avenir n’est plus qu’un poids supplémentaire à assumer. Emma se retrouve donc au milieu de gens qui, pour être ses parents les plus proches, lui sont tout à fait étrangers et ne veulent pas d’elle. 
     
    Cette première partie, même si elle est courte, contient déjà tous les éléments types d’un bon roman austénien : une jeune fille appartenant à une famille de la gentry désargentée, côtoyant des voisins et connaissances de classe supérieure, que ce soit par leur fortune ou par leur rang, qui n’a d’autre choix que de se marier si elle veut assurer son avenir, mais qui espère tout de même que son mariage, si mariage il y a, la liera à un homme qu’elle pourra aimer.
     
    Passons maintenant à la seconde partie, Emma Watson, le roman de Joan Aiken. Je ne me souviens pas avoir lu quoi que ce soit de cet auteur auparavant, mais le fait et que j’ai eu des doutes sur ses compétences dès les premières lignes, car les choses se gâtent immédiatement. Jane Austen, en plus des informations précises qu’elle donne dans les premiers chapitres, avait décidé dès le début du destin de certains des personnages, ainsi que de la façon dont son roman devait se terminer, et elle l’avait expliqué dans ses lettres à sa sœur. Il n’est pas certain du tout que Joan Aiken ait suivi ses instructions, dans la mesure où elle n’a même pas été capable d’observer la plus élémentaire cohérence quand au déroulement des événements. Par exemple, à la fin de la partie « Austen », Robert et Jane quittent Stanton pour rentrer chez eux à Croydon. Ils ont invité Emma, qui a décliné. Margaret, qui habitait chez eux jusque là, reste à Stanton avec ses sœurs. Au début de la partie « Aiken », Robert et Jane sont toujours à Stanton, ils étaient en fait partis « en visite chez des amis, seulement pour la journée », et quand ils rentrent finalement chez eux, Margaret décide finalement qu’elle va repartir à Croydon elle aussi. Autre exemple, Mrs Blake, d’abord présentée comme une veuve qui vit avec son frère, Mr Howard, et tient son ménage, se retrouve en fin de compte nantie d’un mari bien vivant mais absent car capitaine au long cours, et vivant seule avec ses quatre enfants tandis que son frère vivrait apparemment… au château avec la famille Osborne (?) J’ai aussi adoré apprendre, vers la fin du roman, que Mr Watson, depuis longtemps si malade et faible qu’il ne quittait plus sa chambre, était tout de même parvenu à se rendre, seul et fort discrètement, chez son notaire dans la ville voisine pour faire modifier son testament.
     
    S’il ne s’agissait que de quelques petites entorses nécessaires à la progression de l’intrigue, j’aurais pu passer l’éponge. Mais le vrai problème vient surtout du style. Bien qu’elle s’en réclame, Joan Aiken piétine allègrement, tant sur le fond que sur la forme, tout ce qui fait qu’on aime Austen. Au lieu d’utiliser le discours indirect, elle fait énormément dialoguer ses personnages. Qui causent, causent, causent, sans arrêt, pour ne rien dire d’intéressant, mais souvent pour exprimer un peu tout ce qui leur passe par la tête, racontant au premier venu les pires banalités aussi bien que leurs pensées les plus personnelles. Un comble pour des gens sensés vivre à une époque où la bienséance et la discrétion étaient primordiales, et où il convenait de peser ses mots et de ne pas exprimer ses émotions et ses réflexions trop librement.
     
    En plus de ça, ces gens sont absolument entiers, manichéens, les bons comme les mauvais. Quasiment aucun d’entre eux ne subit la moindre évolution entre le début et la fin du roman. C’en est consternant. Comme si le cours des événements n’avait aucune prise sur eux. Et pourtant, Aiken n’est pas avare en événements capables de provoquer des revirements de conscience. Incidents anodins ou accidents graves, scandales pouvant faire passer la fugue de Kitty Bennett pour un départ en vacances, découvertes incroyables et miraculeuses résolutions de problèmes se succèdent à un rythme ahurissant. Ce n’est plus du Austen, c’est du Jules Verne. Je n’aurais pas été surprise si Emma avait résolu ses problèmes d’argent en découvrant un trésor dans le jardin. Hilarant.
     
    Ce qui m’a moins fait rigoler, par contre, c’est la façon dont Emma et Elizabeth sont traitées par leurs sœurs Penelope et Margaret, et par leur belle-sœur Jane. Ces trois femmes sont des mégères, d’épouvantables sorcières. Emma n’a tout simplement aucune chance, toute sa patience et sa bonne éducation ne peuvent lutter contre leur mépris, leur hauteur, leur stupidité, leur arrogance, leur avidité et leur mauvaise foi. Ce serait comme jeter des cailloux sur un tank. J’ai eu l’impression de relire un condensé des pires moments de Princesse Sarah et Cendrillon. L’horreur intégrale. Aucun livre ne m’avait autant donné envie de hurler et de le jeter par la fenêtre depuis Le diable s’habille en Prada, et ce n’est pas peu dire.
     
    En somme, si Austen a souvent inspiré, ça n’a pas été toujours à bon escient. Emma Watson est à vouer à l’oubli. Oui, c’est sévère. Mais imprimer le nom d’Austen sur la couverture ne donne pas le droit de publier autant d’inepties.
     
    September 27

    Décatrigrammes

     
    L'heure secrète
    (Titre original : Midnighters, 1- The Secret Hour)
    De Scott Westerfeld
     
    Quelques jours après son arrivée à Bixby, Oklahoma, Jessica Day découvre qu’à minuit, le temps s’arrête. Une vingt-cinquième heure commence, une heure secrète qui appartient aux créatures de la nuit. Cette heure supplémentaire n’est perceptible que pour quelques humains, les Midnighters.
    Bien qu’elle soit l’une d’entre eux, Jessica est différente de ses nouveaux compagnons. Contrairement à eux, elle ne possède aucun pouvoir. Pourtant, sa simple présence a déclenché le réveil des Darklings, de redoutables fauves nocturnes.
     
    Scott Westerfeld s’est d’ores et déjà fait un nom dans la littérature jeunesse fantastique, et à présent que j’ai lu L’heure secrète, je comprends pourquoi et j’ai très envie de lire sa saga UgliesDans le premier tome de la trilogie des Midnighters, il parvient à créer en quelques chapitres les codes d’un univers qui, sans être réellement un autre monde, possède ses propres règles. On appréhende très vite le fonctionnement de l’heure bleue, sans avoir besoin de longues explications encyclopédiques.
     
    D’autre part, les Midnighters sont en nombre assez réduit. C'est-à-dire, suffisamment peu nombreux pour que chacun ait sa propre personnalité, ses propres problèmes, ses interrogations. Mais suffisamment nombreux quand même pour que leurs relations soient compliquées et intéressantes à explorer. Jessica, qui est le personnage central, ne sait rien de l’heure bleue et a tout à découvrir. Les autres, en revanche, ont déjà une expérience solide de la nuit, un passé en commun, y compris des disputes, des rancunes et des secrets.
     
    Ca se lit facilement, et avec plaisir. Et même si ça parle d’adolescents, et occasionnellement d’émois adolescents, ça ne bêtifie jamais. Le premier tome fait surtout office de mise en place, mais on sent déjà, dans toutes les questions laissées sans réponse, que l’auteur sait où il nous emmène, et qu’on aura plaisir à l’y suivre. Vivement la suite.
     
    September 24

    The last night that she lived, it was a common night

     
    Except the dying
    De Maureen Jennings
     
    Un matin d’hiver 1895, le cadavre de Thérèse Laporte, jeune domestique québécoise, est découvert nu, dans la neige, au fond d’une ruelle. Murdoch, récemment promu détective, enquête sur les possibles témoins du meurtre, ainsi que sur les employeurs de la victime.
    Sur son temps libre, il tente d’améliorer sa vie sociale pour oublier sa fiancée, Liza, morte deux ans plus tôt.
     

    Under the dragon’s tail

    De Maureen Jennings

     

    Murdoch est chargé de l’enquête sur la mort de Dolly Shaw. Autrefois sage-femme, la victime était alcoolique et très antipathique, et gagnait sa vie en monnayant son silence auprès de celles de ses clientes qui avaient un besoin désespéré de discrétion.
    Pendant ce temps, en vue du tournoi inter-station de la police de Toronto, Murdoch doit s’entrainer à la course cycliste et découvrir qui essaie d’empoisonner George Crabtree, le meilleur espoir de la station 4 pour la compétition de lutte.
     

    Poor Tom is cold

    De Maureen Jennings

     

    L’agent Oliver Wicken est retrouvé mort sur le circuit de sa ronde nocturne. Une note retrouvée sur lui laisse à penser qu’il s’est suicidé à cause de sa rupture avec sa fiancée. Or non seulement personne ne savait qu’il était fiancé, mais aucun de ses collègues, à commencer par Murdoch, ne peut croire à son geste.
    Dans une maison toute proche de l’endroit où Wicken est mort, une jeune femme a été enlevée de force et emmenée à l’asile par les enfants de son mari, après qu’elle les ait accusés d’avoir assassiné son petit garçon.
     

    Night’s child

    De Maureen Jennings

     

    Amy Slade, jeune institutrice progressiste, trouve dans le casier d’Agnès Fisher, une de ses élèves âgée de treize ans, des photographies à caractère pornographique. Dont une d’Agnès elle-même. Le lendemain, Agnès ne vient pas en classe. Amy se rend à la station n°4 et demande à Murdoch d’enquêter discrètement.
    Murdoch doit également découvrir qui tente de discréditer à coup de lettres anonymes son collègue, le sergent Charlie Seymour, et faire face au départ prochain d’Enid Jones, la jeune femme qu’il fréquente depuis quelques mois.
     
     

    Alors que mes parents s’apprêtent à partir pour un périple qui lès emmènera de Toronto à Québec, les petits veinards, je suis pour ma part en train d’en finir péniblement avec Night’s child, le cinquième tome des Detective Murdoch Mysteries. Sur sept volumes publiés, j’en ai acheté cinq, et lus quatre. (J’ai sauté le quatrième, ne me demandez pas pourquoi, une impulsion du moment). Et je crois que je vais m’arrêter là.

     
    Les romans de la série des Murdoch Mysteries appartiennent à ce genre un peu bâtard qu’est le roman policier historique, où l’auteur donne pour cadre à son enquête une époque passée, à l’image par exemple de ce qu’Anne Perry a pu écrire. La principale difficulté pour l’auteur est de maintenir l’équilibre entre la partie « investigation », la plus importante car elle est la ligne directrice du livre, mais qui doit rester cohérente vis-à-vis du contexte qui lui est donné, et la partie « Histoire » qui se doit d’être juste et fidèle à la réalité historique, intéressante également car sinon l’exercice est inutile, mais sans tomber dans la pédagogie non plus car elle doit rester en retrait par rapport à la partie investigation.
     
    Les romans de Maureen Jennings, qui racontent les enquêtes du détective William Murdoch dans le Toronto de 1895, ont non seulement été bien accueillis par les lecteurs, dans plusieurs pays et plusieurs langues, mais ils ont aussi été salués par la critique. Certains ont même été récompensés. Je veux bien reconnaître que c’est à juste titre. L’auteur s’est manifestement appuyée sur un travail de recherche minutieux pour recréer la ville de Toronto telle qu’elle était à la fin du XIXe siècle, c’est à dire une ville moderne en pleine essor, où les nouveaux immigrants arrivaient chaque jour, et où la répartition de la population en couches sociales bien distinctes et hermétiques les unes par rapport aux autres était un état de fait accepté comme allant de soi. Murdoch se promène des quartiers les plus huppés aux rues les plus malfamées, à pied, en tram ou en vélo. Avec lui, on assiste aux enquêtes du coroner et aux autopsies, ramassis de préjugés et d’ignorance. On visite les asiles d’aliénés, les écuries et les cabarets. Et si, en tant que héros, il occupe le plus gros de l’espace, chaque personnage, même le moins important de l’intrigue, a droit à son chapitre, ou au moins ses quelques pages, pour que sa situation soit exposée et que le lecteur se trouve bien immergé dans cet univers. Du côté reconstitution, donc, rien à dire.
     
    Mais le problème, c’est justement que la reconstitution prend énormément de place. Certains passages, très utiles pour à installer une atmosphère, ne servent en revanche à rien dans l’intrigue. Certains personnages semblent n’être là que parce qu’ils vont bien dans le décor. A côté de ça, les enquêtes en elles-mêmes abordent des sujets parfois intéressants mais toujours glauques, comme l’avortement illégal, les violences sur enfants… A croire que personne ne tue simplement pour l’argent. Leur résolution est toujours fastidieuse, il n’y a absolument rien de ce processus qui permet au lecteur de démêler l’écheveau graduellement et de tirer ses propres conclusions. Les réponses arrivent tout bêtement, au moment où l’auteur a eu envie de les révéler. Ou bien elles n’arrivent pas. Certaines sous-intrigues sont carrément laissées sans solution à la fin.
     
    Et puis surtout, après avoir vu et beaucoup aimé l’adaptation en série de ces romans, j’ai été frustrée de ne retrouver dans ces derniers ni la même ambiance, ni vraiment les mêmes personnages. Je m’étais faite à un détective extrêmement brillant, passionné de sciences et technologies mais peu doué socialement (un geek, en somme), évoluant dans un décor qui restait sépia et élégant malgré les crimes qu’on y commettait. Les romans, plus réalistes, sont évidemment plus sombres, plus tristes, plus sales, plus sordides. Et mon William Murdoch y a complètement disparu. A sa place, il n’y a qu’un homme toujours déterminé à faire éclater la justice et la vérité, mais moins préoccupé par l’approfondissement de ses connaissances scientifiques que par l’idée, vraiment très obsédante, de mettre fin à son célibat.
     
    C’est sans doute un tort de juges une œuvre d’après son adaptation, mais je ne peux m’empêcher de trouver que les scénaristes de la série ont fait un travail formidable en approfondissant les points positifs des romans et en ajoutant les éléments qui leur manquaient, à commencer par de l’humour. Le tome 4 va repartir vers la PAL et va y rester quelques temps. Quant à moi, je vais passer à autre chose.

     

    September 21

    All the leaves are brown and the sky is grey

     
    Fish Tank
    De Andrea Arnold. Avec Katie Jarvis, Michael Fassbender, Kierston Wareing…
    Sortie : 16 septembre 2009
     
    Mia, 15 ans, est une ado rebelle en rupture avec tout. Virée de l’école, solitaire, elle est en conflit perpétuel avec sa mère. Son seul refuge est la danse hip hop, qu’elle pratique en cachette et sans technique. Quand Connor, le nouveau petit ami de sa mère, s’installe chez elles, Mia se met à espérer que les choses changent.
     
    Fish Tank a été pour moi l’un de ces films dont on entend parler longtemps à l’avance, qui accrochent au point qu’on a immédiatement envie de les voir, qu’on attend longtemps et qu’on ne raterait pour rien au monde quand ils sortent enfin au cinéma. En général, c’est un phénomène qui concerne plutôt les gros blockbusters, dont la promotion ressemble plus à du matraquage qu’autre chose, mais dont je ne me lasse pas de voir et revoir la bande-annonce bien qu’elle passe à tout bout de champ. Ça n’a pas été le cas cette fois. Depuis sa projection à Cannes, je n’en avais quasiment plus entendu parler. Jusqu’à ces derniers jours, où les critiques n’ont pas manqué de dire tout le bien qu’ils en pensaient. Tout en donnant quelques éléments supplémentaires sur l’histoire.   Et c’est là que je me suis rendue compte qu’en fait, le film que j’allais voir n’était pas du tout celui que j’avais imaginé d’après le pitch.
     
     
    Certes, je savais que Fish Tank n’allait en rien ressembler aux films du style Sexy Dance, High School Musical, ou n’importe quoi du genre, et même de qualité supérieure, où la passion du héros (ou de l’héroïne, en l’occurrence) le mène vers la réussite et la résolution de tous ses problèmes. Le cinéma d’Andrea Arnold est plus proche de celui de Mike Leigh ou Ken Loach à mon avis. Plus ancré dans la réalité, surtout quand elle est dure et sordide. Mia en est à un point où elle a déjà brûlé tous ses vaisseaux. Elle n’a rien de concret à quoi s’accrocher. Son agressivité et sa violence lui ont fait perdre ses amis. Sa mère, qui elle-même se comporte comme une ado irresponsable, ne rate aucune occasion de faire comprendre à ses filles à quel point elles sont un fardeau pour elle. Sa sœur Tyler, âgée d’à peine onze ou douze ans, est une petite peste avec un comportement de garce, qui veut affronter son ainée tout en la suivant déjà sur la même mauvaise pente. Sa scolarité est un échec, elle n’a rien à espérer de l’avenir. Et pourtant, loin de se laisser aller au désespoir, elle conserve une colère intacte et continue de se débattre. C’est sans doute pour ça que le film s’appelle Fish Tank. Mia tourne en rond dans son petit appartement et dans sa cité, de la même façon qu’elle tourne en rond métaphoriquement dans sa vie, comme un poisson dans un aquarium, avec le sentiment d’être emprisonnée et d’étouffer. Et donc, dès qu’elle est dehors, elle ne s’arrête jamais de marcher, de courir, de chercher la bagarre. Et de danser.  
     
     
    Là où le film a été différent de ce à quoi je m'attendais, c'est dans le rapport que Mia noue avec Connor. Tout en sachant que le film ne serait pas une bluette sentimentale avec un happy end, j'espérais un peu d’optimisme. J'espérais que cette relation entre cette écorchée vive et son potentiel beau-père allait avoir l'originalité d'être belle. Que Connor allait être le type bien qui allait prendre soin de ses petites femmes, la figure paternelle qui apporterait à cette famille qui en manque tellement la stabilité, la responsabilité, et pourquoi pas en prime la joie, l’harmonie et l’affection. Celui qui allait croire en Mia, peut-être lui ouvrir de nouveaux horizons. Et c'est le cas, mais pas seulement. Ca aurait été trop simple.
     
    Cela dit, bien que mes attentes aient été déçues, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce film. Katie Jarvis est absolument épatante. Son jeu est totalement instinctif, naturel, sans la moindre trace d’affectation. Son manque d’expérience dramatique aurait vraiment pu la desservir, mais elle a su en faire un atout. Et surtout, Andrea Arnold a sur la filmer, capter tout ce qu’elle avait à exprimer, et la sublimer. Et Michael Fassbender apporte à Connor, qui est pourtant loin d’être son plus grand rôle, une présence imposante et un magnétisme qui le rendent mémorable, une fois de plus.
     
    September 16

    Real blood is for suckers

     
     True Blood
    Série créée en 2008 par Alan Ball

    Avec Anna Paquin, Stephen Moyer, Sam Trammell, Ryan Kwanteen...

     

    Une firme japonaise ayant mis au point un sang synthétique, les vampires qui vivaient jusque là dans la clandestinité décident de révéler officiellement leur existence aux mortels et tentent de s’intégrer à la société.
    Deux ans après la « sortie du cercueil », le vampire Bill Compton revient à Bon temps, petite bourgade de Louisiane dont il est originaire. Il y fait la connaissance de Sookie Stackhouse, serveuse dans un bar-snack et télépathe. Entre eux, l’attirance est immédiate et irrésistible. Mais à Bon Temps encore plus qu’ailleurs, les mentalités peinent à évoluer et l’incursion du surnaturel dans le monde normal est vu d’un très mauvais œil.
     
    HBO vient de terminer la diffusion de la saison 2 de True Blood, entré l’année dernière dans mon panthéon séristique dès son pilote. Il serait difficile de faire le tour de deux saisons en un billet, surtout quand on voit que certains internautes parviennent à consacrer un article à chaque épisode. Mais je vais quand même essayer d’en dire quelques mots.
     
     
    Tiré d’une série de romans de Charlaine Harris, True Blood a été adapté pour la télévision par Alan Ball, bien connu des amateurs de séries pour Six Feet Under, (toujours pas vu, ou si peu), mais aussi des cinéphiles pour American Beauty dont il a écrit le scénario, et de moi parce que j’ai joué une de ses pièces, Five women wearing the same dress qui démontrait déjà son aversion pour les gens bien pensants et hypocrites qui vivent d’apparences, de convenances et de dogmes. Dans True Blood, c’est certes de vampires qu’il est question, ainsi que de quelques autres créatures aux frontières du surnaturel, et il y a évidemment dans l’intrigue une bonne part de mythologie, que les auteurs ont mise à leur sauce. Mais le fond du problème, qui est aussi le thème principal traité dans la première saison et l’une des deux intrigues de la seconde, ce sont les relations entre les vampires et les mortels, comme métaphore sur l’intolérance et l’intégration.
     
    Comme les minorités qui par le passé ont été mises à l’index à cause de leurs différences et se sont battues pour faire reconnaître leurs droits, les vampires sont divisés sur la conduite à tenir. D’un côté se trouvent ceux qui revendiquent leur appartenance au genre humain et cherchent, malgré des difficultés évidentes telles que l’immortalité ou l’allergie au soleil, à vivre comme des membres ordinaires de leur communauté. De l’autre, ceux qui au contraire ne tenaient pas vraiment à sortir au grand jour (si on peut dire) et ont le plus grand mal à accorder du respect aux êtres inférieurs qui n’étaient jusque là que leurs proies.
     
     
    Quant aux mortels, que l’on sait peu portés à l’acceptation spontanée de l’autre, ils ne sont pas du tout prêts à faire confiance à des êtres contre-nature et sanguinaires, quelle que soit la bonne volonté qu’ils affichent. Au contraire, plutôt les exterminer. Ou mieux, les utiliser. Car le sang de vampire est désormais utilisé par les humains comme médicament universel, comme aphrodisiaque ou même comme drogue, faisant l’objet d’un marché noir qui a transformé les prédateurs ancestraux en proies.
     
    C’est sur ce fond de militantisme pour les droits civiques, de harangues politico-religieuses de conservateurs fanatiques et de petits trafics en tout genre que prend place l’atmosphère moite et étouffante de True Blood.  Loin de faire dans la dentelle et la langue de bois, le ton est donné dès la toute première scène : cette série ne passera jamais sur une chaîne familiale à une heure de grande audience. Elle placerait le gore dans la catégorie des farces et attrapes. (La mort de Longshadow, dans le genre, a bien failli avoir raison de mon système digestif, tout comme le hunter soufflé de Maryann). Quant aux scènes de lit, elles sont largement au niveau de celles de Nip/Tuck, en qualité autant qu’en quantité. Âmes prudes et sensibles, passez votre chemin et zappez. Pour les autres, bienvenue dans ce Trifouillis-les-Oies typique du Sud profond où vous trouverez pêle-mêle des policiers locaux qui se prennent pour des cow-boys, une hippie moderne version altermondialiste, un vrai chef viking, quelques rescapés des années disco, un ancien combattant souffrant de stress post-traumatique, une mère célibataire collectionnant les divorces, un cajun à l’accent incompréhensible, une alcoolique intégriste, une sorcière vaudoue, une ado supra-chiante, une antisociale râleuse, une mamie gâteau, un chien errant, un black gay cuisinier dealer et ouvrier de travaux publics, un fils-à-maman sympa, un pasteur mégalo, un messie martyre et quelques autres encore. Et là je ne parle que des personnages secondaires.
     
    Et l’héroïne dans tout ça ? Et bien l’image de la petite blonde sexy des histoires de vampires est tenace. Mais Sookie n’est ni une fighteuse à la Buffy, ni une damoiselle en détresse qu’il faut secourir. Elle est entre les deux, en fait. Sa complexité n’apparait pas au premier coup d’œil. Dans le premier épisode, n’eut été le grand moment de bravoure du sauvetage de Bill, elle aurait même pu passer pour une dinde complète, tant elle affiche son côté fille de la campagne sympa et simplette qui vit avec sa grand-mère, défend à ses amis de parler un langage ordurier en sa présence et surjoue à mort le coup de foudre.
     
     
    Seulement voilà, elle n’est certes jamais sortie de son bled, mais elle a été élevée par une femme aux idées très ouvertes, et donc, elle aussi a l’esprit large. Elle est innocente comme une pensionnaire de couvent, mais elle travaille en minishort et T-shirt ultra-moulant dans l’équivalent péquenot d’un restoroute. Le reste du temps ses fringues sont un genre de mix entre le style Jane Mansfield (retro sexy) et le style « j’ai piqué la blouse de ma grand-mère » (retro ugly). Elle entend en permanence les pensées vaines et moches des gens, mais au lieu d’être dégoûtée du genre humain, elle reste accueillante et aimable, toujours prête à laisser leur chance aux gens qu’elle rencontre. Et si elle éprouve une vive curiosité envers les vampires, contrairement à tant d’autres qui les rejettent par principe, il n’y a dans son intérêt rien de malsain, aucun attrait pour la mort ni pour l’immortalité. L’arrivée de Bill et son entrée dans le surnaturel transforment quasiment sa vie en chaos, mais elle affronte les choses avec une force de caractère étonnante et persiste à vivre leur relation de façon aussi normale et naturelle que possible.
     
    Anna Paquin, actrice dont le talent n’est plus à démontrer par ailleurs (plus jeune oscarisée après Shirley Temple, quand même !) a une façon assez surprenante de porter ce personnage. Tant dans sa façon de parler que de se mouvoir, elle a parfois l’air de planer à vingt mille et de brandir sa niaiserie comme un étendard en fonçant dans le tas sans regarder ce qui se passe autour d’elle. Le résultat est plutôt déroutant. Toujours est-il qu’une fois passées ses minauderies et ses secouements de tête et d’épaules intempestifs, on s’attache facilement à Sookie, parce que bon, quand même, elle s’en prend plein la tronche, au figuré comme au propre, et à sa place n’importe qui serait devenu une loque gémissante, tremblant de peur, terré au fond d’un placard. Mais elle non, elle s’accroche, elle défend ce qu’elle a, et ça c’est bien.
     
     
    Quant aux hommes de sa vie, ils valent le détour. Il y a son frère Jason, un vrai cliché sur pattes : le fainéant par excellence, dragueur, frimeur, buveur, glandeur, profiteur, et par-dessus le marché il se permet d’être réac. Mais on lui pardonne tout parce qu’il a du charme. Bien qu’il soit le grand-frère, c’est lui le plus fragile de la famille, le raté qui cumule les conneries tout en accusant les autres de tous ses problèmes. On avait pas vu sudiste aussi stupide depuis Rosco, et on est finalement partagé entre la compassion et l’envie de lui mettre des beignes.
    Il y a Sam, son patron, le gentil, le romantique, le fiable et fidèle. Le meilleur ami qui aimerait bien être plus mais qui, malheureusement, n’a rien de vibrant. Sauf qu’il cache sa part d’ombre, lui aussi.
    Il y a Erik, vampire millénaire, propriétaire d’un night-club à Shreveport et sheriff de la zone de Renard Parish. Il s’intéresse de près à Sookie, d’autant qu’elle a des capacités hors normes. Et d’autant plus qu’elle n’est pas libre. Car Eric est un guerrier, il aime les challenges.
     
    Et puis il y a bien sûr le grand ténébreux de service, William Compton. Souffrant du classique complexe de culpabilité propre aux vampires dotés d’une conscience, il se bat pour retrouver son humanité perdue et saisit l’opportunité qu’offre le True Blood de côtoyer à nouveau les mortels sans être tenté de s’en repaître. Bel effort, dans la mesure où le True Blood semble être assez dégueu, même réchauffé à 37,2°C. Bill est le premier surpris de trouver l’amour en revenant à Bon Temps, lui qui serait plutôt du genre à s’auto-torturer en se disant qu’après un siècle de monstruosité il ne mérite pas son bonheur. Mais heureusement, sa bien-aimée Sookie parvient parfois à lui faire ravaler son agressivité. Pour elle, il sait redevenir cet old-fashioned gentleman qu’il était à l’époque où il combattait l’ennemi yankee.
     
     
    Leur grande et belle histoire sert de colonne vertébrale à la série. Ce qui fait dire à certains que c’est une série-donut : creuse au milieu. Je ne peux que m’insurger contre une telle remarque. C’est vrai, je suis partiale, j’aime Bill. Je ne suis pas de celles qu’il ennuie. Mais même si les choses ont été très vite pliées entre ces deux-là, on ne peut pas pour autant dire que leur relation ne pose aucune question, ni qu’elle se passe sans heurts. Sans compter qu’en vingt-quatre épisodes, dont les événements s’étalent sur un laps de temps d’un mois à tout casser, les scénaristes sont parvenus à faire passer leurs personnages par toutes sortes de péripéties invraisemblables, les faisant affronter leurs pires peurs et frôler la mort de très près à plusieurs reprises. Il faut bien au moins un élément stable dans cette histoire, et c’est donc une bonne chose que leurs sentiments réciproques soient sûrs. On ne va quand même pas se taper une version vampirique de Grey’s Anatomy, non plus !
     
    En tout cas, True Blood est addictive. J’ai un peu de mal à analyser pourquoi elle l’est autant, car il y a pas mal d’éléments décevants, ou agaçants. Plusieurs intrigues, qui promettaient de révéler de grands secrets, trouvent une résolution rapide et simpliste, laissant un arrière-goût de “tout ça pour ça ?”. Certains personnages n’ont pas encore démontré leur utilité (Pam ?), certains pourraient quitter carrément la série sans qu’on les regrette (Tara, dégage !), d’autres sont partis trop vite (Goodbye, Godric !)
     
     
    D’un autre côté, les fondations de l’histoire sont plutôt solides et bien pensées. L’écriture des dialogues est excellente, avec un lot de pépites digne des meilleures séries. Le rythme est intense, chaque épisode ou presque, y compris les season finale, se termine par un cliffhanger et je me suis à plusieurs reprises retrouvée immobile devant mon écran, la bouche ouverte, haletant comme une junkie en manque au moment où l’écran devenait noir et le générique commençait. Les personnages secondaires parviennent plutôt bien à tirer leur épingle du jeu, et certains sont réellement très attachants. J’ai une tendresse particulière pour Hoyt et Jessica, ainsi que pour Terry.
     
    Et puis, inutile de faire l’innocente à ce sujet, les vampires sont terriblement séduisants. La saison 3 nous promet déjà une lutte de fans, divisés entre la Team Bill et la Team Erik (mais où vont-ils chercher ça, franchement ?), et même si je me classe dans la première parce que j’aime les belles histoires de true love où les héros sont “faits l’un pour l’autre”, et que Stephen Moyer a exactement le genre de sourire qui me fait fondre, je dois quand même admettre qu’Alexander Skarsgård est un grand acteur, dans tous les sens du terme, et que son Erik, mieux doté en humour qu’en scrupules, pourrait bien finir par faire pencher la balance de l’autre côté. Ou non ?
     
    September 14

    Vous prendrez bien un verre de lait ?

     
    Inglorious Basterds
    De Quentin Tarantino. Avec Brad Pitt, Christoph Waltz, Mélanie Laurent, Eli Roth...
    Sortie : 19 Août 2009
     
    Dans la France occupée des années 40, un groupe de soldats américains connus sous le nom de « bâtards » sème la terreur dans les rangs nazis. A Paris, une jeune femme juive qui vit sous une fausse identité attire l’attention d’un jeune tireur d’élite allemand. Les services secrets britanniques utilisent une célèbre actrice comme agent double. Pendant ce temps, Goebbels organise la première de son dernier film.
     
    Quentin Tarantino a dû être élevé par son Oncle Ben, car vraiment, quoi qu’il fasse, c’est toujours un succès. Son génie confine à la folie, mais on ne peut qu’admirer sa capacité à faire des films sans se préoccuper le moins du monde de détails aussi futiles que la cohérence, la vérité historique, le respect des codes des genres cinématographiques ou la juste proportion entre action et dialogues. Il raconte exactement ce qu’il a envie de raconter, au rythme qu’il a choisi, et le plus extraordinaire c’est que jusque là, le public a plutôt suivi. Inglorious Basterds a presque l’air calme et sobre après le déroutant Pulp Fiction ou le flamboyant Kill Bill, et ne restera pas dans les annales comme sa meilleure production. Mais évidemment, il ne serait pas raisonnable d’exiger à chaque fois une déconstruction temporelle ou un combat au sabre avec un black mamba dans un mobil-home.
     
    Cela dit, il y a des compensations. L’excellence du casting pour commencer. Moi qui n’ai jamais été une grande fan de Brad Pitt, même pas quand j’étais ado et que mes copines se pâmaient devant Légendes d’Automne, je me mets à l’adorer dès qu’il cesse de jouer de son image de sex-symbol pour se tourner vers des personnages un peu plus brut de décoffrage, comme dans Snatch ou, à un moindre degré, dans Fight Club. Son Aldo Raines est un parfait cliché du militaire américain issu du fin fond de la cambrousse et qui salue le drapeau la main sur le cœur tous les matins.  
     
     
    Face à lui, Christoph Waltz, dans le rôle du Colonel Landa, démontre magistralement comment la plus brillante intelligence et les talents les plus admirables peuvent être mis au service des plus basses œuvres et des pires lâchetés. On peut déplorer que les acteurs allemands, dès lors qu’ils ont la possibilité de tourner dans un film international, soient souvent cantonnés à l’uniforme estampillé Wehrmacht, avec ou sans double S. N’empêche que s’ils ont le goût de leur métier et assez de recul par rapport à l’histoire de leur pays, il peut leur arriver de trouver, caché sous le cliché tel un œuf de Pâques sous les branches d’un buisson, un rôle inratable.
     
    Je pourrais également dire tout le bien que je pense de Michael Fassbender, encore une fois, mais je vais finir par être redondante  si à chacun de ses films je ne sais que répéter que je le trouve génial. Je peux en revanche applaudir l’ensemble des bâtards, en particulier Eli Roth, ainsi que Daniel Brühl qui confirme son talent de film en film, Sylvester Groth et Martin Wuttke qui sont géniaux dans leur excès. Tous parviennent à être convaincants. Et ce n’est pas rien d’être convaincant quand on doit servir un scénario aussi tordu.
     
    Et que dire des filles ? Certes, Diane Krüger a déjà un statut de star internationale. Mais Mélanie Laurent, qui parlait à peine anglais quand elle a été embauchée, est en passe de suivre les traces de Marion Cotillard sur les tapis rouges d’Hollywood. Qui a dit que les français étaient mal vus en Amérique ? En tout cas, les françaises ont la cote. Il faut dire que Tarantino aime les actrices. Il leur offre toujours des rôles qu’elles ont plaisir à défendre. Oui elles en bavent. Mais qui châtie bien…
     
     
    Et donc, au milieu de toute la parlotte entrecoupée de défonçages de tronches auquel il nous a habitués dans ses films précédents, Tarantino parvient en supplément à insérer :
     - un peu de mise en abyme, car quand on aime le cinéma, on rend hommage aussi aux productions made in Berlin des années 40 (je me suis même posé des questions sur l’existence réelle de La Fierté de la Nation et de Leni Riefenstahl)
     - de la caricature à haut niveau (les Grands-Bretons, fins et cultivés au-delà du raisonnable, et bien entendu flegmatiques, combattent aux côtés d’Américains bouseux, quasi illettrés, grandes gueules et têtes brûlées, des Allemands très intelligents au cœur de pierre et trop sûrs d’eux, dans un pays où les gavroches portent des bérets et les dames des chapeaux très très élaborés)
     - un petit cours de chimie sur les nitrates dont le style rappelle vaguement l’exposé sur l’origine du tissu dans la Cité de la Peur (mais il ne peut y avoir aucun lien, n’est-ce pas ?)
     - une réécriture de l’histoire qui fait plaisir à tout le monde (Oh My God que c’était bon cette séquence !)
    Le tout conclu de façon surprenante et jouissive. Que demande le peuple ?
     
    August 27

    Tout n'est qu'illusion

     
    L'illusionniste
    (Titre original : The Illusionist)
    De Neil Burger. Ave Edward Norton, Jessica Biel, Paul Giamatti, Rufus Sewell...
    Sortie : 2007
     
    A Vienne, au tout début du XXème siècle, l’illusionniste Eisenheim est en passe de devenir une célébrité adulée. Mais son succès fait de l’ombre à l’archiduc Leopold, fils et héritier de l’empereur. Esprit cartésien et scientifique, le prince supporte mal la popularité de celui qu’il considère comme le propagateur de superstitions d’un autre âge.
    Leopold a une autre raison de détester Eisenheim, qui se trouve être l’amour de jeunesse de sa fiancée, la duchesse Sophie Von Teschen.
     
    Non contente d’avoir une PAL, j’ai aussi, en bonne cinéphage, une PAV qui se décline autant en VHS enregistrées qu’en DVD achetés, plus quelques autres supports dont je ne parlerai pas pour ne pas avoir d’embêtements avec les autorités. Sans oublier la réserve inépuisable que m’offre la VOD. Et de temps en temps, je sors une de ces petites merveilles de mes tiroirs pour palier au désert cathodique de certaines soirées. Cette fois, ce fut L’illusionniste, qui trainait sur mes étagères depuis un bon moment.
     
    Malgré ma très grande admiration pour Edward Norton, et une tendance très nette à me liquéfier sur place presque à chaque fois que Rufus Sewell est au générique du film que je regarde, je n’étais pas allée le voir au moment de sa sortie au cinéma. Pour la simple raison qu’il est sorti pile deux mois après Le Prestige, (starring Christian Bale et Hugh Jackman, quand même), qui traitait plus ou moins du même sujet, à savoir le milieu de la prestidigitation au XIXème siècle. J’ai eu un peu peur qu’on me serve deux fois la même chose. Et c’est vrai que les deux recettes avaient des ingrédients en commun : rivalité entre deux hommes, une femme au milieu du débat, et chercher par tous les moyens à comprendre le « truc » du magicien…
     
    Si l’objectif, ou du moins l’un des objectifs, de l’un et l’autre de ces deux films est de mystifier le public (celui qui est devant, et celui qui est dedans), le Prestige était beaucoup plus efficace. Quoique j’aie trouvé la fin pour moitié incohérente et pour moitié prévisible, j’admets que j’ai été complètement égarée pendant presque toute la durée du film. Tandis que dans l’Illusionniste, l’enchainement des événements fait que j’ai rapidement repéré l’anguille qui se cachait sous les cailloux, sans quoi je n’aurais trouvé aucun sens à ce que je regardais.
     
     
    Après, l’intérêt du film résidait peut-être surtout dans le conflit qui oppose Eisenheim à Leopold, arbitré par l’inspecteur-chef Uhl, symbole d’un monde en pleine évolution entre un passé engoncé dans ses traditions et superstitions, et un futur tourné vers la science et le progrès. Bien qu’il provoque un fanatisme presque religieux, Eisenheim n’est en fait qu’un artiste, un entertainer, qui cherche juste à amuser les gens, les intriguer, leur offrir un peu de magie et de rêve. Leopold refuse de croire à ce qui n’est pas explicable. Il déteste le protocole étriqué auquel il doit obéir, et a l’ambition de faire de son peuple une société éclairée, éduquée, plus libre. Son but serait honorable, s’il n’était prêt à tout, y compris au pire, pour le mettre en œuvre.
     
    L’illusionniste a clairement des défauts scénaristiques. Et rythmiques. C’est le risque quand on développe une nouvelle pour en tirer un film. Une fois de plus, presque deux heures, c’est trop long pour ce que ça a à raconter, surtout qu’à la fin ma première réaction a été « Ah bon? Tout ça pour ça? » D’un autre côté, c’est vrai que les lenteurs sont assumées, puisqu’elles contribuent à l’installation de l’ambiance, brumeuse, sombre et mystérieuse. Du point de vue visuel, en effet, la réalisation est très réussie. Les lumières sont belles, les décors sont bien trouvés, la Vienne des années 1900 est bien recréée. A condition bien sûr de passer sur le fait qu’il s’agit en fait de Prague et que ça se voit, notamment au niveau du château. Mais ce n’est sûrement pas moi qui irait leur reprocher d’avoir profité du tournage pour passer quelques mois à Prague, n’est-ce pas ? Et puis, si on était vraiment à cheval sur la vérité historique, on tiquerait forcément sur le fait qu’à l’époque, l’héritier du trône était Franz-Ferdinand, le neveu de l’empereur, et que son fils Rodolphe (et pas du tout Leopold) était mort depuis longtemps. Mais enfin, tant qu’on en est à parler de magie et d’ésotérisme, on ne va pas s’arrêter à d’aussi petites concessions à la fiction.
     
     
    Ce qui ne marquera pas l’Histoire, en tout cas, c’est la prestation d’Edward Norton dans l’Illusionniste. On lui avait vendu Eisenheim comme étant un personnage romantique, il s’est avéré secret, peu expansif et plutôt contenu. Son jeu est froid et monocorde en majeure partie et, par contraste, les scènes où il  a pu exprimer un peu d’émotions, comme ses numéros de médium dans la deuxième partie du film, semblent surjouées.
     
    Jessica Biel s’en sort bien, mais elle n’a malheureusement qu’un rôle-prétexte. Non pas que Sophie soit un personnage sans personnalité, mais il n’y a pas grand-chose à creuser de ce côté. Dommage, Jess, après avoir vu Easy Virtue, on sait de quoi tu es capable. Tu ne pourras pas te cacher indéfiniment derrière Mary Camden !
     
    Enfin, ma vraie raison de voir ce film, Rufus Sewell (combien de daubes ai-je vues pour lui ?) ne m’a pas déçue, lui au moins. Je m’étais plainte à plusieurs reprises qu’on ne lui donne pas de rôles de héros gentils pour changer, lui qui est si souvent cantonné aux salopards de service. Mais je retire ce que j’ai dit. Je sais désormais qu’il est fait pour les personnages sournois, mauvais, prompts à l’abus de pouvoir et éventuellement psychologiquement dérangés. C’est là qu’il excelle. Dans un rôle de gentil, il n’est pas drôle, et il n’est plus excitant du tout. Je sais de quoi je parle, j’ai regardé quelques épisodes de The Eleventh Hour. Sans dec’, siouplait, Mr Sewell, arrêtez le massacre, vous êtes méga chiant là-dedans !
     
    August 20

    Lettre K de mon challenge ABC

     

    «  Voilà notre supériorité, chéri, la seule qu’on a, la supériorité des gens instruits sur les ignares, c’est un pouvoir de dérapage. »

     
    Sallinger
    De Bernard-Marie Koltès
     
    New York, au début des années 60. Un jeune homme surnommé « Le Rouquin » par ses proches, vient de se suicider. Tout à leur douleur et leur incompréhension, sa famille et sa jeune épouse se disputent son souvenir, tandis que son fantôme revient les hanter.
     
    Quand j’ai mis Sallinger dans mon challenge ABC, c’est principalement pour la raison suivante : je fouillais dans mes bibliothèques à la recherche d’un auteur en K, me disant qu’ainsi je ferais d’une pierre deux coups en économisant l’achat d’un livre tout en réduisant ma PAL. (Je sais, je ne suis pas une vraie LCA, puisque pour moi participer à un challenge n’est pas une raison valable pour se ruiner et aggraver l’état de saturation des étagères, c’est même le contraire. J’ai du sens pratique, moi, Madame !) Et je suis tombée sur Koltès, dans un paquet de livres prêtés par une amie passionnée de théâtre en général et qui a en outre une prédilection pour Bernard-Marie. Elle a même fait son mémoire sur lui. Pour ma part, j’ignorais jusqu’à son existence avant qu’elle ne m’en parle, et je n’aurais sans doute jamais lu une de ses pièces sans cela.
     
    Car s’il est vrai qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, (et là, attention, je ne parle pas seulement métaphoriquement) il est quand même beaucoup plus sympa d’avoir dans les mains un ouvrage dont on sent qu’il a été pensé, travaillé, conceptualisé, au sein de la maison d’édition, par un pro du packaging qui s’est creusé les méninges pour trouver ze picture qui va vraiment bien sur la première page. Par exemple, aurais-je lu Le Comte de Monte Cristo si quelqu’un chez Folio Classique n’avait pas eu l’idée d’utiliser l’autoportrait de Léon Cogniet pour la couverture ? (J’avoue tout, le livre est resté sur ma table de chevet très longtemps, et il m’est même arrivé de rêver de Léon Cogniet. Oui, c’est grave.) Bon d’accord, il y a parfois de vrais ratages, mais ça vaut toujours mieux qu’une couverture neutre et blanche et fade et sans intérêt, qui fait qu’on n’a même pas envie d’ouvrir le livre du tout. C’est pour faire intello, sans doute. La vraie grande littérature, celle qui n’est pas là pour divertir, se passe de ces ornements extérieurs. Il parait que nos voisins anglo-saxons se paient bien notre tête à ce propos. Et dire que c’est eux qu’on traite de snobs !
     
    Enfin bref, tout ça pour dire que me faire lire Sallinger, ou n’importe quoi d’autre de Koltès, n’était pas gagné d’avance. J’ai abandonné Quai Ouest au bout de deux pages environ, et après ces deux livres-là, mon envie de lire Roberto Zucco m’est passée. Ce genre d’histoires inspirées de faits divers réels, je m’y retrouve d’avantage quand elles sont racontées par Christophe Hondelatte que par un dramaturge dont le QI, la capacité à utiliser des figures de style absconses et l’état général de névrose sont trois fois plus élevés que les miens. De toute façon, l’œuvre de Koltès est bien trop récente pour entrer dans un challenge « classique », et j’aurais dû lire du Kafka. C’est bien fait pour moi.
     
    Etant quand même parvenue à aller jusqu’au bout (ça n’avait rien d’inhumain, rassurez-vous, c’était court, écrit gros, et j’avais une heure de voyage en train à tuer après avoir terminé Mistress Pat), qu’ai-je réussi à en tirer ? Et bien, peu de choses. Le théâtre, voyez-vous, est comme les autres arts. Les artistes, quelle que soit leur discipline, se servent de leur art pour s’exprimer, pour extérioriser leurs idées, leurs visions. Ils me semblent qu’autrefois, ils le faisaient avec le souci d’être compris, de trouver un écho auprès du public. De communiquer, en somme. Les œuvres d’art d’aujourd’hui me font plutôt l’effet de bouteilles jetées à la mer. Les repêche qui pourra mais on n’y croit pas trop.
     
    De même que la signification des peintures de Mondrian ou Kandinsky m’échappe totalement (et l’intérêt qu’on leur porte encore plus), le théâtre moderne me passe à travers la tête à la vitesse d’un TGV. Je me rappelle d’une représentation de la Sonate des Spectres de Strindberg que j’ai passée pour moitié à dormir, et pour l’autre moitié à tenter d’étouffer une crise de rire nerveux. (C’est lamentable, je suis une béotienne, je suis encore plus mauvais public qu’une bande de lycéens dans un ciné qui passe le blockbuster de l’été). Et Sallinger m’a fait la même chose : quand j’en ai eu fini, je n’avais pas même une idée générale sur ce que je venais de lire.
     
    Heureusement qu’on trouve de tout sur internet, y compris des explications de texte. C’est ainsi que j’ai appris que Koltès a écrit Sallinger en s’inspirant de l’œuvre de J.D. Salinger, auteur entre autres de l’Attrape-cœur, roman sur l’errance New-Yorkaise d’un adolescent qui refuse d’affronter le passage à l’âge adulte. Majeur et très inspirant. Du moins à ce que disent les spécialistes, car je ne l’ai pas lu moi-même, mais je le ferai, car j’aime aller au fond des choses, et qui sait si après l’Attrape-cœur, je ne comprendrai pas mieux Sallinger ? Ou peut-être serai-je encore plus dans le brouillard.
     
    Grâce à Wikipédia, j’ai aussi appris que Koltès était violent, rebelle et autodestructeur, ainsi qu’extrêmement brillant, et que son œuvre est basée sur l’incommunicabilité entre les gens, entre parents et enfants, entre autochtones et étrangers, entre les classes sociales, et parfois entre l’acteur et le public. Et le sentiment d’isolement qui en résulte.
     
    Effectivement, à y regarder de plus près, c'est de ça qu'il s'agit dans Sallinger. Chaque personnage tente de faire face aux événements depuis l'intérieur de sa petite bulle. Personne ne connaissait vraiment le Rouquin. Ses parents Ma et Al, son frère Leslie, sa sœur Anna, sa femme Carole, l’idolâtraient, admiraient son génie, refusaient de voir sa folie, le regardaient sans le voir. Et après sa mort, chacun se replie sur lui-même, ramène les choses à lui-même. Aucun d’eux ne cherche vraiment à comprendre son geste, ne ressentant que le vide qu’il a laissé. Tandis que le Rouquin, qui a tout compris de la vie maintenant qu’il est mort, revient pour se moquer d’eux.
     
    Si j’ai effectivement complètement échoué à donner une direction et un sens à cette pièce dans sa globalité, il y a quand même pas mal de sujets abordés, et comme toujours une réplique ou une tirade, ici ou là, qui frappe. C’est dans ces pages-là que je me rends compte que l’incommunicabilité entre Koltès et moi n’aura pas été totale.
     
    « Je l’ai entendu à la radio, cela est officiel ; on y va, on y retourne, l’Amérique mobilise. Je savais bien, moi, que ces temps de relâche sont pour reprendre notre souffle ; et que, tandis que toutes ces pauvres mères soignent inutilement leurs petits, tandis que les familles se chamaillent sans répit, tandis que nous devisons, là, tranquillement, ailleurs, sans que réellement on en soit averti, sans que nous le sachions vraiment, on circule dans les bureaux, on décide aux ministères, on dose, on mélange, on expérimente dans les laboratoires, on travaille en commissions, on fabrique dans les usines, le Pentagone turbine sans relâche, la Maison Blanche tranche sans appel, et au bout du silence, tout à coup, il y a la radio, et mes jambes, plus nerveuses que jamais, qui se mettraient à danser, s’il n’y avait dans son coin, les larmes de Ma sur ses enfants. »
     
    « Tout va si mal, ici, tout est si divisé ; nos enfants vont si mal – vous savez de quoi je parle – qu’il était vraiment temps que la guerre se déclare. Personne ne veut ressembler à personne, personne ne veut que tout le monde se ressemble ; or moi je dis bien haut que tout le monde se ressemble plus qu’il ne veut bien le dire […]. Que voulez-vous : ils ne savaient que dire : ah non, pas moi – moi jamais. Alors, par petits groupes, ils se sont divisés, nous on pense comme ceci, nous on pense comme cela, et à l’intérieur des groupes, encore : nous on est intelligents, nous on veut casser la baraque, moi je lis tel journal – divisés, divisés, jusqu’à se retrouver tout seuls -, chacun de nos propres enfants n’est-il pas aujourd’hui si terriblement seul qu’il faut s’en alarmer ? Comme si on ne pouvait pas penser ce que l’on veut, lire ce que l’on veut, vivre comme l’on veut, et, tous ensemble, y aller. Voyant cela, comment faire, que leur dire, sinon, à l’intérieur, s’alarmer terriblement, et penser au fond de soi : Tout ça, c’est pas possible. »
     
    « Cleverness is nothing but a piece of jewelry that the bourgeois wish to wear on their fingers in order to dazzle even more the populace. »
     
    « Les gens instruits seront toujours plus forts que nous et feront plus de bruit. […] Je veux oublier le pouvoir, sur ceux qui n’ont rien, de ceux qui ont tant qu’ils peuvent mépriser leur richesse. »

     

    August 11

    People only want a fairy tale

     

    The Palace

    Série créée en 2008

    Avec Rupert Evans, Sophie Winkleman, Zoe Telford...

     

    A la mort soudaine du roi James III, le Prince de Galles, Richard, accède au trône. Il a 24 ans et aurait tout du prince charmant s’il n’était pas d’avantage connu pour ses frasques de play-boy fêtard que pour sa participation aux affaires publiques. Plus que jamais objet de toutes les attentions et victime de tous les coups bas, Richard va pourtant devoir prendre la tête de son royaume, et de sa famille.

     

    C’était une idée intéressante que cette série sur la vie à Buckingham vue de l’intérieur, de la famille royale aux derniers valets de chambre. Ce n’est pas tant l’organisation et l’intendance qui sont relatés ici, mais plutôt les jeux de pouvoir (décidément, je n’en sors pas !) entre tous les personnages au moment où, entre la mort d’un souverain et le couronnement du suivant, les rôles sont redistribués.

    Les domestiques de l’ex- prince de Galles montent en grade alors que ceux de la reine-mère perdent leur autorité.

    Cette dernière, la reine Charlotte, déchue de son statut, tente de conserver son influence en se rapprochant de son fils, qu’elle soutient après avoir franchement douté de lui.

    Downing Street profite de la jeunesse et l’inexpérience du nouveau roi pour faire monter la cote de popularité du Premier Ministre.

    Quant à la princesse Eleanor, l’ainée de la famille, elle est persuadée que Richard n’est pas à la hauteur et qu’elle ferait une bien meilleure reine. Aussi s’emploie-t-elle immédiatement à discréditer son frère, aidée de son secrétaire le major Simon Brooks. La fin justifie évidemment tous les moyens.

     

     

    Richard se retrouve donc à la place de la poule aux œufs d’or, courtisé et convoité mais pas très écouté. Après une première réaction de panique totale, assez naturelle, il assume pourtant ses fonctions et impose ses décisions. Il a une vision moderne de la monarchie, il essaie autant que possible de vivre sa vie et de ne pas se faire sacraliser (il a d’ailleurs de gros doutes en ce qui concerne son titre de roi « Par la grâce de Dieu »). Il est assez bien aidé en cela par les médias qui ne manquent pas une occasion de pointer du doigt ses erreurs, passées ou présentes, s’appuyant sur les ragots colportés par le personnel depuis l’intérieur du palais.

    Sans compter qu’en tant que chef de famille, Richard doit gérer aussi les incartades de son frère George, qui jouit à fond de sa place de spare en matière de fête, de clubbing et d’excès en tous genres et abuse de son impunité diplomatique, et de sa sœur Isabelle, 18 ans, ado rebelle qui elle n’assume pas du tout son appartenance à la famille royale et voudrait bien être « normale » pour être appréciée pour ce qu’elle est (ah, l’idéaliste !).

     

    Si Rich passe outre les conseils de son équipe de com, il en arrive assez rapidement à accorder une confiance totale à Abigail Thomas, l’assistante de son secrétaire particulier, sir Iain Ratalick. Celle qui auparavant n’avait d’autre utilité à ses yeux que d’inventer des excuses pour couvrir ses sorties en boîtes et ses aventures devient celle sur qui il s’appuie, celle qui n’hésite pas à lui parler franchement tout en le soutenant dans ses choix.

    Et pourtant, Abi a aussi ses secrets. Notamment qu’elle a accepté la proposition d’un éditeur d’écrire un livre sur la famille royale, et en particulier sur Richard. Certes, quand elle a signé son contrat, Richard était encore prince de Galles, se comportait comme le dernier des crétins et trouvait parfaitement naturel d’avoir autour de lui des gens qui satisfaisaient toutes ses demandes. Elle se retrouve maintenant en face d’un homme qui doute de lui, qui s’efforce de faire ce qu’il pense être le mieux (et qui réussit la plupart du temps), bref, qui prend ses responsabilités et, quelque part, s’humanise.

    Difficile, quand on a la confiance de son souverain, d’aller le poignarder dans le dos.

     

    Que se passe-t-il derrière les grilles ? Que ne voit-on pas sur les photos officielles ? Forcément inspiré de la vraie vie des vrais membres de la famille royale anglaise, The Palace parvient à recréer tout un monde dont on ne sait finalement que peu de choses et qu’on ne peut qu’imaginer. Aussi surprenants qu’ils soient, les personnages sont quand même plutôt réalistes, et on n’a pas de mal à les imaginer évoluant à Buckingham dans la réalité.

     

     

    The Palace, série de la chaine ITV, compte seulement une saison de huit épisodes. Elle n’a pas été reconduite pour cause de manque d’audience à sa diffusion. Ce qui démontre que les britanniques ne s’intéressent pas plus que cela à leur famille royale, même fictionnelle. Il faut dire aussi que la qualité de la série pâtit du faible budget qu’on lui a attribué. Même en Lituanie, où elle a été tournée, la location d’un château est onéreuse. Du coup, même s’ils sont plutôt réussis dans l’ensemble, les décors et les costumes sont souvent réutilisés, ce qui donne vaguement l’impression d’être dans une sitcom. Les livrées du personnel sont magnifiques et font grande impression, mais à côté de ça le roi passe pas mal de temps en jean et pull-over (ce qui ne manque pas forcément de sexytude, surtout sur Rupert Evans, mais qui casse un peu le mythe) et la princesse Eleanor, qui est plutôt très jolie au naturel, est très maltraitée puisqu’elle est porte systématiquement du rouge à lèvres rose bonbon, et que lors des manifestations officielles elle est souvent maquillée, coiffée et habillée d’une façon qui la vieillit de quinze ans au bas mot. Ça plus sa manie de manigancer me rappelle furieusement Dallas ou Dynastie.

    En plus de ça, la série s’était vendue comme une version anglaise de The West Wing, les coulisses du pouvoir et les magouilles qui se trament en douce. Alors je ne peux pas vraiment comparer, n’ayant jamais vraiment regardé The West Wing, mais tout le monde sait bien que, tout chef d’Etat qu’il soit, le souverain du Royaume-Uni n’est pas vraiment très puissant, et que Buckingham n’est pas le siège du pouvoir. Donc les seuls scandales auxquels on a droit dans The Palace sont les escapades sexuelles du jeune monarque et le militantisme républicain de sa jeune sœur. Pas de corruption donc, ni d’assassinat politique, rien de très palpitant. On n’est pas dans une série d’action qui fait réfléchir, on est dans le divertissement qui amuse et qui, éventuellement, fait rêver.

     

    Et de ce côté-là, les restrictions budgétaires n’ont pas fait de dégâts. Les dialogues sont bien écrits, certaines répliques sont excellentes et mémorables. Les échanges entre la très sérieuse Abi et Richard qui met un point d’honneur à la déconcentrer sont particulièrement réussis. J’aime aussi les tirades grandiloquentes de George, tout comme le téléphone arabe qui fonctionne à plein régime dans les cuisines et qui peut transformer un fait sans importance en scoop pour les tabloïds.

    Quand il s’agit d’émouvoir, on ne tombe pas dans la sensiblerie plus qu’il ne faut, ce qui n’est pas forcément évident. Bon c’est vrai, je ne suis pas objective, j’ai le cœur tout mou. Si je suis dans de bonnes dispositions, on peut m’attendrir avec n’importe quoi, même une pub pour Whiskas (®). Mais quand même. Par exemple, même si j’admets que l’interview de Rich dans le premier épisode ne manque pas de gnangnan et de cliché sur la fin, elle est quand même drôle et bien gérée.

     

    Et puis le casting est très bon. Personne de vraiment connu, si ce n’est une petite notoriété dans leur pays natal, mais dont le talent est en revanche reconnu. Les critiques qui ont descendu la série se sont même étonnés que des acteurs de cette qualité se soient retrouvés impliqués dans un tel ramassis de fadaises (je cite mais avec désapprobation).

    Rupert Evans campe un parfait roi Richard, mélange de gentleman charmant, de petit garçon perdu et d’imposant leader à l’autorité inattaquable. Le résultat est des plus convaincants, et le fait qu’il soit joli garçon ne gâche rien. Eleanor (Sophie Winkleman) est sa Némésis, garce et sorcière qui se cache derrière un masque de petite fille modèle qui ne hausse jamais le ton et sait se faire comprendre sans jamais rien dire ou faire de compromettant. Isabelle est malheureusement trop peu exploitée à mon goût et c’est dommage car c’est sans doute celle dont le rapport à la monarchie est le plus intéressant, et Nathalie Lunghi me rappelle un peu Claire Danes à l’époque de My so called life, ce qui lui a gagné mon cœur immédiatement. George (Sebastian Armesto) traine une dégaine de Pete Doherty tout en parlant avec l’équivalent anglais de la voix de Stéphane Bern. Ou peut-être Nelson Montfort ? Le résultat est assez amusant. D’ailleurs, une chose étonnante dans le casting c’est que les quatre frères et sœurs ont tous une façon de parler différente. Bizarre de ne pas avoir le même accent dans la même famille, non ?

    Jimmy, Ruby et Vinny, les trois mousquetaires au service de Sa Majesté (Owain Arthur, Kate O’Flynn et Amit Shah) sont hilarants du début à la fin tant ils font tache dans le décor. Mais mon personnage préféré reste Abi Thomas, incarnation du sérieux, du professionnalisme, du sens de l’organisation, du sang-froid, et qui parvient à rajouter par-dessus tout ça élégance, humour, gentillesse, bon en clair cette fille est géniale, c’est Ugly Betty en jolie et Zoe Telford est clairement une actrice à suivre. D’ailleurs j’ai eu un aperçu de Golden Hour hier soir et il parait que c’est bien alors j’y jetterai un œil à l’occasion.

     

     

    Même si à l’origine, The Palace se voulait être une série viable sur du long terme, le fait qu’il n’y ait eu qu’une seule saison n’est pas si mal. Il y a une trame cohérente, avec une vraie fin à peine un petit peu ouverte, et ce n’est pas sûr du tout qu’il y ait eu matière à faire une deuxième saison. Autant le voir comme une petite télésuite. C’est en dvd, uniquement au Royaume-Uni, et c’est bien sympa pour les soirées où on se retrouve à court de comédies romantiques. 

     

    August 06

    Lettre M de mon challenge ABC 2009

     
     
    Pat of Silver Bush et Mistress Pat
    (Titres français : Pat de Silver Bush / Mademoiselle Pat)
    De Lucy Maud Montgomery
     
    Patricia Gardiner adore Silver Bush, la maison où elle est née et où elle vit avec sa famille. Elle y est si heureuse qu’elle voudrait que rien n’y change, afin que son bonheur reste intact. D’ailleurs, Pat déteste le changement en général. A 7 ans, elle commence pourtant à comprendre que les choses ne peuvent pas toujours rester les mêmes, et qu’il faut savoir évoluer.
     
    Poursuivant ma découverte de l’œuvre de Lucy Maud Montgomery (je ne quitte plus le Canada, ma parole !), me voilà de retour sur l’Île du Prince Edward pour, comme souvent dans un roman de LMM, suivre le quotidien d’une petite fille en milieu rural au début du XXème siècle. Patricia, l’héroïne du roman, a en effet sept ans quand le roman débute. Et vingt-neuf quand il se termine, mais on n’en est pas encore là.
     
    Lucy Maud Montgomery a conçu énormément de personnages orphelins, abandonnés par leur parents, recueillis par des proches plus ou moins sympathiques, ou encore maltraités (moralement, s’entend) par leurs famille. Il y a sans doute de l’autobiographie là-dedans. Et ces personnages, enfants ou adultes, avaient très souvent une affection énorme pour la maison où elles trouvaient finalement la stabilité, l’amour et le bonheur qui leur manquait, en somme la maison qui devenait leur foyer, comme Green Gables pour Anne ou New Moon pour Emily. Ici cependant, et bien qu’il soit quand même fait mention d’enfance délaissée au travers du personnage de Jingle, ce n’est pas du tout le cas de l’héroïne.
     
    Pat vit à Silver Bush, la ferme que ses ancêtres ont bâtie quand ils sont arrivés sur l’île, et qui a à peine changé depuis. Sa vie est idyllique, elle a deux parents aimants, une jolie grande sœur, et deux grands frères dont l’un est son meilleur ami. Il y a aussi Judy Plum, celle qui techniquement est la bonne à tout faire de la maison, mais qui en fait travaille là depuis si longtemps qu’elle fait partie de la famille, une sorte de troisième figure parentale dont personne ne conteste les décisions et qui régale les enfants de bons petits plats très peu diététiques et d’histoires à faire dresser les cheveux sur la tête. Les granges sont toujours pleines de chatons, et les jardins pleins de fleurs. Le tableau est parfait.
     
    C’est tout le problème de Pat, d’ailleurs. Elle conçoit la vie comme une photo, et non comme un film. Elle ne parvient pas à accepter que le monde change, et que sa vie à elle doit changer aussi. Elle adore Silver Bush, elle lui voue un véritable culte. Et rien ne doit y être modifié, sans quoi elle en devient malade. Elle adore ses vieux vêtements, même usés, et déteste les neufs jusqu’à ce qu’elle les ait portés. Elle doit faire le deuil de chaque arbre qui est abattu, de chaque chaton qui doit être donné. Elle déteste quand on change le papier peint. Elle se déchire le cœur quand elle doit aller à l’école et quitter Silver Bush toute la journée. Il lui faut une intense préparation psychologique pour passer une nuit dans une autre maison, quand elle est en visite. Quand on lui annonce qu’elle va avoir un petit frère ou une petite sœur, elle est toute prête à haïr l’intrus qui vient bouleverser l’ordre des choses. Autant dire que quand Tante Hazel se marie et déménage, Pat n’est pas à la noce. En fait, elle souhaiterait qu’aucun de ses frères et sœurs ne se marie, pour pouvoir rester toujours ensemble. La simple idée qu’elle-même puisse se marier et quitter la ferme ne lui traverse pas la tête une minute.
     
    Ce qui pourrait être acceptable chez une enfant de sept ans l’est en revanche nettement moins chez une adolescente ou une jeune adulte. Malheureusement, cette tendance au conservatisme se confirme d’année en année. Même si elle agit plus raisonnablement et qu’elle se rend compte que les changements ont du bon (elle a adoré sa petite sœur Cuddles au premier coup d’œil, elle aime beaucoup le mari de sa tante Hazel, ainsi que leurs enfants, elle aime l’école, elle aime ses nouveaux amis…) elle ne peut s’empêcher de regarder avec terreur toute incertitude sur l’avenir. Et quand elle est en âge de penser à se caser, aucune carrière ne l’intéresse en dehors de maîtresse de maison à Silver Bush, et aucun homme n’est assez bien pour qu’elle envisage de quitter Silver Bush pour lui. 
     
    En fouinant un peu sur la toile, à la recherche d’autres avis sur ces livres, je suis tombée sur le blog d’une lectrice qui, tout en étant par ailleurs une vraie fan de Lucy Maud Montgomery, les a réellement détestés. Et qui donnait de très bons arguments pour justifier l’agacement qu’elle avait ressenti en les lisant. Je ne nierai pas que je suis plutôt d’accord avec ces arguments, globalement. La saga de Pat n’est pas ce que Montgomery a écrit de meilleur, loin de là. Il est quand même dommage, quand on étale une histoire sur deux volumes, de se répéter autant. Oui, Pat aime Silver Bush, c’est tout son univers, elle ne se voit pas vivre ailleurs… Quand on a bien développé cette idée une fois à fond, pas besoin de le répéter toutes les trois pages, le lecteur n’est pas idiot, il a compris. Seulement, en dehors de son amour pour Silver Bush, Pat n’a pas tellement de personnalité. Elle manque totalement d’imagination, elle est terre à terre au possible. Certes, elle ne manque ni d’humour, ni de culture, ni d’intelligence, elle a en revanche une vision des choses assez courte et un manque total d’ambition. Non pas que je critique une femme qui ne souhaite pas se marier ni travailler, et fait son bonheur d’une petite vie domestique (on ne peut pas tous être des génies riches et célèbres), mais après Anne qui poursuit ses études aussi loin que possible, just for the fun of it, et Valancy qui tourne le dos à sa famille pour aller vivre sa vie, sans parler de la petite bande d’Emily qui ne compte que des réussites, Pat fait pâle figure avec son espèce d’agoraphobie monomaniaque. Elle finit même par taper sur les nerfs.
     
    Mais dans ce livre, c’est toute la construction qui est bancale. Le roman est une succession de petites anecdotes de la vie quotidienne, ce que Montgomery écrit plutôt bien d’habitude, sauf que là, et surtout sur la fin de Mistress Pat, on se rend compte qu’il y a beaucoup de remplissage, que les descriptions se répètent comme les saisons se suivent, et que l’inspiration fait vraiment défaut. Les chapitres sont de plus en plus courts, et de plus en plus vides. Tout ça pour en arriver à une fin qui était, au moins en partie, prévisible dès le début.
     
    Malgré tout, il y a quand même du bon dans ces livres. Lucy Maud Montgomery a toujours du talent quand il s’agit de décrire la chaleur d’un foyer et le sentiment de sécurité qu’il procure. Même si Pat est fatigante à vénérer Silver Bush comme si c’était le tombeau du Christ, les scènes décrivant les bons moments passés en famille parviennent à être émouvantes. Et je suis trop casanière moi-même et trop attachée à ma terre pour ne pas ressentir un minimum de sympathie pour Pat.
    Et puis il y a Judy, son franc-parler et ses histoires extraordinaires dignes de Pierre Bellemare, tout à fait véridiques et dont la conclusion est invariablement que les gens à qui c’est arrivé n’ont « plus jamais été les mêmes ». Il y a  comme ça plusieurs personnages, qui interviennent tout le long de l’histoire, et qui apporte la touche d’humour nécessaire pour rendre la lecture plus agréable.
    Et il y a Jingle, que j’aime parce qu’il rêve de devenir architecte, qu’il regarde les maisons comme des œuvres d’art, ou comme des être dotés d’une âme, qu’il en imagine et dessine sans arrêt et qu’il ne peut regarder une maison sans penser à toutes les améliorations qu’on pourrait y apporter. Ca me fait penser à moi au même-âge.
     
    En somme, Pat of Silver Bush et Mistress Pat sont indispensables mais potentiellement décevants si on est inconditionnel de Lucy Maud Montgomery ; pour les autres, ce n’est pas le meilleur exemple de ce qu’elle a pu faire, mieux vaut commencer par Anne  

     

    August 05

    L’aventure, c’est extra ! (oui, je sais, il n’y a pas beaucoup de recherche dans ce titre.)

     
    Là-haut
    (Titre original : Up)
    Avec les voix de : Charles Aznavour, Tom Trouffier, Richard Leblond…
    (Et en VO : Edward Asner, Jordan Nagai, Christopher Plummer…)
    Sortie le : 29 Juillet 2009
     
    Carl Fredricksen, Américain de 78 ans et seul au monde, décide de réaliser un rêve de gosse en transportant sa maison jusqu’aux Chutes du Paradis, au Pérou, en y accrochant des milliers de ballons gonflés à l’hélium. Sans le faire exprès, il emmène Russell, un jeune scout. Ensemble, ces deux personnages qui ne sont a priori pas faits pour s’entendre, partent pour un voyage extraordinaire.
     
    Autant le dire immédiatement, j’ai A-DO-RÉ ce film. Là-haut est tout simplement un petit bijou. J’adore les films d’animation en général, qu’ils soient faits à la main où à l’ordinateur. Malheureusement, depuis que la haute technologie à fait main basse sur la discipline, les infographistes ont eu un peu trop tendance à privilégier la qualité visuelle, pas toujours avec succès d’ailleurs, au détriment de l’histoire. Ici, ce n’est absolument pas le cas. Certes, le graphisme est impeccable. Les décors sont délicieux, et même somptueux quand nos deux héros se retrouvent into the wild. Quant aux personnages, le parti de les représenter de façon plutôt caricaturale doit libérer les créateurs. On n’est pas dans un compte de fée, donc pas besoin de très très belle princesse ou de très très charmant prince.  L’accent est quand même nettement mis sur l’humour.
     
     
    L’intrigue, pas compliquée pour un sou, tient la route à merveille, et c’est avec délice qu’on suit les aventures incroyables des joyeux compagnons. Tout fonctionne grâce à un parfait mélange entre la comédie et l’émotion. Mais alors attention, c’est de l’émotion sans pathos et sans larmoiements. La stupidité de Doug n’a s’égale que son besoin d’affection. De même pour le petit Russell qui compense l’absence de son père par un enthousiasme débordant et une totale inconscience. J’ai trouvé hilarantes bien d’autres choses, comme les tribulations de Kevin, le collier cassé d’Alpha ou la collection de badges dans le générique de fin, par exemple. Et le côté vieux ronchon de Carl s’oublie très vite quand on pense qu’il est en fait en train de concrétiser un projet vieux de soixante-dix ans. Si ce n’est pas garder son âme d’enfant, ça !
     
    Et puis, grand bonus, les vieilles traditions de Château-Disney sont abolies : les films d’animation n’ont plus à être obligatoirement des comédies musicales. Je sais que sans Sous l’océan, la Petite Sirène ne serait rien, mais ça fait quand même du bien de savoir que l’on ne verra plus les personnages pousser la chansonnette à tout bout de champ et sans raison valable. C’était passablement ridicule.
     
    Quand à la 3D, dont je ne suis ni une habituée ni une fan, c’est à peine un tout petit plus qui ne justifie pas les 2.50€ supplémentaires que j’ai payés. C’est mon seul point de désaccord avec Là-haut. C’est plutôt positif, non ?
     
     
    July 30

    "Only with his quick wits, a silver tongue and a firm belief in the law, he faced a lone gun. They called him Murdoch."

     
    Les Enquêtes de Murdoch
    (Titre original : Murdoch Mysteries)
    Série créée en 2008
    Avec Yannick Bisson, Hélène Joy, Thomas Craig, Jonny Harris...
     
    1895. Détective à la station de police n°4 de Toronto, William Murdoch mène ses enquêtes en utilisant des méthodes scientifiques assez révolutionnaires pour l’époque.
     
    Depuis un certain temps, hors période de grandes vacances et quand le stock de séries familiales françaises est à son niveau de sécheresse, France 3 nous gratifie chaque dimanche soir de séries policières, généralement britanniques et provinciales, qu’on peut trouver au choix plaisamment bucoliques malgré les meurtres et les autres joyeusetés du même genre, ou totalement arythmiques et soporifiques. N’est pas Jack Bauer qui veut. Si je n’ai jamais pu me faire à Barnaby, pas plus qu’à Pascoe et Dalziel en leur temps, j’ai assez bien accroché cette année à Inspecteur Lewis, sans doute grâce à l’ambiance cultivée et studieuse d’Oxford, ou peut-être grâce à Hathaway, le rigoriste et caustique bras droit du héros, joué par l’excellent Lawrence Fox.
     
    Mais peu importe ici l’inspecteur Lewis et ses consorts. Au mois de juin dernier, au lieu d’une série anglaise, c’est à une série canadienne qu’on a eu droit pour changer : Les enquêtes de Murdoch. Pour ne pas déroger à la règle en vigueur à la télé française (y compris sur les chaines publiques, d’ailleurs il faudra qu’on m’explique), France 3 a passé neuf épisodes de la première saison, au hasard et dans le désordre, avant de stopper là la diffusion pour passer aux programmes d’été. Ce que j’ai trouvé dommage, dans la mesure où je commençais à bien aimer cette série. Qu’à cela ne tienne ! Comme elle me paraissait avoir un peu plus à offrir que ce qu’on pouvait en voir au premier abord, je me suis aussitôt lancée dans la récup’ des deux saisons existantes.
     
     
    Adaptée, plus ou moins librement, d’une série de romans policiers de l’auteur anglo-canadien Maureen Jennings, Les enquêtes de Murdoch est un drama en costumes qui reconstitue de façon convaincante un Toronto à l’heure du grand empire de la reine Victoria, dans lequel on verra graviter Arthur Conan Doyle, le Prince Alfred, Nikola Tesla, Buffalo Bill ou Harry Houdini. A première vue, c’est plein de charme, de belles résidences et de feuilles d’érable. A y regarder de plus près, il y a aussi des ruelles crasseuses, des quartiers ouvriers, pas mal de pauvreté. Et dans toutes les couches de cette société ultra-codifiée, il y a des meurtres. Qu’il revient au détective William Murdoch de résoudre.
     
    Et la populace de cette bonne ville n’aurait pas pu tomber mieux. En effet, Murdoch allie sens de l’observation et de la déduction dignes de Sherlock Holmes, source d'inspiration avérée de l'auteure (sa perspicacité est quasi surnaturelle ! Il admet lui-même que les réponses lui viennent parfois toutes seules) à une passion pour les sciences et découvertes qui le pousse à se former, en autodidacte, à des disciplines aussi diverses que les courants électriques, la téléphonie, l’optique, l’astronomie ou la psychiatrie. Et à appliquer ces connaissances à son travail quotidien. En deux saisons, on le voit ainsi bricoler dans son bureau un détecteur de mensonges, un gyroscope, un gilet pare-balles, une source de lumière noire, un magnétophone et des lunettes de vision nocturne. Il va de soi qu’il s’appuie également beaucoup sur tout ce que la médecine légale et la biologie peuvent offrir de possibilités, empreintes digitales, radiographie, groupes sanguins, et même profilage… Techniques qui à notre époque informatique n’impressionneraient personne mais qui, en 1895, étaient encore relativement nouvelles et à peine, voire pas du tout, reconnues.
     
     
    On pourrait s’en tenir là et assimiler Murdoch Mysteries à une sorte de CSI victorien. Cependant, Murdoch n’est ni un maniaque des lunettes de soleil, ni un professionnel du tirage de tronche. Encore que, pour le faire rigoler, mieux vaut se lever de bonne heure, il n’est pas vraiment des plus expansifs. Ceci dit, William Murdoch, contrairement aux apparences, n’est pas qu’une machine à résoudre les énigmes. Derrière ce cerveau génial, il y a aussi un être humain.  
     
    Il y a d’ailleurs un sacré paradoxe chez ce personnage, entre son esprit scientifique qui induit une certaine ouverture d’esprit, et sa foi catholique, solidement implantée en lui avec une bonne dose de préjugés, et qui le rend intransigeant sur pas mal de sujets. Mais d’un autre côté, c’est cette intransigeance qui fait de lui un aussi bon policier, plein de droiture, respectueux des lois et avide de rendre la justice. Et c’est aussi sa religion qui le rend compatissant envers les victimes, directes ou collatérales, et qui l’empêche de juger les gens trop vite. Contrairement à ses supérieurs hiérarchiques qui s’empressent toujours d’avoir bonne opinion des riches et des puissants.
     
    Un homme aussi proche de la perfection n’aurait cependant pas un capital sympathie très élevé s’il ne possédait pas quand même quelques défauts. Le plus évident étant d’être socialement gravement handicapé. Il lui arrive fréquemment, par exemple, de s’arrêter au beau milieu d’une conversation pour se mettre à rêvasser, ou de quitter brusquement la pièce pour suivre une idée qui vient de lui traverser la tête. Ce type de comportement lunatique, aussi agaçant qu’il soit, finit par être assez amusant. Et particulièrement quand les conversations s’adressent au Dr Julia Ogden, la très jolie, douée et énergique médecin légiste, aussi pionnière que le Dr Quinn mais en moins passionaria quand même, qui non contente d’être la muse qui fournit à Murdoch son inspiration quand il est bloqué dans ses réflexions, fournit en plus aux scénaristes l’élément romantique qui donne au héros une bonne raison de sortir de temps en temps de son bureau.
     
     
    Murdoch est interprété par Yannick Bisson, vu dans différents téléfilms, mais surtout dans Sue Thomas, l’œil du FBI, série qui, bien qu’elle soit policière, serait plutôt à classer dans la même catégorie que Les anges du bonheur ou 7 à la maison tant elle était convenue, bien pensante, tire-larmes, cucul-la-praline en somme, et aussi parce qu’elle avait un nombre bien trop important de personnages récurrents. A oublier très vite, donc. D’ailleurs j’avoue sans honte aucune que si je l’ai regardée (dire que je l’ai « suivie » serait très exagéré), c’est uniquement à cause de l’acteur principal, parce que je me demandais si avec un nom pareil il n’était pas français (il est en fait québécois d’origine), et parce que je lui trouvais des yeux tout à fait fascinants. Ce qui était une raison suffisante pour se coltiner toute l’équipe de Sue Thomas valait bien de regarder quelques épisodes de Murdoch Mysteries. Regarder toute la série requérait un peu plus. Mais comme d’habitude, il suffit de donner de bons outils à un bon ouvrier pour qu’il vous fasse du bon travail, et Yannick Bisson entre à la perfection dans le costume, prêtant son regard captivant et sa voix basse au trop sérieux, quoique non dépourvu d’humour, détective Murdoch.
     
     
    De la même façon, Hélène Joy prête à Julia son charmant sourire et sa silhouette élégante, Thomas Craig prête son accent du Yorkshire à l’inspecteur Brackenreid, le très sanguin chef de la station n°4, tandis que Jonny Harris prête son visage de clair de lune à l’agent Crabtree, l’assistant du détective. Ces deux derniers étant les grands pourvoyeurs de scènes rigolotes tout au long des deux saisons.
     
    Les enquêtes de Murdoch allie un casting réussi, un travail de recherche assez remarquable, tant au niveau du scénario que des décors, costumes et accessoires, et des intrigues qui, sans être trop compliquées, parviennent à être à la fois intéressantes et plausibles. Ce n'est certes pas une série qui marquera l'histoire de la télévision, d’ailleurs elle n’en a ni les moyens ni l’ambition. Mais elle offre une galerie de personnages sympathiques, et est suffisamment bien réalisée pour être agréable à regarder. D'ailleurs, le tournage de la troisième saison vient de commencer, preuve que le public en redemande. C'est en tout cas parfait pour les amateurs d’attelages, de chapeaux melons, de robes à jupons et de mystères à résoudre.
     
    July 27

    Parce que sinon le bocal restera vide pour toujours

     
    Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé
    (Titre original : Harry Potter and the Half-Blood Prince)
    De David Yates. Avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint...
    Sortie : 15/07/09
     
    Finalement reconnu comme « l’Elu », Harry Potter rejoint Poudlard pour sa sixième rentrée. Tandis que les étudiants sont partagés entre l’inquiétude face à la guerre qui se prépare et leurs hormones qui les travaillent, Dumbledore demande à Harry de l’aider dans sa recherche d’informations qui permettront, le moment venu, de vaincre Voldemort.
     
    Le dernier volet de la franchise datait déjà d’il y a deux ans, et le moins qu’on puisse dire c’est que celui-ci se sera fait attendre. Mais je pourrais en dire rigoureusement la même chose que ce que j’avais dit de l’Ordre du Phénix, à savoir que les fans ultra-puristes de la saga risquent d’être sévères et très critiques, d’autant plus s’ils ont particulièrement aimé Le Prince de Sang Mêlé. Et qu’ils auront de bonnes raisons.
     
    Si au niveau des livres, l’Ordre du Phénix m’avait passablement ennuyée, j’avais en revanche beaucoup aimé Le Prince de Sang Mêlé. Et donc, l’indulgence que j’avais montrée envers le précédent opus aura du mal à s’exprimer une seconde fois. Il est normal, quand on adapte un livre aussi dense, de se retrouver avec un film qui, même s’il dure près de trois heures, prend d’énormes raccourcis. Mais autant, dans l’Ordre du Phénix, David Yates m’avait paru faire des choix clairs, utilisant les éléments du livre qui lui avaient paru essentiels et faisant l’impasse sur le reste, quitte à faire des mécontents, autant cette fois j’ai eu l’impression qu’il avait mis des petits bouts d’un peu tout sans rien approfondir. Du coup, bien des personnages secondaires font tapisserie, et la structure du récit est plutôt confuse.
     
     
    Ceci dit, même si je l’ai trouvé globalement décevant, même si je n’ai pas pleuré, ni même reniflé, à la fin, et même si je n’ai pas sursauté aux moments où ça fait peur (contrairement à ma voisine de gauche, qui pourtant connaissait très très bien l’histoire), je dois bien reconnaître quelques belles réussites. Tom Felton a enfin un peu de latitude pour construire son personnage. Et en matière de comédie, certains acteurs tirent leur épingle du jeu : Evanna Lynch (Luna Lovegood), toujours aussi siphonnée, Freddie Stroma (Cormac McLaggen), dégoulinant de suffisance et Jessie Cave (Lavande Brown), en obsessionnelle à la limite de l’érotomanie. Sans oublier les classiques prises de bec Ron/Hermione, et les hilarants effets de la potion felix felicis, surtout additionnés à une collation post-funérailles.
     
    July 11

    Et dire que demain, tout ça servira peut-être à emballer des poissons…

     
    Parfois, l’adaptation cinématographique, c’est bien. Parfois.
    Parfois, ça permet de faire redécouvrir une œuvre qui n’a pas eu, en son temps, le succès qu’elle méritait.
    Dans de rares cas, ça donne une nouvelle dimension à une œuvre qui, à la base, ne valait pas forcément le détour.
     
    Mais parfois aussi, une adaptation, c’est juste de l’opportunisme. C’est l’art de tirer à soi une couverture qui a été tissée par quelqu’un d’autre.
    Et malheureusement, parfois, c’est même l’art de pourrir la couverture en la donnant à son labrador pour qu’il joue avec.
     
    C’est hélas ce qui s’est passé avec State of Play.
     
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    State of Play (Jeux de pouvoirs)
    De David Yates. Avec David Morrissey, John Simm, Kelly Macdonald, Bill Nighy...
    Sortie : 2003
     

    Kelvin Stagg, 15 ans, est abattu dans une ruelle dans un quartier sordide de Londres. Un moment plus tard, Sonia Baker, la jeune assistante du député Stephen Collins, tombe sous le métro.

    Pour l’ensemble de la presse nationale, le cas Stagg est un banal règlement de compte entre petits dealers. En revanche, l’affaire Baker, qui parait d’abord accidentelle, tourne au scandale quand Stephen Collins montre des signes d’intense tristesse qui laissent supposer qu’il y avait plus entre eux qu’une simple collaboration professionnelle.

     

    Cal McCaffrey, ancien directeur de campagne de Stephen et désormais journaliste au Herald, a des scrupules à se joindre à la meute qui poursuit son ami pour le déchiqueter. Mais quand sa collègue Della Smith met le doigt sur un lien entre les deux morts, leur rédacteur en chef, Cameron Foster, leur  adjoint une équipe entière pour démêler l’écheveau de ce qui se révèlera être une affaire bien plus complexe, impliquant les plus hautes sphères du pouvoir.

     
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    State of Play est une mini-série britannique de six épisodes diffusée en 2003 et plébiscitée par le public et la critique. Ecrite par Paul Abbott, créateur à part ça de Shameless, et réalisée par David « j’ai réalisé la moitié des Harry Potter» Yates, elle propose surtout un excellent casting : Bill Nighy, Kelly MacDonald, Polly Walker et Marc Warren, réunis autour de John Simm et David Morrissey.

    Sans oublier (comment le pourrais-je, de toute façon ?) le toujours excellent, merveilleux, talentueux, charmant, etc… James McAvoy. Ma seule excuse d’ailleurs pour ne pas avoir vue State of Play plus tôt, alors que j’ai vu le reste de sa filmographie presque intégralement, c’est que je pensais qu’il s’agissait d’une série, et non d’une mini-série, et qu’il n’y tenait qu’un tout petit rôle. L’erreur est désormais réparée.
     
    Avant tout, il s’agit d’un thriller politico-médiatique malin, bien écrit et bien orchestré, qui parvient à ménager un suspense haletant tout le long de ses six heures, en distillant jusqu’au dernier moment des révélations qui prennent par surprise les spectateurs aussi bien que les personnages. Mais c’est fait sans effets de manche outrés, sans grosse artillerie, sans scènes d’actions à la vas-y que je te pousse qui vont vite et qui font peur. Simplement, c’est une histoire de journalistes qui font bien leur job, qui explorent chaque piste jusqu’au bout, méticuleusement. Qui veulent comprendre ce qui se passe. Et qui parviennent à rendre cohérent un ensemble de détails dont la connexion n’est pas évidente.
     
    C’est aussi une histoire humaine. Comment les médias et la politique sont liés, comment ils s’influencent mutuellement. Comment un homme, politicien ou journaliste, peut-il parvenir à rester intègre et objectif quand il est coincé au milieu d’un système ? J’ai beaucoup aimé le personnage de Stephen Collins pour ça. Il a des moments de faiblesse assez pathétiques, et on ne peut qu’admettre au final qu’il est plutôt influençable et pas assez méfiant pour un homme dans sa position. Ceci dit, si on regarde son parcours, on se rend compte qu’il est ambitieux, mais absolument pas corrompu, encore assez frais en politique pour avoir conservé une part d’idéalisme. Et sa réaction quand il apprend la vérité sur ce qui est arrivé à Sonia en est l’exemple. Ce n’est pas seulement en tant qu’homme, d’un point de vue personnel, qu’il se sent trahi. C’est aussi d’un point de vue professionnel, et en tant que meneur d’une équipe qui s’est démenée pendant des mois pour finalement aboutir à un échec programmé d’avance par de plus hautes instances. Il manque du cynisme dont font preuve les journalistes du Herald, qui semblent pour leur part avoir perdu confiance en la nature humaine depuis longtemps, mais à qui il reste un vestige d’idéalisme dans leur acharnement à révéler la vérité, quitte à se mettre dans les ennuis. Du reste, chacun réagit différemment aux découvertes faites au cours de l’enquête, et on a autant d’interprétations de ce qu’est la déontologie journalistique qu’il y a de journalistes ; Cal, personnellement impliqué ; Della, légaliste ; Cameron, désabusé mais amusé ; Dan, qui veut faire ses preuves.
     
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    State of Play est brillamment mis en scène, et remarquablement interprété. John Simm et David Morrissey sont nickel de bout en bout dans leur relation amitié/rivalité, alternant maîtrise de soi exemplaire et moments de craquage total, Kelly Macdonald prête son délicieux accent écossais à l’intègre et zélée Della, et Bill Nighy incarne à la perfection un flegmatique rédacteur en chef capable de faire de l’humour dans les pires moments de stress.

     

    James McAvoy est un jeune qui n’en veut, plus compétent qu’il en a l’air mais moins qu’il le pense, comme l’illustre la scène de sa première réunion avec l’équipe, où il balance avec assurance les informations qu’il est le seul à avoir, et déchante immédiatement après quand il se rend compte de la véritable ampleur de l’histoire sur laquelle il travaille.

    N’oublions pas l’audacieux Marc Warren, dans le rôle du cake de classe internationale Dominic Foy. Ce qu’il a dû subir et l’image qu’il a dû accepter de lui-même mérite qu’on y revienne.

     

    Collusions, trahisons, manipulations et financements occultes, tous les jeux de pouvoir qu'on aime voir montrés du doigt et dénoncés. Au final, State of Play est une production assez géniale et on ne regrette pas les six heures qu'on a passé dessus.

     
     Maintenant je vais tenter de vous expliquer pourquoi tricher sur son voisin n’est pas toujours une bonne idée.
     
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    Jeux de pouvoir
    (Titre original : State of Play)
    De Kevin Macdonald. Avec Russell Crowe, Ben Affleck, Rachel McAdams…
    Date de sortie : 24 Juin 2009
     

    Membre du Congrès, Stephen Collins doit faire face au scandale quand son assistante et maîtresse, Sonia, meurt brutalement. Cal McAffrey, journaliste expérimenté qui connait Collins depuis la fac, tente de sortir son ami du pétrin en attirant l’attention de la presse sur l’accident, afin de la détourner de la liaison amoureuse.

    Mais en découvrant qu’un sdf toxicomane avait appelé Sonia la nuit précédente, juste avant de se faire tuer, Cal comprend que les circonstances de la mort de la jeune femme sont plus troubles qu’il n’y parait.

     
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    Grosso modo, les scénaristes du film repris la même histoire que celle de Paul Abbott. Même le nom des personnages, à peu de choses près, sont les mêmes. Si ce n’est que Cal s’appelle McAffrey et plus McCaffrey (Phonétiquement, c’est une plaisanterie. Et je suppose qu’il y a des droits d’auteur pour ça ?) et que Della s’appelle désormais Frye, parce que Smith n’était sans doute pas assez mémorable pour une journaliste ambitieuse qui, justement, cherche à se faire un nom. Quant à Cameron Foster, c’est toujours Cameron Foster, sauf que cette fois, c’est une femme. Pourquoi pas ? Ce n’est pas ce changement-là que j’ai le moins aimé chez ce personnage de toute façon.
     
    Mais comment condenser en deux heures et des patates une quantité d’informations, d’indices et de rebondissements telle qu’il n’y avait vraiment pas trop de six heures pour les exploiter, la première fois ? Une seule manière, coupes drastiques dans le script et réécriture de l’enchainement des événements. Et l’on tombe alors en plein dans ce que la série avait su éviter, on fait un film d’action, basé sur un complot financier dénoncé par des enquêteurs d’autant plus idéalistes qu’ils ont beaucoup à perdre, ce qu’on ne manquera pas de nous rappeler à outrance. Sans compter qu’on n’échappera pas aux inévitables scènes de poursuites, de courses et de flingages tournées caméra au poing, mobiles, mal cadrées, mal éclairées, bref, exactement ce que je déteste.
     
    Là où le Herald montrait une image de sérieux et de professionnalisme, commandé par un Bill Nighy incorruptible et une équipe globalement soudée malgré des divergences d’opinions, le Globe à l’air d’un hangar qui pleure la misère, et on apprend dès les premières scènes qu’il s’agit d’un navire en plein naufrage, déserté par les rats, et dont les éventuels «sauveurs» tentent de redresser la barre en en faisant un journal à scandales, assez bien secondés par une Helen Mirren qui se la joue petit chef mais ne supporte pas la pression.
     
    Son journaliste vedette, le vieux de la vieille le plus chevronné (Russell Crowe) à l’air d’avoir une hygiène de vie équivalente à celle d’un clochard alcoolique. L’idée des cheveux mi-longs qui font négligé, c’était bien sur le papier, mais si c’est pour qu’il secoue la tête dans tous les sens à tout bout de champ pour ne pas les avoir dans les yeux, c’était pas la peine. Et quand il travaille avec quelqu’un, il faut bien sûr que ce soit la petite nouvelle (Rachel McAdams) qui compense son manque d’expérience par des talons très hauts et des dents très longues. Le vieux sage et la jeune padawan, c’est pas un peu cliché ? Je préférais la relation d’égal à égal qu’il y avait entre Simm et Macdonald.
     
    Anne Collins (Robin Wright-Penn) est absolument transparente et limite inutile, sinon comme prétexte à la confrontation entre Stephen et Cal.  Dominic Foy, initialement personnage clé de l’intrigue, arrive ici un peu comme un cheveu sur la soupe, comme par un gros coup de bol pour les journalistes. Jason Bateman a beau en faire des caisses, il ne fera pas oublier Marc Warren. Remplacer le personnage de Sheena Gough par celui de Rhonda Silver, sans doute pour dénoncer le puritanisme exagéré des électeurs républicains, est tout simplement beuaaaark.
     
    Bref, que des mauvaises idées. Je n’aime pas critiquer Kevin Macdonald, après la claque que m’a mis son dernier roi d’Ecosse, alors on va dire qu’il a fait avec ce qu’on lui a donné. Et que ce qu’on lui a donné n’était que la matière d’un thriller politico-médiatico-financier moyen, comme on en a déjà vu, comme on en verra encore, et qui ne laissera pas d’empreinte indélébile dans les mémoires.
     
    Malgré tout, je tiens à dire que Ben Affleck (qui était loin d’être le premier choix pour ce rôle) s’en sort plutôt bien. En voyant certaines scènes jouées par David Morrissey, je prévisualisais ce que ça donnerait avec Ben Affleck et je sentais que ça pourrait le faire. Et c’est le cas. C’était peut-être, aux yeux du public, l’élément le plus hasardeux de ce casting prestigieux. En effet, on ne peut pas tenir le premier rôle de Pearl Harbor sans devoir subir par la suite une perpétuelle remise en question. Mais c’est ce genre de performances qu’il faudrait retenir de lui, sobres et maîtrisées.
     
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    Je crois avoir clairement fait comprendre que de State of Play, je ne conseillerai pas le format cinéma. Par contre, à toutes fins utiles, je signale aux intéressés qu’une version en français de la série existe en dvd…

     

    July 04

    On appelle, mais qui le saura

     
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    Incognito
    De Eric Lavaine. Avec Bénabar, Franck Dubos, Jocelyn Quivrin…
    Sortie le 29 Avril 2009
     
    Grâce Aux chansons écrites par son meilleur ami Thomas, qu’il croit mort, Lucas devient la nouvelle star de la chanson française. Quand Thomas débarque à Paris, bien vivant mais ignorant tout de son succès, Lucas s’efforce de redevenir incognito pendant trois jours, le temps que Thomas reparte d’où il vient, afin de ne pas révéler son imposture.
     
     J’ai hésité à aller voir Incognito car j’ai entendu le pire comme le meilleur sur ce film. Après l’avoir vu, je me range dans la catégorie de ceux qui l’ont aimé. Sans doute à cause de son sens du décalage.
     
    Décalage, pare exemple, entre le personnage de Lucas et son interprète Bénabar. D’après sa bio officielle, Bénabar écrit bien ses chansons lui-même et a travaillé longtemps en indépendant avant de se faire connaître. Lucas au contraire est devenu riche et célèbre en quelques mois après dix ans de carrière à la RATP et se galère comme un malade sur l’écriture de son deuxième album.
     
    Décalage aussi, j’ai envie de dire entre Dubosc et Dubosc. Je le trouve généralement bêta et vulgaire, suffisamment pour ne pas être drôle, et les rôles qu’il a joués au cinéma jusqu’à maintenant n’ont rien fait pour changer cette image.  Mais Francis est un genre de Joey Tribbiani, un acteur mauvais et raté, et un homme immature qui a manqué le passage à l’âge adulte. Au lieu de l’habituel frimeur débile et sans-gêne capable de sortir les vannes les plus immondes en étant persuadé d’être au summum de l’humour, on a plutôt à faire à un gamin qui veut jouer au grand mais qui n’a pas conscience que ce qu’il dit ou fait peut avoir des conséquences, et qui croit tout simplement aux fables qu’il raconte. Ce n’est pas qu’il perde son côté agaçant, mais il arrive à être attendrissant et des gags qui auraient pu être vraiment lourds deviennent amusants. Et je dois dire que le changement brutal de registre entre le propriétaire terrien contemplant ses  50m² de pelouse comme s’il s’agissait d’un domaine de plusieurs hectares et l’hôte décontracté recevant à la très bonne franquette m’a fait hurler de rire.
     
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    Quoi dire de plus, sinon que Bénabar est aussi bon scénariste et comédien qu’il est bon auteur-compositeur, que les personnages féminins (Anne Marivin, Isabelle Nanty, la très douée Virginie Hocq et même l’émouvante Yolande Moreau) sont très bien écrit et que Gronvieux, boudiou, ça m’a l’air d’un patelin où qu’y a de l’ambiance, ouais !
     
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    July 02

    La Finlande est toujours une bonne excuse

     
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    Confessions d’une accro du shopping

    (Titre original : Confessions of a Shopaholic)

    De PJ Hogan. Avec Isla Fisher, Hugh Dancy, Krysten Ritter...

    Sortie le 20 Mai 2009

     

    Le plus grand plaisir de Rebecca Bloomwood, c’est le shopping. C’est aussi son plus grand problème, car elle dépense plus qu’elle ne gagne et ne sait pas se mettre de limites. Le hasard faisant bien les choses, le job qu’elle obtient et qui lui permettra d’éponger ses dettes s’avère être celui de chroniqueuse dans un magazine financier.

     

    Succès énorme en librairie (et dans toutes les grandes surfaces offrant un rayon « culture »), Les confessions d’une accro du shopping et ses suites, qui se comptent à présent quasiment à la demi-douzaine, se devaient évidemment d’avoir leur adaptation ciné. Que j’aille la voir n’était pas gagné d’avance, tant j’avais pris Becky en grippe. Que voulez-vous ? Une fille aussi inconsciente et irresponsable, incapable de se prendre en main, ni de régler ses problèmes sans l’aide d’une tierce personne et qui, quand par miracle elle parvient à s’en sortir, retombe aussitôt dans les mêmes travers, et bien ça m’énerve. Une fois, à la rigueur, ça aurait pu passer. Mais cinq fois de suite !

     

    C’est sur une impulsion subite (due à la fatigue, l’heure tardive, le moral dans les chaussettes qui réclame de la comédie et pas de réflexion…) et sans grand espoir que je suis allée voir ce film. Autant pour moi, ce fut une relative bonne surprise. Le scénario ne suit pas à la lettre le roman, mas pioche divers éléments des deux premiers tomes pour créer une histoire légèrement différente, et les changements opérés sont salutaires.
     
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    Becky vit bien avec sa meilleure amie, mais à New York et pas à Londres. Luke n’est plus un ambitieux et ténébreux homme d’affaires, mais l’ambitieux et talentueux rédacteur en chef de la revue où travaille Becky. (Ah ! le coup de cœur pour le séduisant patron, un classique !) New York, magazine, on n’est pas loin du diable qui s’habille en Prada, d’autant qu’intégrer le staff d’un magazine de mode est le but ultime de notre fashionista.

     

    Et bien sûr, au centre des débats, il y a toujours cette terrible addiction. Faire les boutiques équivaut pour Rebecca à sniffer un rail de coke tout en se pintant au champagne. Elle décrit d’ailleurs très bien le phénomène dans son groupe d’acheteurs compulsifs anonymes. Mais contrairement au livre, on échappe aux répétitives et interminables séances de shopping et aux dénis de factures. Par chance, à part le délire sur le fameux foulard vert (habile récupération scénaristique), j’ai quand même eu l’impression de découvrir une autre Rebecca Bloomwood. Moins faible, plus sincère dans ses efforts pour s’en sortir et donc plus sympa. Et très douée pour se mettre dans l’embarras, tout de même, il le faut bien puisqu’on est dans une comédie.

     

    Et opportunément, en ces temps de crise (Ouh ! le vilain mot qui ne doit pas être prononcé normalement sur ce blog !), on a en prime une bonne mise en garde, à nous pauvres dindes superficielles maniaques de la chaussure, du chapeau, (ou éventuellement du livre, du dvd, de la théière ou  tout objet approprié) contre l’usage abusif des cartes de crédit et le surendettement.
     
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    PJ Hogan, qu’on sait très inspiré en matière de comédies romantiques (Muriel, Le mariage de mon meilleur ami) et fantaisistes (Peter Pan) nous a concocté un film coloré (attention, la garde-robe de Becky peut provoquer un décollement de rétine), plein de trouvailles amusantes (les mannequins des vitrines, l’éventail, et la musique !) avec un casting des plus plaisants. Avoir réuni Kristin Scott-Thomas et Joan Cusack dans le même film est une grande idée (merci, M. Hogan). Krysten Ritter est parfaitement adorable et drôle, comme toujours. Hugh Dancy est tout à fait charmant, et Isla Fisher est fofolle à souhait.

     

    Une honorable comédie romantique, et une agréable façon de terminer la soirée.

     

    June 25

    "I understand now what it means to be born again."

     
    Il y a des moments où je suis certaine d’avoir un ange gardien. Et il y a aussi des moments où je suis certaine que mon ange gardien est en RTT. (Et il en a plus que moi, le saligaud ! Ce n’est pas comme si je lui donnais beaucoup de travail, quand même !) En ce moment, par exemple, où mon ordinateur me lâche, encore, et où les récentes intempéries ont fait choir le plafond du hall de mon cinéma, conséquemment fermé pour cause de travaux. Il semble que la malédiction qui rend mon travail si pénible et fastidieux s’est étendue à mes heures de loisirs.
     
    Heureusement, j’ai aussi de bons amis doués en informatique qui me remettent le dedans de mon ordi en place, tout comme j’ai de bons amis doués en mécanique qui me remettent ma voiture en état (après plus d’un an avec le pare-choc en vrac, il était temps). Et donc, faute de pouvoir surfer, ou regarder des dvd (car mon lecteur est aussi dans mon ordinateur) ou aller au ciné, j’ai pu m’avancer dans ma lecture. Un petit peu.
     
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    The Blue Castle
    (Titre français : Le Château de mes Rêves )
    De Lucy Maud Montgomery
     
    A vingt-neuf ans, Valancy Stirling mène une existence terne entre sa mère et sa cousine, deux veuves austères et autoritaires. Elle n’a jamais obtenu ce qu’elle voulait de l’existence, et n’espère rien de l’avenir. Dédaignée, infantilisée et utilisée par les siens, elle n’a que deux échappatoires : ses rêveries du château bleu en Espagne qu’elle se construit depuis l’enfance, et les livres de John Foster, un naturaliste qui dépeint les beautés des forêts du Canada avec réalisme et poésie.
    Mais un jour, Valancy reçoit une lettre qui va la pousser à changer radicalement de vie, à dire et faire enfin ce qu’elle veut, à agir selon ses propres idées.
     
    Depuis que la diffusion des enfants d’Avonlea et du bonheur au bout du chemin, inspirés de ses romans, m’ont ouvert les portes du monde délicieusement suranné et chaleureux de Lucy Maud Montgomery, elle est devenue l’un de mes auteurs préférés. Et elle le reste, bien que ses intrigues soient souvent assez simples et légères, et plutôt destinées à un jeune public. L’Île du Prince Edward, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, m’attire irrésistiblement maintenant et je me suis jurée que si un jour je peux m’offrir un voyage au Québec, je ne manquerai pas de faire un crochet par l’Île.
     
    Exceptionnellement, et c’est même le seul de ses romans dans ce cas, The Blue Castle ne se passe pas sur l’Île du Prince Edward. Mais on ne perd pas au change, car ses évocations du district de Muskoka sont tout aussi enchanteresses que celles des chemins rouges d’Avonlea ou de la côte sauvage de Four Winds Harbour.
     
    Ce roman est aussi l’un des rares considérés comme étant des livres pour adultes. Après lecture, j’ai un peu de mal à voir ce qui le différencie de ceux que j’ai déjà lus. Certes, si l’on replace l’action dans son époque, les années 20, on se rend compte que certains sujets abordés ou suggérés dans le livre, comme l’alcoolisme, le fait d’avoir des enfants hors mariage, et l’ostracisme qui en découle envers les personnes « coupables » de ce genre de crimes de lèse-bonne société, n’étaient sûrement pas évoqués dans les conversations courantes, et encore moins devant les enfants. Mais en dehors de certains détails de ce type, The Blue Castle n’est pas réellement dépaysant pour qui aime L.M. Montgomery.
     
    La vraie différence tient surtout dans le fait que Valancy est une héroïne plus âgée que la moyenne, plus seule et plus désespérée, et qu’au lieu d’avoir l’avenir devant elle, elle considère d’ores et déjà sa vie comme un échec consommé. Elle a depuis toujours réprimé son aptitude au bonheur, et au moment où le roman débute, elle doit apprendre à vivre. La façon dont elle rejette tout à coup le sens des conventions exagérément strict qu’on l’a forcée à respecter jusque là pour prendre sa vie à bras le corps, en faisant ce qui lui parait bien et juste sans plus se préoccuper de ce que diront sa mère ou ses oncles et tantes en fait un personnage intéressant et plaisant, assez attachant pour qu’on passe sur les capillotractions de l’intrigue, qui sont paradoxalement aussi prévisibles qu’invraisemblables, surtout dans le dénouement.
     
    Et Barney, voilà un personnage masculin rare chez Montgomery, loin du ténébreux gentleman ou de l’adorable ami de cœur qu’on connait. Misanthrope, secret et taciturne, sauvage et parfois féroce, trainant une réputation déplorable et à qui on doute d’abord de pouvoir faire confiance. Quel romantisme dans la relation qui s’installe entre lui et Valancy ! Il me semble que mon esprit n’a pas pu quitter le cottage de Barney pendant plusieurs jours après que j’aie terminé ma lecture, tant l’année passée là m’a parue parfaite d'harmonie.
     
    Lucy Maud ne m’a encore jamais déçue ni lassée. Je suis bien contente qu’il me reste encore tant de ses romans à lire.
     
    May 14

    "Y a des bleus. Je vous les présente, au cas où vous penseriez que c'est une mauvaise blague."

     
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    Les Bleus : Premiers pas dans la police
    Série créée par Stéphane Giusti, Alain Robillard en 2005
     
    Affectés dans une DPJ parisienne, cinq jeunes gens à peine sortis de l’école font leurs débuts de policiers. Leurs curriculums et leurs motivations, que l’on découvre petit à petit dans les premiers épisodes, ne sauraient être plus dissemblables. Mais en travaillant ensemble et en se confrontant à la réalité de leur travail, qui peut aller du plus fastidieux au plus éprouvant, ils reviennent très vite sur leurs idées préconçues.
     
    Vais-je devenir une vraie sériephile ? En tout cas, je commence sérieusement à apprécier de voir les séries comme des films, une saison (voire plusieurs) d’un bloc, meilleur moyen possible de suivre l’évolution des personnages et de pas oublier au fur et à mesure les détails des intrigues trop alambiquées. Les séries que je suis avec le plus de plaisir ne sont généralement pas françaises. Il faut dire que les réalisateurs hexagonaux commencent à peine à comprendre que le format 52 minutes est un peu lourd à trimballer, et certains n’ont vraiment pas intégré qu’on ne peut pas faire de séries « à l’américaine » quand on a un budget, une créativité et un sens du scénario vingt fois inférieurs à ceux des collègues d’outre-Atlantique.
     
    Alors on a ceux qui s’en sortent à peu près honorablement, en la jouant Douce France, comme Famille d’accueil ou Louis La Brocante. Et puis il y a ceux qui persistent à faire dans le polar, qui nous imposent par exemple des commissaires quasiment grabataires mais qui vont quand même sur le terrain (et on est sensé trouver ça réaliste ?), ou qui copient sur les petits copains américains, comme R.I.S., avec de vrais experts de la scientifique dedans, que j’aurais peut-être continué à regardé si, d’une, ils n’avaient pas remplacé Jean-Pierre Michael par Philippe Caroit, et de deux, si les acteurs avaient arrêté de se prendre pour des tragédiens. Ou comme Profilage, la nouvelle, peut-être inspirée par Bones et dont je ne me remets pas tant l’héroïne a l’air bête, camée ou semi-autiste apparemment, et tant l’intrigue est incohérente puisque la résolution de l’enquête démontre que l’analyse faite par la très douée criminologue en début d’épisode est complètement bidon.
     
    Heureusement, en cherchant bien, j’ai réussi à trouver une série policière française qui vaut le coup d’être vue. Si, allez, quand même un peu ! Les Bleus, premiers pas dans la police.
     
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    Alors, dans la famille bleu, je demande : Nadia (Gabrielle Valensi), une jeune mère de famille entrée dans la police pour la paye et la sécurité de l’emploi, qui termine tous les jours de bonne heure, mission ou pas, pour aller chercher ses gosses à l’école mais qui, au lieu de demander un poste administratif se prend à aimer l’action sur le terrain ; Lyes (Mhamed Arezki), un beur ambitieux pour qui le service public est le meilleur passeport pour l’intégration, qui parle aux gens avec sa grammaire la plus châtiée et qui vise, à terme, le Ministère de l’Intérieur ; Laura (Elodie Yung), une brillante étudiante en droit, as des arts martiaux, du tir au pistolet et du fonçage dans le tas sans réflexion préalable, qui choisit d’émarger chez les roussins plutôt qu’au barreau parce que son géniteur, qu’elle n’a jamais rencontré, se trouve être commissaire ; Kevin (Nicolas Gob), un basque champion de muscu mais allergique à la violence qui espérait devenir MNS à Biarritz et qui s’est un peu fait avoir, niveau mutation ; et Alex (Raphaël Lenglet), un banlieusard, pur produit de sa cité estampillé « racaille », fils d’une mère célibataire qui a l’air d’être sa sœur, et qui change radicalement de camp après avoir passé sa jeunesse à tirer des caisses et ramasser ce qui tombait des camions (d’ailleurs, il a toujours de super plans pour vous avoir un micro-ondes pour que dalle).

    Toute la petite bande est chapeautée par deux capitaines, vieux de la vieille à qui on ne la fait pas : Franchard (Luc Thuillier), archétype du vieux beau à tendance alcoolique, qui n’est pas aussi ripoux qu’il en a l’air, et Duval (Jean-Michel Fête), psychorigide et grand amateur de musique classique. Sous la surveillance du commissaire Santamaria (Patrick Catalifo), héros de ses hommes et pourfendeur des ennemis publics. Tous ont, bien entendu, une vie privée à gérer, en plus de leur boulot très prenant. Et aucun d’eux ne fait dans le simple de ce côté.

     

    Niveau intrigues, on est nettement plus dans le style réaliste de la PJ Saint Martin (petits délits, enquêtes de voisinage, statistiques, bref, réaliste et plan-plan) que dans celui des opérations des commissaires Lescaut, Moulin ou Navarro (crimes graves, cavales, prises d’otages et interventions de l’armée, etc), même si, de temps à autre, on a droit à un peu plus d’action. Alors c’est sûr que vu comme ça, on pourrait se dire qu’après avoir vu Porret, Matthieu et Leonetti peiner pendant des années sur des kidnappings de chat de la voisine, sur des comptage de points de retraites et des querelles syndicales, ça ne donne pas envie de se lancer dans une nouvelle série qui fonctionnerait sur le même principe.

     

    Sauf que dans Les Bleus…, l’intrigue policière n’est qu’un prétexte. Il s’agit plus d’observer l’évolution des relations entre les personnages. Et non seulement les histoires sont bien menées, mais il y a surtout, et c’est généralement la raison pour laquelle j’aime ou pas une série, d’excellents dialogues. Certes, nous sommes loin du niveau de mes cultissimes Veronica Mars, ou Gilmore Girls, où on a pratiquement une vanne digne d’être relevée par réplique. Mais tout de même, les créateurs de la série ont eu la bonne idée de mettre en présence un groupe de personnes venus de milieux différents, avec des opinions et des méthodes divergentes, et qui semblent parfois ne pas parler la même langue tant ils ne sont pas sur la même longueur d’onde. Dans les conversations, il y en a toujours un pour être à contre-courant, ou carrément à la ramasse.

     

     « - Monsieur a des indicateurs, maintenant !

     -  Ben oui, oui, j’ai des indicateurs ! Tous corps de métiers, hein. Stups, mœurs, grand banditisme, électroménager… Enfin, surtout électroménager récemment. »

     

    C’est du comique basé sur le défaut de communication, en fait. Les dialogues de sourd du duo Lyes/Alex, à cet égard, ont des moments anthologiques. Plus que du polar, c’est de la comédie. Les bleus, quoi que parfois très contents d’eux et pressés de changer de couleur, sont vraiment des bras cassés, avec de la bonne volonté mais de grosses lacunes, Loin d’être des génies, ils ont même du pain sur la planche pour devenir de bons policiers.

     

    « - De mon temps, quand on entrait dans un commissariat, il n’y avait que des hommes en képi et des inspecteurs en imperméable. Les seules femmes  qu’on y voyait étaient là pour racolage.

       - Et ben ils ont découvert qu’on avait un cerveau, dites donc. Et puis alors, depuis, on a changé d’orientation professionnelle. D’ailleurs, ma collègue va vous recevoir, mais alors surtout, ne lui demandez pas avec qui elle a couché hier soir, parce qu’elle a la gâchette facile aujourd’hui. »
     
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    Après un pilote et deux saisons de 12 et 6 épisodes, le potentiel de la série est loin d’être épuisé, et si le succès public n’est pas totalement au rendez-vous, j’espère que les encouragements des critiques seront suffisants pour que les producteurs la reconduisent encore quelques temps. Et pas seulement une nouvelle saison tous les trois ans, si possible. Allez, une petite sortie d’Alex pour la route :
     
     « - Vous l’avez enterré où ?
     -   Je l’ai fait incinérer, et j’ai dispersé ses cendres dans la mer. J’ai trouvé ça romantique pour un dernier amour.
     -   C’est de la balle. Moi aussi, quand je vais mourir, j’ai envie qu’on me saupoudre, comme ça. »
     
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    May 12

    Don’t feel like smiling ? You’re English, Dear. Fake it.

     
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    Un mariage de rêve
    (Titre original : Easy virtue)
    De Stephen Eliott. Avec Jessica Biel, Kristin Sott Thomas, Ben Barnes, Colin Firth...
    Sortie le 5 Mai 2009
     
    1928. En séjour sur la Riviera, John Whittaker, jeune aristocrate anglais, rencontre Larita, américaine sophistiquée et pilote de course. Après une romance menée tambour battant, il l'épouse et la ramène dans son manoir pour la présenter à sa famille. Qui ne tombe pas unanimement sous le charme de la jeune femme...
     
    Que peut-on attendre de l’adaptation en 2008, par un réalisateur australien auteur de l’inoubliable Priscilla, folle du désert, d’une pièce écrite il y a quatre-vingt-cinq ans par un dramaturge anglais, et ayant déjà inspiré une adaptation, à peu près à la même époque, au maître Hitchcock ? Une vraie réussite, voilà la réponse. A première vue, ça pourrait être une version swing de Sa mère ou moi, en moins bourrin et nettement moins américain, bien sûr, mais avec son lot de vacheries, de coups bas et de répliques cinglantes entre les deux Mrs Whittaker. Sauf que si c’était si simple, ce serait sans intérêt. Le conflit va bien plus loin qu’une simple rivalité belle-mère/belle-fille. Il s’agit d’un choc des cultures, où une pièce rapportée vient pousser un petit groupe de personnes à remettre en cause le système de valeurs qui est le fondement même de leur mode de vie depuis toujours.  
     
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    Tel un Ulysse parti à l’aventure pour fuir le quotidien un peu trop casanier et le futur tout tracé qu’on a choisi pour lui, John Whittaker a eu le coup de foudre pour une nymphe, trop heureuse de se jeter dans ses bras afin d’oublier sa propre solitude. Mais en regagnant ses pénates, puisqu’il faut bien rentrer un jour, notre apprenti-aventurier s’aperçoit finalement qu’il aime cette terre qu’il voulait quitter, et que ce mode de vie qu’il rejetait est en fait celui qui lui va le mieux et qui le rendra heureux. Malgré les airs de play-boy séducteur et sûr de lui qu'il se donne (et qui lui vont fort bien, il faut l'admettre), John s'avère en fait être un bon fils de famille docile et prompt à rentrer dans le rang. Seulement, il a ramené sa Calypso avec lui, et elle ne cadre pas vraiment dans le décor. Preuve, s’il en fallait, qu’on ne peut pas tout avoir. Malheureusement, John est trop immature et désinvolte, à la limite de l’inconscience parfois. Il n’a pas encore les épaules pour  la vie conjugale, en tout cas pas avec une femme comme la sienne. Il est incapable de faire un choix, et c’est sur son indécision que se base la rivalité des deux femmes qui se le disputent. Sa mère, qui doit bien admettre que sa bru n’est pas l’écervelée croqueuse de diamants aux mœurs légères qu’elle s’attendait à trouver, mais qui ne renonce pas pour autant à se débarrasser d’elle parce qu’elle compte trop sur son fils pour prendre la succession. Et la tendre épouse, qui aimerait bien le garder pour elle parce que sa jeunesse et son insouciance lui font oublier ses douloureux souvenirs mais qui, faute d’obtenir le soutien qu’elle est en droit d’attendre, trouvera un peu de réconfort en allant comparer la taille de ses cicatrices avec celles de son beau-père, vétéran de la Grande Guerre dont il ne s’est jamais remis.
     
    Un mariage de rêve est l’un de ces petits chefs-d’œuvre à l’anglaise qui savent cacher derrière un masque de comédie à l’humour pince-sans-rire et corrosif un drame familial et social, avec son lot de secrets, de mensonges et d’hypocrisies en tous genres. Une sorte de grande partie de cache-cache protocolaire est en cours, et chacun doit toujours jouer le jeu, sauver les apparences, se fondre dans le décor. On peut avoir une conscience aigüe de l’absurdité de la chose, peut-être, mais tout de même, s’il y a des règles du jeu, il faut les respecter. « Nous préférons ne pas en parler, sauf en public. » dit John d’un ton détaché, à un moment donné. C’est tout le paradoxe, et aucun personnage ne peut y échapper. Ni Larita, qui pourtant aimerait faire table rase d’un passé qu’on ne lui laisse pas oublier, et recommencer à zéro, ni les membres de la famille Whittaker, qui n’essaient même pas de vivre autrement, tant ils y sont habitués.
     
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    Ce film sera sans doute desservi par son titre atroce, digne d’un roman Harlequin (Ah ! la malédiction des titres français), et c’est dommage, parce qu’il mérite amplement de trouver son public. Chacun des acteurs est parfait, de Jessica Biel qui arbore un look de Jean Harlow plus vraie que nature, à Kristin Scott-Thomas, Katherine Parkinson et Kimberley Nixon, en méchante belle-mère acariâtre et belles-sœurs hystériques, sans oublier Ben Barnes (comment ne pas être Mad about the boy ?), Colin Firth (dont je suis encore plus mad about, comme tout le monde) et le toujours hilarant Kris Marshall, le très stylé butler qui sait tout, ne dit rien mais n’en pense pas moins. Le tout orchestré avec talent par Stephan Eliott dont j’attendrai avec impatience la prochaine production, sur un fond musical que je vais m’empresser d’acquérir. Let’s misbehave !
     
    May 04

    Kikavucoco ? Ben, moi.

     
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    Coco avant Chanel
    De Anne Fontaine. Avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde, Alessandro Nivola, Marie Gillain...
    Sortie le 22/04/2009
     

    Gabrielle Chanel, pauvre fille de colporteur élevée à l’orphelinat, gagne sa vie comme couturière le jour, et comme chanteuse de cabaret le soir. Elle rencontre un jour Etienne Balsan, riche éleveur de chevaux, et s’impose dans sa vie afin de sortir de sa condition misérable et sans avenir.

     

    Encore un biopic, et j’ajouterai même, encore un biopic sur Coco Chanel. Difficile de savoir à quoi c’est dû, mais Coco est à la mode, puisque films et téléfilms sur sa vie fleurissent sur nos écrans cette année. Anne Fontaine choisit de se concentrer sur la jeunesse de Gabrielle et sur les années qui ont précédé la création de la maison Chanel.

     

    Enfin, concentrer n’est pas le mot qui convient. Au contraire, j’ai même trouvé le tout un peu trop dilué. Deux heures de film, au rythme aussi plat que l’encéphalogramme d’un comateux profond, le caf’conc’ à Moulins, Balsan, Royalieu, Boy Capel, Deauville, Paris, rideau. Le temps s’écoule au goutte à goutte, chaque chose arrivant en son temps, sans à-coup. On ressent fortement à quel point la vie de la bonne société de la Belle Epoque était ennuyeuse, compassée, étouffante, et on comprend pourquoi Coco a voulu secouer tout ça. Mais le spectateur, lui, a surtout envie de secouer la réalisatrice et de lui rappeler qu’elle n’est pas en train de faire une télésuite, ni un documentaire.

     

    Bien sûr, c’est joli à regarder. Les décors sont soignés, les fêtes sont animées, et Coco est toujours élégante, dans sa tenue d’équitation, dans sa robe noire à Deauville, dans son tricot de marin, et même courant dans la rue en pyjama. Et bien que son destin soit justement de changer la mode, il n’empêche que les dames en corset et grands chapeaux à plumes sont aussi très belles.

     

    Côté interprétation, je ne suis pas sûre d’avoir été totalement convaincue par Alessandro Nivola. Il est certainement très séduisant, d’ailleurs attention mesdames, s’il vous souriait pendant que vous descendez un escalier, il pourrait vous faire rater une marche. Cela dit, je n’ai pas pu me défaire de la nette impression qu’il pratique le français comme moi le serbo-croate, et qu’il récitait un texte appris phonétiquement. C’est assez désagréable et il y perd une crédibilité qu’il ne peut pas vraiment compenser par l’intensité de ses regards.  

     

    Audrey Tautou a certainement les yeux et la silhouette qu’il fallait pour devenir Coco, et ses scènes de la fin du film, cheveux courts, clope au bec et perles autour du cou, sont dignes du musée Grévin. Mais, peut-être à cause de la mise en scène, je n’arrive pas à trouver le personnage exaltant. L’ambitieuse Coco n’est jamais satisfaite, veut toujours plus, ne veut pas être comme les autres, ne sait pas ce qu’elle veut, en fait. Et Audrey Tautou tire par conséquent la gueule pendant les deux tiers du film. Quand elle décroche enfin un sourire, c’est pour regarder Boy d’un air énamouré que j’ai trouvé parfaitement niais. Etrangement, c’est quand elle se tait qu’elle devient intéressante. Quand elle observe, et qu’entre en action l’œil de la future styliste, celle qui modèlera le canon de beauté féminin du XXème siècle.  

     

    Toutefois, la vraie bonne idée du casting, c’est Benoît Poelvoorde. Il a le dandysme du personnage, son élégante excentricité, sa nonchalance, et il évite la surenchère à laquelle il nous a habitués. Il est, à vrai dire, le seul à avoir réussi à m’émouvoir.
     
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    Mais en fin de compte, quel était le propos du film ? C’est ce que je n’ai pas réussi à déterminer. Qu’a voulu raconter Anne Fontaine ? S’agit-il de narrer la réussite de Coco ? Sa relation avec Balsan ? Son histoire d’amour avec Arthur Capel ? Comment savoir, puisqu’on arrive au bout de rien. Anne Fontaine a voulu restreindre son propos, mais elle est quand même partie dans plusieurs directions, et au final tout est commencé et rien n’est exploité à fond. Raconter Coco avant Chanel est un parti pris original, mais il s’avère plutôt réducteur, et frustrant, comme une histoire sans chute, ce qui est stupide s’agissant de la biographie d’une personnalité très connue.

     

    Cela dit, plongée comme je le suis dans l’univers austénite, je n’ai pas pu m’empêcher de retrouver dans cette histoire les mêmes genres de considérations qu’avaient un siècle plus tôt les gens du milieu de Balsan, pour qui le travail était vulgaire, le mariage était une transaction, l’amour une prise de risque et une source de souffrance, et l’ascension sociale d’une personne de rang inférieur à regarder comme méprisable et peu souhaitable. Et l’on admire d’autant plus la détermination qu’il fallait pour se construire elle-même au lieu de se contenter d’être entretenue par un homme riche. Et la scène finale, pur moment de poésie où Coco, à jamais Mademoiselle, contemple son succès, a presque réussi à me tirer des larmes. Grâce à la musique de Desplat, sans doute, mais malgré les deux heures d’ennui qui avaient précédé, quand même.