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27 August Tout n'est qu'illusion![]() L'illusionniste
(Titre original : The Illusionist)
De Neil Burger. Ave Edward Norton, Jessica Biel, Paul Giamatti, Rufus Sewell...
Sortie : 2007
A Vienne, au tout début du XXème siècle, l’illusionniste Eisenheim est en passe de devenir une célébrité adulée. Mais son succès fait de l’ombre à l’archiduc Leopold, fils et héritier de l’empereur. Esprit cartésien et scientifique, le prince supporte mal la popularité de celui qu’il considère comme le propagateur de superstitions d’un autre âge.
Leopold a une autre raison de détester Eisenheim, qui se trouve être l’amour de jeunesse de sa fiancée, la duchesse Sophie Von Teschen.
Non contente d’avoir une PAL, j’ai aussi, en bonne cinéphage, une PAV qui se décline autant en VHS enregistrées qu’en DVD achetés, plus quelques autres supports dont je ne parlerai pas pour ne pas avoir d’embêtements avec les autorités. Sans oublier la réserve inépuisable que m’offre la VOD. Et de temps en temps, je sors une de ces petites merveilles de mes tiroirs pour palier au désert cathodique de certaines soirées. Cette fois, ce fut L’illusionniste, qui trainait sur mes étagères depuis un bon moment.
Malgré ma très grande admiration pour Edward Norton, et une tendance très nette à me liquéfier sur place presque à chaque fois que Rufus Sewell est au générique du film que je regarde, je n’étais pas allée le voir au moment de sa sortie au cinéma. Pour la simple raison qu’il est sorti pile deux mois après Le Prestige, (starring Christian Bale et Hugh Jackman, quand même), qui traitait plus ou moins du même sujet, à savoir le milieu de la prestidigitation au XIXème siècle. J’ai eu un peu peur qu’on me serve deux fois la même chose. Et c’est vrai que les deux recettes avaient des ingrédients en commun : rivalité entre deux hommes, une femme au milieu du débat, et chercher par tous les moyens à comprendre le « truc » du magicien…
Si l’objectif, ou du moins l’un des objectifs, de l’un et l’autre de ces deux films est de mystifier le public (celui qui est devant, et celui qui est dedans), le Prestige était beaucoup plus efficace. Quoique j’aie trouvé la fin pour moitié incohérente et pour moitié prévisible, j’admets que j’ai été complètement égarée pendant presque toute la durée du film. Tandis que dans l’Illusionniste, l’enchainement des événements fait que j’ai rapidement repéré l’anguille qui se cachait sous les cailloux, sans quoi je n’aurais trouvé aucun sens à ce que je regardais.
![]() Après, l’intérêt du film résidait peut-être surtout dans le conflit qui oppose Eisenheim à Leopold, arbitré par l’inspecteur-chef Uhl, symbole d’un monde en pleine évolution entre un passé engoncé dans ses traditions et superstitions, et un futur tourné vers la science et le progrès. Bien qu’il provoque un fanatisme presque religieux, Eisenheim n’est en fait qu’un artiste, un entertainer, qui cherche juste à amuser les gens, les intriguer, leur offrir un peu de magie et de rêve. Leopold refuse de croire à ce qui n’est pas explicable. Il déteste le protocole étriqué auquel il doit obéir, et a l’ambition de faire de son peuple une société éclairée, éduquée, plus libre. Son but serait honorable, s’il n’était prêt à tout, y compris au pire, pour le mettre en œuvre.
L’illusionniste a clairement des défauts scénaristiques. Et rythmiques. C’est le risque quand on développe une nouvelle pour en tirer un film. Une fois de plus, presque deux heures, c’est trop long pour ce que ça a à raconter, surtout qu’à la fin ma première réaction a été « Ah bon? Tout ça pour ça? » D’un autre côté, c’est vrai que les lenteurs sont assumées, puisqu’elles contribuent à l’installation de l’ambiance, brumeuse, sombre et mystérieuse. Du point de vue visuel, en effet, la réalisation est très réussie. Les lumières sont belles, les décors sont bien trouvés, la Vienne des années 1900 est bien recréée. A condition bien sûr de passer sur le fait qu’il s’agit en fait de Prague et que ça se voit, notamment au niveau du château. Mais ce n’est sûrement pas moi qui irait leur reprocher d’avoir profité du tournage pour passer quelques mois à Prague, n’est-ce pas ? Et puis, si on était vraiment à cheval sur la vérité historique, on tiquerait forcément sur le fait qu’à l’époque, l’héritier du trône était Franz-Ferdinand, le neveu de l’empereur, et que son fils Rodolphe (et pas du tout Leopold) était mort depuis longtemps. Mais enfin, tant qu’on en est à parler de magie et d’ésotérisme, on ne va pas s’arrêter à d’aussi petites concessions à la fiction.
![]() Ce qui ne marquera pas l’Histoire, en tout cas, c’est la prestation d’Edward Norton dans l’Illusionniste. On lui avait vendu Eisenheim comme étant un personnage romantique, il s’est avéré secret, peu expansif et plutôt contenu. Son jeu est froid et monocorde en majeure partie et, par contraste, les scènes où il a pu exprimer un peu d’émotions, comme ses numéros de médium dans la deuxième partie du film, semblent surjouées.
Jessica Biel s’en sort bien, mais elle n’a malheureusement qu’un rôle-prétexte. Non pas que Sophie soit un personnage sans personnalité, mais il n’y a pas grand-chose à creuser de ce côté. Dommage, Jess, après avoir vu Easy Virtue, on sait de quoi tu es capable. Tu ne pourras pas te cacher indéfiniment derrière Mary Camden !
Enfin, ma vraie raison de voir ce film, Rufus Sewell (combien de daubes ai-je vues pour lui ?) ne m’a pas déçue, lui au moins. Je m’étais plainte à plusieurs reprises qu’on ne lui donne pas de rôles de héros gentils pour changer, lui qui est si souvent cantonné aux salopards de service. Mais je retire ce que j’ai dit. Je sais désormais qu’il est fait pour les personnages sournois, mauvais, prompts à l’abus de pouvoir et éventuellement psychologiquement dérangés. C’est là qu’il excelle. Dans un rôle de gentil, il n’est pas drôle, et il n’est plus excitant du tout. Je sais de quoi je parle, j’ai regardé quelques épisodes de The Eleventh Hour. Sans dec’, siouplait, Mr Sewell, arrêtez le massacre, vous êtes méga chiant là-dedans ! 11 July Et dire que demain, tout ça servira peut-être à emballer des poissons…Parfois, l’adaptation cinématographique, c’est bien. Parfois.
Parfois, ça permet de faire redécouvrir une œuvre qui n’a pas eu, en son temps, le succès qu’elle méritait.
Dans de rares cas, ça donne une nouvelle dimension à une œuvre qui, à la base, ne valait pas forcément le détour.
Mais parfois aussi, une adaptation, c’est juste de l’opportunisme. C’est l’art de tirer à soi une couverture qui a été tissée par quelqu’un d’autre.
Et malheureusement, parfois, c’est même l’art de pourrir la couverture en la donnant à son labrador pour qu’il joue avec.
C’est hélas ce qui s’est passé avec State of Play.
State of Play (Jeux de pouvoirs)
De David Yates. Avec David Morrissey, John Simm, Kelly Macdonald, Bill Nighy...
Sortie : 2003
Kelvin Stagg, 15 ans, est abattu dans une ruelle dans un quartier sordide de Londres. Un moment plus tard, Sonia Baker, la jeune assistante du député Stephen Collins, tombe sous le métro. Pour l’ensemble de la presse nationale, le cas Stagg est un banal règlement de compte entre petits dealers. En revanche, l’affaire Baker, qui parait d’abord accidentelle, tourne au scandale quand Stephen Collins montre des signes d’intense tristesse qui laissent supposer qu’il y avait plus entre eux qu’une simple collaboration professionnelle.
Cal McCaffrey, ancien directeur de campagne de Stephen et désormais journaliste au Herald, a des scrupules à se joindre à la meute qui poursuit son ami pour le déchiqueter. Mais quand sa collègue Della Smith met le doigt sur un lien entre les deux morts, leur rédacteur en chef, Cameron Foster, leur adjoint une équipe entière pour démêler l’écheveau de ce qui se révèlera être une affaire bien plus complexe, impliquant les plus hautes sphères du pouvoir. State of Play est une mini-série britannique de six épisodes diffusée en 2003 et plébiscitée par le public et la critique. Ecrite par Paul Abbott, créateur à part ça de Shameless, et réalisée par David « j’ai réalisé la moitié des Harry Potter» Yates, elle propose surtout un excellent casting : Bill Nighy, Kelly MacDonald, Polly Walker et Marc Warren, réunis autour de John Simm et David Morrissey. Sans oublier (comment le pourrais-je, de toute façon ?) le toujours excellent, merveilleux, talentueux, charmant, etc… James McAvoy. Ma seule excuse d’ailleurs pour ne pas avoir vue State of Play plus tôt, alors que j’ai vu le reste de sa filmographie presque intégralement, c’est que je pensais qu’il s’agissait d’une série, et non d’une mini-série, et qu’il n’y tenait qu’un tout petit rôle. L’erreur est désormais réparée.Avant tout, il s’agit d’un thriller politico-médiatique malin, bien écrit et bien orchestré, qui parvient à ménager un suspense haletant tout le long de ses six heures, en distillant jusqu’au dernier moment des révélations qui prennent par surprise les spectateurs aussi bien que les personnages. Mais c’est fait sans effets de manche outrés, sans grosse artillerie, sans scènes d’actions à la vas-y que je te pousse qui vont vite et qui font peur. Simplement, c’est une histoire de journalistes qui font bien leur job, qui explorent chaque piste jusqu’au bout, méticuleusement. Qui veulent comprendre ce qui se passe. Et qui parviennent à rendre cohérent un ensemble de détails dont la connexion n’est pas évidente.
C’est aussi une histoire humaine. Comment les médias et la politique sont liés, comment ils s’influencent mutuellement. Comment un homme, politicien ou journaliste, peut-il parvenir à rester intègre et objectif quand il est coincé au milieu d’un système ? J’ai beaucoup aimé le personnage de Stephen Collins pour ça. Il a des moments de faiblesse assez pathétiques, et on ne peut qu’admettre au final qu’il est plutôt influençable et pas assez méfiant pour un homme dans sa position. Ceci dit, si on regarde son parcours, on se rend compte qu’il est ambitieux, mais absolument pas corrompu, encore assez frais en politique pour avoir conservé une part d’idéalisme. Et sa réaction quand il apprend la vérité sur ce qui est arrivé à Sonia en est l’exemple. Ce n’est pas seulement en tant qu’homme, d’un point de vue personnel, qu’il se sent trahi. C’est aussi d’un point de vue professionnel, et en tant que meneur d’une équipe qui s’est démenée pendant des mois pour finalement aboutir à un échec programmé d’avance par de plus hautes instances. Il manque du cynisme dont font preuve les journalistes du Herald, qui semblent pour leur part avoir perdu confiance en la nature humaine depuis longtemps, mais à qui il reste un vestige d’idéalisme dans leur acharnement à révéler la vérité, quitte à se mettre dans les ennuis. Du reste, chacun réagit différemment aux découvertes faites au cours de l’enquête, et on a autant d’interprétations de ce qu’est la déontologie journalistique qu’il y a de journalistes ; Cal, personnellement impliqué ; Della, légaliste ; Cameron, désabusé mais amusé ; Dan, qui veut faire ses preuves. State of Play est brillamment mis en scène, et remarquablement interprété. John Simm et David Morrissey sont nickel de bout en bout dans leur relation amitié/rivalité, alternant maîtrise de soi exemplaire et moments de craquage total, Kelly Macdonald prête son délicieux accent écossais à l’intègre et zélée Della, et Bill Nighy incarne à la perfection un flegmatique rédacteur en chef capable de faire de l’humour dans les pires moments de stress.
James McAvoy est un jeune qui n’en veut, plus compétent qu’il en a l’air mais moins qu’il le pense, comme l’illustre la scène de sa première réunion avec l’équipe, où il balance avec assurance les informations qu’il est le seul à avoir, et déchante immédiatement après quand il se rend compte de la véritable ampleur de l’histoire sur laquelle il travaille. N’oublions pas l’audacieux Marc Warren, dans le rôle du cake de classe internationale Dominic Foy. Ce qu’il a dû subir et l’image qu’il a dû accepter de lui-même mérite qu’on y revienne.
Collusions, trahisons, manipulations et financements occultes, tous les jeux de pouvoir qu'on aime voir montrés du doigt et dénoncés. Au final, State of Play est une production assez géniale et on ne regrette pas les six heures qu'on a passé dessus. Maintenant je vais tenter de vous expliquer pourquoi tricher sur son voisin n’est pas toujours une bonne idée.
Jeux de pouvoir
(Titre original : State of Play)
De Kevin Macdonald. Avec Russell Crowe, Ben Affleck, Rachel McAdams…
Date de sortie : 24 Juin 2009
Membre du Congrès, Stephen Collins doit faire face au scandale quand son assistante et maîtresse, Sonia, meurt brutalement. Cal McAffrey, journaliste expérimenté qui connait Collins depuis la fac, tente de sortir son ami du pétrin en attirant l’attention de la presse sur l’accident, afin de la détourner de la liaison amoureuse. Mais en découvrant qu’un sdf toxicomane avait appelé Sonia la nuit précédente, juste avant de se faire tuer, Cal comprend que les circonstances de la mort de la jeune femme sont plus troubles qu’il n’y parait. Grosso modo, les scénaristes du film repris la même histoire que celle de Paul Abbott. Même le nom des personnages, à peu de choses près, sont les mêmes. Si ce n’est que Cal s’appelle McAffrey et plus McCaffrey (Phonétiquement, c’est une plaisanterie. Et je suppose qu’il y a des droits d’auteur pour ça ?) et que Della s’appelle désormais Frye, parce que Smith n’était sans doute pas assez mémorable pour une journaliste ambitieuse qui, justement, cherche à se faire un nom. Quant à Cameron Foster, c’est toujours Cameron Foster, sauf que cette fois, c’est une femme. Pourquoi pas ? Ce n’est pas ce changement-là que j’ai le moins aimé chez ce personnage de toute façon.
Mais comment condenser en deux heures et des patates une quantité d’informations, d’indices et de rebondissements telle qu’il n’y avait vraiment pas trop de six heures pour les exploiter, la première fois ? Une seule manière, coupes drastiques dans le script et réécriture de l’enchainement des événements. Et l’on tombe alors en plein dans ce que la série avait su éviter, on fait un film d’action, basé sur un complot financier dénoncé par des enquêteurs d’autant plus idéalistes qu’ils ont beaucoup à perdre, ce qu’on ne manquera pas de nous rappeler à outrance. Sans compter qu’on n’échappera pas aux inévitables scènes de poursuites, de courses et de flingages tournées caméra au poing, mobiles, mal cadrées, mal éclairées, bref, exactement ce que je déteste.
Là où le Herald montrait une image de sérieux et de professionnalisme, commandé par un Bill Nighy incorruptible et une équipe globalement soudée malgré des divergences d’opinions, le Globe à l’air d’un hangar qui pleure la misère, et on apprend dès les premières scènes qu’il s’agit d’un navire en plein naufrage, déserté par les rats, et dont les éventuels «sauveurs» tentent de redresser la barre en en faisant un journal à scandales, assez bien secondés par une Helen Mirren qui se la joue petit chef mais ne supporte pas la pression.
Son journaliste vedette, le vieux de la vieille le plus chevronné (Russell Crowe) à l’air d’avoir une hygiène de vie équivalente à celle d’un clochard alcoolique. L’idée des cheveux mi-longs qui font négligé, c’était bien sur le papier, mais si c’est pour qu’il secoue la tête dans tous les sens à tout bout de champ pour ne pas les avoir dans les yeux, c’était pas la peine. Et quand il travaille avec quelqu’un, il faut bien sûr que ce soit la petite nouvelle (Rachel McAdams) qui compense son manque d’expérience par des talons très hauts et des dents très longues. Le vieux sage et la jeune padawan, c’est pas un peu cliché ? Je préférais la relation d’égal à égal qu’il y avait entre Simm et Macdonald.
Anne Collins (Robin Wright-Penn) est absolument transparente et limite inutile, sinon comme prétexte à la confrontation entre Stephen et Cal. Dominic Foy, initialement personnage clé de l’intrigue, arrive ici un peu comme un cheveu sur la soupe, comme par un gros coup de bol pour les journalistes. Jason Bateman a beau en faire des caisses, il ne fera pas oublier Marc Warren. Remplacer le personnage de Sheena Gough par celui de Rhonda Silver, sans doute pour dénoncer le puritanisme exagéré des électeurs républicains, est tout simplement beuaaaark.
Bref, que des mauvaises idées. Je n’aime pas critiquer Kevin Macdonald, après la claque que m’a mis son dernier roi d’Ecosse, alors on va dire qu’il a fait avec ce qu’on lui a donné. Et que ce qu’on lui a donné n’était que la matière d’un thriller politico-médiatico-financier moyen, comme on en a déjà vu, comme on en verra encore, et qui ne laissera pas d’empreinte indélébile dans les mémoires.
Malgré tout, je tiens à dire que Ben Affleck (qui était loin d’être le premier choix pour ce rôle) s’en sort plutôt bien. En voyant certaines scènes jouées par David Morrissey, je prévisualisais ce que ça donnerait avec Ben Affleck et je sentais que ça pourrait le faire. Et c’est le cas. C’était peut-être, aux yeux du public, l’élément le plus hasardeux de ce casting prestigieux. En effet, on ne peut pas tenir le premier rôle de Pearl Harbor sans devoir subir par la suite une perpétuelle remise en question. Mais c’est ce genre de performances qu’il faudrait retenir de lui, sobres et maîtrisées. Je crois avoir clairement fait comprendre que de State of Play, je ne conseillerai pas le format cinéma. Par contre, à toutes fins utiles, je signale aux intéressés qu’une version en français de la série existe en dvd…
01 April Mes attractions désastresLove et ses petits désastres
(Titre original : Love and other disasters)
De Alek Keshishian. Avec Brittany Murphy, Matthew Rhys, Catherine Tate, Santiago Cabrera...
Sortie : 2007
Des trentenaires romantiques et exigeants, rêvant de la parfaite love story comme dans les films. Mais voilà, pour l'instant leur vie sentimentale peut être qualifiée en un seul mot : désastre ! Alors, l'amour comme dans les films, fantasme ou réalité ?
Emily Jackson, aka Jacks, assistante de rédaction à Vogue, Londres, est le pilier central de sa petite bande de potes, composée uniquement de filles hétéros et de garçons gays, un peu névrosés et avec de gros problèmes relationnels. Tallulah, gosse de riche, a passé toute sa vie à se rebeller contre son milieu social et collectionne les histoires sans lendemain, qu’elle ruine elle-même dès le départ. Finlay, artiste avant-gardiste (!), ne se remet toujours pas de la mort de son compagnon, dix ans plus tôt. Peter, écrivain et grand rêveur, n’a jamais eu d’histoire d’amour vraiment réelle et stable. Quant à Jacks, elle ne parvient pas à mettre fin à sa relation mal définie avec James, un garçon bien sous tous rapports mais dont elle n’est décidément pas amoureuse.
Malgré tout, chacun d’eux continue à croire que le grand amour leur tombera dessus comme par enchantement un beau jour. Et en attendant, si aucun ne fait d’efforts pour que sa propre situation s’améliore, tous se mêlent des affaires des autres afin de faire leur bonheur, même malgré eux.
J’avoue tout, ce film n’a jamais fait partie de ma liste de films à voir, et si je l’ai emprunté à mon videostore, c’est pour l’unique raison que Eliott Cowan est au générique, et qu’après une semaine à me gaver tous les soirs de Lost in Austen (vu dans le cadre de mon Challenge Austen 2009 et dont je ne manquerai pas de parler le moment venu), je voulais voir à quoi il ressemblait quand il n’était pas Darcy. Réponse : heureusement pour lui, un homme grand et large d’épaules le reste même sans manteau cache-poussière et avec le front dégarni, mais certains physiques conviennent mieux aux films en costumes. Ah, quel dommage ! Je lui laisse encore une chance, je verrai Happy-go-lucky avant de porter un jugement définitif. Sinon il restera Darcy, et ma foi c’est déjà pas si mal.
Love et ses petits désastres est une comédie romantique qui se veut une critique des comédies romantiques en général, mais qui n’évite pourtant pas les clichés du genre. Le résultat est donc assez mitigé. Parce que c’est bien beau de dénoncer les gens qui rêvassent, trouvent des excuses pour ne jamais s’engager (prise de risque ultra-mesurée, donc) et ne font rien en attendant que tout leur tombe tout rôti dans le bec. Car effectivement, nous ne vivons pas au Pays de Candy, et comme je dis toujours, le bonheur est un choix. Et l’amour aussi, par conséquent, je suppose. (Attention, je ne dis pas que c’est un choix facile, hein !) Cela dit, on est quand même dans une comédie romantique, et donc on sait à quelle conclusion s’attendre.
Parce qu’évidement (et le film le souligne bien, d’ailleurs), ce qu’on aime dans les comédies romantiques, ce n’est pas le suspense, c’est la comédie. Et là, pardon, mais il est passé où l’humour ? A part Catherine Tate qui m’a fait rigoler à chacune de ses scènes, peu de gags ou vannes ne m’ont ne serait-ce qu’amusée. C’était soit plat, soit de mauvais goût (le summum étant atteint dans la scène de la psy, où on touche à mon avis le fond du fond du nawak).
Mais il y a quand même quelques points positifs. D’abord, ça se passe à Londres, donc on échappe un peu à l’ambiance formatée des comédies américaines du genre. L’ambiance est différente, et Londres est quand même une chouette ville.
Et puis, j’aime Jacks. Parce que j’en ai assez qu’on nous serve à toutes les sauces l’héroïne « normale » qui crise sur son âge, son poids ou sa maladresse, (mais qui choppe quand même le beau mâle élégant et riche à la fin) sous prétexte que c’est plus facile de s’y identifier. Je me sens nettement plus valorisée quand on me propose de m’identifier à une working-girl super classe qui fréquente les soirées jet-set, qui possède des fringues géniales et des chaussures qui me font mal rien qu’à regarder la hauteur de leurs talons, toutes choses qu’elle porte avec une grâce incroyable, sans jamais rien tâcher ni froisser. Une fille cosmopolite qui a vu le monde et parle plusieurs langues, et qui est capable de fréquenter les milieux les plus superficiels aussi bien que les plus cultivés, tout en sachant toujours quoi dire aux gens qu’elle rencontre. Une fille vers qui tous les regards se tournent quand elle entre dans une pièce qu’elle va traverser d’un pas conquérant en saisissant au passage et sans même s’arrêter une coupe de champagne sur le plateau d’un serveur. Bref, pas la fille à qui on ressemble, mais celle à qui on aimerait ressembler. A part, bien sûr, sa peur de l’amour et sa propension à se balader toute nue chez elle, même quand il y a du monde. Brittany Murphy, que j’aime toujours beaucoup, incarne à la perfection cette classe, cette énergie cachée derrière sa voix grave et rauque qui ressemble presque à un murmure.
Le reste du casting est également très bon. Matthew Rhys est une vraie découverte : romantique réaliste anti-cynique rêveur, écrivain presque raté mais pas encore désespéré, et apparemment le personnage est une autobiographie de l’auteur-réalisateur, c’est dire le challenge que ça a été pour l’acteur.
Je vois Santiago Cabrera pour la première fois dans un rôle de jeune premier, (ça change des artistes camés et des militaires crades), et Oh My j’ai juste envie de réessayer d’apprendre le tango, si possible avec un partenaire qui peut le danser en jean et baskets parce que c’est juste trop sexy.
Quant à Catherine Tate, elle est ébouriffante. Comme je le disais plus haut elle est la caution comique du film, et j’ai été ébahie de découvrir que c’était sa première expérience au cinéma. Comment est-ce possible que le grand écran ne lui ait jamais offert d’opportunité avant cela ? C’est à peine croyable, avec un talent pareil. Mais la télé anglaise (qui est de qualité, faut-il le rappeler) a su compenser l’affront, et c’est avec d’autant plus d’enthousiasme que je me mettrai très bientôt au visionnage de Doctor Who.
28 September A quoi sert l'éducation ?La culture, aussi vaste soit-elle, a-t-elle une valeur en elle-même si celui qui la possède n'a pas aussi un minimum de bon sens ?
![]() History Boys De Nicholas Hytner. Avec Dominic Cooper, Samuel Barnett, Stephen Campbell-MooreRichard Griffiths, Frances de la Tour…
Dans le nord de l'Angleterre, au début des années 80, Akthar, Crowther, Dakin, Lockwood, Posner, Rudge, Scripps et Timms sont lycéens à Cutler. Grâce à leurs excellents résultats en Histoire, ils sont l'objet de toutes les attentions du directeur de l'école qui compte bien les faire intégrer Oxford ou Cambridge. Pour augmenter les chances de succès de ses "History Boys", le directeur recrute Irwin avec pour mission d'entraîner ces élèves d'exception aux concours qui les attendent.
Sheffield, 1983. Huit garçons issus de milieux pas très favorisés obtiennent des résultats si excellents au bac que le directeur de leur lycée, avide de prestige, leur organise un trimestre de prépa littérature/histoire pour qu’ils tentent l’entrée à Oxford ou Cambridge. Mais si dans leur école ils sont des stars et des têtes, le directeur craint que comparés aux meilleurs candidats du pays, ses protégés aient l’air trop frustes et mal dégrossis. Il engage donc Irwin, un jeune prof remplaçant, pour compléter les cours de Mr. Hector et Mrs. Lintott, les deux profs titulaires. Dans le stress de la préparation du concours, les huit garçons se retrouvent partagés entre leur loyauté envers leur vieux prof Hector, enthousiaste et doux-dingue, qui leur dispense une culture diverse et mal cadrée, et leur fascination pour le jeune et sérieux Irwin, issu d’Oxford, qui les entraine pour la réussite. Sur le papier, ça peut ressembler un peu au Cercle des poètes disparus. Un groupe de jeunes hommes en découverte d’eux-mêmes, du monde et de la vie, une école de garçons, un nouveau prof avec des idées nouvelles. Mais History Boys n'est pas aussi dramatique. Les jeunes hommes en question ne sont pas issus de familles fortunées, et pour eux rien n’est acquis d’avance. Ils n’ont rien à perdre en tentant les concours des grandes universités. Et ce qu’ils ont de confiance en eux vient de ce qu’ils sont conscients de leur potentiel, pas du compte en banque de leur père. De plus, le staff éducatif de leur lycée n’est pas vraiment conservateur à la base : Hector laisse ses élèves choisir le sujet des cours, lance des citations à tout bout de champ, leur fait apprendre par cœur de la poésie, des chansons, des scènes de pièces et de films. C’est Irwin qui, d’une certaine façon, vient jouer les rabat-joie en les recentrant sur un objectif à court terme : canaliser leurs connaissances pour convaincre un jury. Si finalement Hector et Irwin ont des méthodes opposées, leurs visions de l’éducation se rejoignent : connaissances d’abord, aussi vastes que possible, et ensuite analyse, réflexion. Passer le flambeau ! Transmettre. Seulement Hector, proche de la retraite, ne remet plus en question sa façon de faire, tandis qu'Irwin, peu expérimenté, est dérouté par ses élèves, vivants, confiants et libres, sur lesquels il ne se sent pas le droit d'avoir le dessus. ![]() Basé sur une pièce à succès (multiples récompenses, guichets fermés, tournée mondiale), The History Boys a la particularité de reprendre sur écran le même casting que sur scène. Autant dire que les acteurs sont à l’aise et maîtrisent leurs personnages. Les jeunes sont de grandes gueules, sûrs d'eux, globalement heureux malgré leurs problèmes, ouverts d'esprits et contents d'apprendre. Et s'ils se permettent de parler d’égal à égal avec leurs profs, de répliquer à tout et même d'avoir une certaine insolence, ce n'est jamais sans respect. Parmi ceux qui sortent du lot, on remarque le sensible Posner (Samuel Barnett) qui assume avec fatalisme son judaïsme et son homosexualité, tout en se complaisant dans son rôle romantique d’éternel cœur brisé puisqu’il aime le charmeur du groupe, Dakin (Dominic Cooper, cf Mamma Mia) qui lui est dans une provoc constante et, à vouloir être aimé de tous, pousse les limites de tout le monde, à commencer par celles d’Irwin (Stephen Campbell-Moore) professeur passionnant mais homme terne, qui s’assume moins bien que Posner, surtout quand il s’agit d’être attiré par un de ses élèves.
A noter que les deux autres profs sont interprétés par Richard Griffiths et Frances De La Tour, alias respectivement Oncle Vernon et Mme Maxime, tous deux excellents. Certaines scènes sont à se plier en quatre de rire (celle du cours de français est à voir en vo impérativement), d’autres sont pleines d’émotion. Du fait qu’aucun acteur n’est vraiment connu en dehors du Royaume-Uni, ce film est passé relativement inaperçu à sa sortie, en janvier 2007. C’est une erreur à réparer.
Ou sinon, vous pouvez aussi lire la pièce d'Alan Bennett, c'est pas mal aussi.26 April Etude comparée de... 2 comédies romantiques ado inspirées de chefs d’œuvres de la littérature anglaise.
Parce que je viens de voir le premier et que j’ai revu le deuxième il y a peu de temps, et que je les aime bien. Parce que si un scénariste manque d’idées, il n’y a pas de mal à ce qu’il récupère (et éventuellement, qu’il détourne) des classiques tombés dans le domaine public, et donc libres de droits. Et tant qu’à faire, autant pomper sur les meilleurs. Comme ça, il peut se concentrer sur l’écriture de bons dialogues.
Parce que dans ces films là, les jeunes gens sont toujours beaux, pleins d’humour et sympas, ils vivent dans des chouettes villes où il ne pleut jamais et leurs problèmes existentiels se réduisent à leurs histoires de cœur. Certes, ce n’est pas le genre cinématographique qui influe le plus sur la marche du monde, ni celui qui ramène des oscars. Pour autant, ce ne sont pas de mauvais films, et ils sont divertissants. L’Arche Russe est sans conteste beaucoup plus édifiant à tout point de vue, mais je défie quiconque de le voir en entier sans interruption et sans somnolence.
![]() 10 bonnes raisons de te larguer
(Titre original : 10 things I hate about you)
Au lycée de Padua, Bianca Stratford est une princesse, populaire et choyée de tous. Dès son arrivée, Cameron en tombe dingue amoureux. Mais Michael, son meilleur ami tout neuf, le met en garde. Le père Stratford est ultra rigoriste et interdit à Bianca d’avoir des rendez-vous, à moins que sa sœur ainée Kat n’en ait aussi. Aucun risque donc, puisque Kat est une féministe acharnée à la limite de la misandrie (je viens de trouver ce mot dans un dictionnaire et j’en suis vachement contente) et qu’elle préfèrerait manger du verre pilé plutôt que d’avoir un rencard.
Cameron décide alors de trouver le petit ami idéal pour Kat, afin de libérer le chemin menant à Bianca. Son choix se porte sur Patrick Verona, le bad boy du lycée qui traine une sale réputation de délinquant et qui semble être le seul à ne pas craindre l’agressivité de Kat.
Mais pour approcher Patrick, il faut avoir du répondant. Pour financer l’opération, Cameron et Michael font croire à Joey, le beau gosse fils à papa de service qui cherche lui aussi à sortir avec Bianca, que le plan est pour lui. Joey accepte de payer Patrick, qui tente sa chance auprès de Kat.
Adapté de La mégère apprivoisée de Shakespeare, 10 bonnes raisons de te larguer parle d’apparences trompeuses et d’hypocrisie, du fossé qui existe entre l’image qu’on donne et ce qu’on est en réalité. La transposition dans un lycée américain paraît donc être une bonne idée, puisque tout le monde semble y porter une étiquette et l’assume du moment que ça sert ses objectifs. Quitte à utiliser les autres au passage.
Bianca joue le godiches écervelées parce qu’elle aime être aimée, et qu’elle pense que c’est ce qu’on attend d’elle. Elle se sert de l’admiration que Cameron a pour elle pour sortir avec Joey, qui lui plait uniquement parce qu’il est mignon et populaire. Patrick et Kat jouent de leurs images parce qu’au contraire de Bianca et Joey, ils cherchent l’anticonformisme et sont fiers de ne pas se fondre dans la masse. Cameron est le seul à ne pas avoir de place préétablie, privilège des nouveaux venus. Mais si tous, à l’exception de Kat, trichent et mentent, le naturel finit par revenir en galopant. Les crapauds se transforment finalement en princes, et inversement, la mégère se révèle être une romantique aussi sensible que n’importe qui, et la poupée superficielle s’autorise à montrer sa force de caractère.
A voir pour les acteurs, le doué Joseph Gordon-Levitt (Cameron), Larisa Oleynik, l’Alex qui avait le superpouvoir de se transformer en flaque d’eau (Bianca), David Krumholtz (Michael) qu’on est heureux de voir dans autre chose que Numbers, Julia Stiles (Kat) et Heath Ledger (Patrick) dans un de se premiers rôles au cinéma.
A voir aussi pour la conseillère d’éducation qui utilise ses heures de travail pour écrire des romans érotiques, et pour le père poule, gynécologue de son métier, et terrifié à l’idée que ses filles puissent avoir besoin d’un de ses confrères.
A voir de préférence en vo pour ne rien rater des super râteaux que tous s’envoient à tout bout de champ.
![]() ![]() Clueless
De Amy Heckerling. Avec Alicia Silverstone, Brittany Murphy, Paul Rudd...
Au lycée de Beverly High, Cher Horowitz est une princesse, populaire et choyée de tous. Au royaume des enfants de stars et gosses de riches, elle est dans son fief et fait la loi en matière de style et de mode. Elle cache un sacré sens pratique derrière sa superficialité, et elle s’occupe des gens qu’elle aime avec autorité, mais toujours pour leur bien. De son daddy, avocat du genre requin qui effraie tout le monde et qu’elle mène à la baguette, à Tai, la charmante petite nouvelle du lycée qui a besoin d’être guidée dans ce monde ultra-codifié.
Mais si Cher adore s’occuper de ses amis et leur donner des conseils sur leur vie amoureuse, elle-même est seule et décidée à le rester, à moins de rencontrer l’amour avec un grand A, et c’est pas demain la veille.
Adapté de Emma de Jane Austen, Clueless parle des risques qu’il y a à trop se mêler des affaires des autres, parce qu’on prend surtout le risque de foutre le boxon, vu qu’on ne peut pas lire dans les pensées des gens. Par contre, faut penser à balayer devant sa porte.
![]() Cher a beau ne s’intéresser qu’à ses fringues et avoir une vision de la vie assez limitée, et même si ses intentions sont assez égoïstes à la base, elle a clairement un bon fond. On le sait rien qu’à voir comment elle mène la maison et force son père à prendre ses médicaments. Et elle est sincèrement persuadée que pousser Tai à devenir un clone d’elle est une bonne chose. Heureusement, la tournure des événements et son ex-demi-frère Josh lui remettent les idées en place régulièrement.
A voir pour la qualité de l’adaptation, écrite et réalisée par Amy Heckerling. Moi qui suis pourtant une inconditionnelle de Jane Austen, j’ai mis une bonne demi-heure avant de réagir à la ressemblance avec Emma. Il faut dire que le cerveau est assez accaparé par les costumes extravagants et les comportements excentriques des personnages.
![]() A voir pour les acteurs, Alicia Silverstone (Cher) et Brittany Murphy (Tai), dans des quasi premiers rôles, et l’adorable Paul Rudd (Josh), sans oublier Stacey Dash, Donald Faison et Elisa Donovan (Dionne, Murray et Amber) qui ont aussi fait les beaux jours de la série télé qui a suivi.
A voir de préférence en vo pour ne rien rater des expressions idiomatiques et caractéristiques telles que « être un Barney » ou « être une Betty », intraduisibles pour la plupart, les « As if ! » et autres « W(hatever) ! »
02 September 2 filles, 3 garçons, 5 possibilitésEn me baladant dans les rayons dévédés de mon centre commercial, j'ai découvert il y a quelques jours un petit film de 1985, vendu pas trop cher, avec zéro bonus dessus, et dont le titre ne me disait rien, mais qui a attiré mon attention parce que dedans jouaient Emilio Estevez (le seul membre de la famille Sheen a avoir choisi de garder son vrai nom, un peu comme Laura Smet), et Anthony Micheal Hall (alias le Johnny Smith de Dead Zone).
![]() En lisant le résumé, je me suis dit "tiens, ça me rappelle quelque chose", mais je suis bien certaine de ne jamais l'avoir vu avant.
Il se trouve seulement que ce film est un classique, bien que méconnu, et que de très nombreuses séries le prennent comme référence quand il s'agit de parler d'ados américains.
Breakfast Club raconte comment, un samedi matin, cinq lycéens se retrouvent en colle. Pourquoi sont-ils là ? On ne le sait pas encore. Ils vont devoir passer la journée enfermés ensemble dans la bibliothèque. Le truc, c'est qu'ils ont beau fréquenter le même lycée, ils appartiennent tous à des groupes différents. Ils ne se connaissent pas et ne se sont jamais parlé auparavant. Andrew (Emilio Estevez) appartient au clan des sportifs, Brian (Anthony Michael Hall) fréquente les clubs de science. Claire (Molly Ringwald) vient d'une famille friquée et ne vise que le titre de reine du bal de promo. Allison (Ally Sheedy) est une sorte de gothique avant l'heure, psychologiquement perturbée qui n'a aucun ami. Et John (Judd Nelson), qui a l'air d'avoir redoublé six fois sa terminale, est un délinquant juvénile, violent et rebelle.
![]() Le directeur, chargé de les surveiller, leur donne à faire une rédaction sur le thème "dites-moi qui vous êtes", sujet bateau qui pourra les occuper pour la journée. Une réflexion sur la personnalité n'est jamais anodine pour des lycéens étiquetés "athlètes", "scientos", "fille à papa", enfermés dans une clique avec les gens qui sont comme eux, et interdiction d'en sortir sous peine de bouleverser le fragile équilibre de cette mini-société codifiée. Si vous avez vu High School Musical, vous comprendrez parfaitement de quoi il retourne (cf la scène du Stick to the Status Quo).
On ne passe pas neuf heures d'affilée avec quatre autres personnes à essayer de déjouer la surveillance du dirlo pour aller chercher à bouffer au distributeur ou récupérer de l'herbe dans son casier, sans découvrir que les gens contiennent un peu plus que ce qui est écrit sur leur emballage. Chacun va finir par avouer aux autres ce qui l'a amené à être collé, livrant ainsi les raisons de son mal-être. Ils vont apprendre à se connaître et à s'apprécier, en espérant que le lundi suivant, leur amitié nouvelle survivra aux préjugés et aux lois de l'ordre établi.
En dehors du fait que la BO contient une bonne dose de ce qui se faisait de mieux en matière de musique dans les années 80, ce film est une sorte de diamant brut. Pas sûr qu'on apprécie de voir Judd Nelson en faire des tonnes dans un rôle caricatural (et son costumier s'est franchement éclaté, faut dire), ou Paul Gleeson, dans le rôle du directeur, jouer les despotes manichéens. Mais pourtant, malgré ses imperfections et son côté un peu "photo jaunie", Breakfast Club traite d'un sujet qui, si j'en crois les actualités et les séries télé, n'a pas tellement évolué depuis plus de vingt ans. Les jeunes se donnent à fond, et le résultat est bien agréable à regarder. Je ne regrette pas les 9.99€ que je l'ai payé.
13 March dearest, loveliest ElizabethC’est parti de l’affiche de Orgueil et Préjugés, le film sorti l’été dernier avec Keira Knightley dans le rôle principal. Film assez fade, de l'avis général.
Je ne sais plus très bien où j’ai vu cette affiche. Dans une pub à la télé, ou dans une émission quelconque traitant des dernières sorties dvd, ou peut-être simplement en passant devant un vidéo club. Toujours est-il que ça m’a rappelé qu’il y a quelques années, en lisant le journal de Bridget Jones je m’étais promis qu’un jour, si je pouvais, je verrais la version feuilleton que la BBC avait faite en 1995. Celle où Colin Firth jouait un Mr. Darcy qui faisait fantasmer à mort Bridget et ses copines. (Ceux qui ont lu l’âge de raison se souviennent sans doute de la scène de l’interview et de la fixation de Bridget sur une certaine chemise mouillée).
Alors je me suis dit que maintenant que j'ai un lecteur dvd, j'allais peut-être pouvoir la voir, cette fameuse série qui passe pour être la meilleure adaptation connue d’un des meilleurs bouquins de la littérature outre-manchoise. Et hop, un petit tour sur Amazon, le dvd existe (ouais, chouette alors !), je le commande, et en deux temps trois mouvements il m’est envoyé. Youpi, moi contente. En rentrant le dimanche soir chez moi, je trouve le petit paquet dans ma boîte aux lettres. Et me voilà partie pour une nuit presque blanche (6x50mn environ, plus 30mn de making-of, ça fait finir à 1 heure du matin à peu près) sans pouvoir aller me coucher avant de savoir si oui ou non Elizabeth finira par mettre le grappin sur Darcy (ou serait-ce plutôt l’inverse ?) La réponse est aussi évidente que s'il s'agissait d'une banale comédie romantique, et alors ?
C’était tellement bien que le lendemain j’ai été louer la version avec Keira. Nettement moins bien, forcément, mais quand même pas si mal. Impossible de toute façon, avec une histoire aussi bonne, de faire un navet total. Matthew McFadyen s'en est pris beaucoup dans la tronche par la critique, mais il ne s’en sort pas si mal, si ce n'est qu'au niveau de l'interprétation, interchanger orgueil et névrose me parait un peu douteux.
Dans la foulée, je me suis mise à lire le bouquin aussi. Et depuis une semaine, je laisse le dvd dans le lecteur pour me passer et me repasser les scènes que je préfère. Oubliées toutes les histoires d’amour impossibles où les héros sont de jeunes premiers impétueux et torturés, victimes de leur entourage, de leur destin, de leur famille, de la société ou des dieux. Voilà des personnages qui ont les pieds sur terre, dans une histoire réaliste qui traite de la nature humaine. La preuve, on pourrait la réadapter à notre époque, alors qu’à la base, c’est pré-victorien. D’ailleurs, (je vais avoir l’air d’avoir des idées fixes, mais tant pis) c’est bien ce qu’a fait Helen Fielding, apparemment fortement influencée par le téléfilm, quand elle a écrit BJ’s Diary, puisque la trame de l’histoire est presque entièrement pompée sur Orgueil et Préjugés. Jugez plutôt.
Elizabeth est une jeune femme (ce qu’on entend par « jeune » diffère selon l’époque), dotée d’une mère un peu hystéro et pas très fine dont l’obsession est de la voir mariée. On lui présente un homme qui s’appelle Mr. Darcy. C’est un homme plutôt fermé, taciturne, (timide ? noooon) et même hautain, ce qui fait qu’il passe pour un abominable snob prétentieux. Il est immédiatement attiré par Lizzie, si vive, si drôle, si énergique, mais ses manières trop libres et indépendantes le mettent mal à l’aise. Elle, de son côté, est refroidie par son attitude, et le trouve carrément antipathique. D’autant qu’elle se prend d’intérêt pour un autre homme, on ne peut plus charmant, Wickham, qui connaît Darcy depuis fort fort longtemps et qui a, semble-t-il, pas mal de choses à lui reprocher. Aussi Elizabeth, sans vraiment connaître Darcy, décide que c’est un sombre connard et s’en désintéresse. Il lui faudra quatre épisodes supplémentaires et quantité de péripéties pour qu’elle revienne sur ses préjugés et que lui se guérisse de son orgueil. Ça vous rappelle-ti pas kekchose ?
Darcy, qu’il s’appelle Mark ou Fitzwilliam, reste à peu de choses près le même, et je me demande d’ailleurs pourquoi Colin Firth a joué deux fois la même chose. Peut-être pour relancer sa carrière ? Ou parce qu’il voulait rendre hommage au rôle qui l’a rendu célèbre et qui lui collera à la peau à jamais ? Darcy, c’est l’archétype même du grand brun ténébreux et sexy (si tant est que le mot soit applicable à un homme qui porte des favoris et un haut-de-forme, mais moi je trouve que oui, l’élégance et l’assurance, c’est très sexy), qui ne parle jamais pour ne rien dire, qui a un sens de l’humour très caustique dont il use avec une telle modération que le faire rire est un vrai challenge, une dignité et un honneur à toute épreuve, mais un type bien dans le fond, qui a beau être très riche et très puissant, n’en est pas moins sensible même s’il le cache bien et maîtrise à fond ses émotions. Le genre de héros que j’aime.
En revanche, si j’ai aimé Bridget, c’est uniquement parce qu’elle m’a fait mourir de rire. Mais on voudrait que les filles d’aujourd’hui s’identifient à elle ? Au secours ! Qui aurait envie de prendre exemple sur Bridget ? Lizzie, contrairement à Bridget, ne fume pas, ne boit pas comme un trou, ne jure pas comme un charretier, ne bafouille jamais, même dans les situations embarrassantes, n’est pas maladroite, ne se prend pas les pieds dans les tapis. Elle ne se préoccupe pas de régimes (d’ailleurs la mode à la fin du dix-huitième n’était pas spécialement à la minceur), et ne se sent pas humiliée par un travail nul (puisque les jeunes filles de son milieu ne travaillent pas). Ce qui ne fait pas d’elle une fille moins drôle que Bridget pour autant. Elle a de la répartie, de la subtilité, de la culture. Elle est intelligente, amusante. Elle est moderne (pour son temps). Elle pourrait avoir l’esprit étriqué de sa mère et de sa classe, et utiliser toute son énergie à se trouver un mari, riche de préférence, puisque c’est la seule chose qu’une jeune fille puisse faire. Mais quand une occasion se présente, elle préfère refuser plutôt que d’avoir l’impression de se vendre. Lizzie n’est pas spécialement fleur bleue, mais elle est décidée à ne se marier que par amour. Comme elle est intègre et raisonnable, il est évident qu’elle ne se prendra jamais de passion pour un homme qui ne serait pas digne de respect. Le propos principal de l’histoire, celui qui transparaît de façon évidente, c’est qu’il ne faut pas se fier à ses premières impressions. Que parfois on peut commettre des erreurs de jugement qui ont des conséquences graves, tout ça parce qu’on se montre têtu et qu’on refuse de se remettre en question. Mais au-delà de cette leçon à tirer, il y a le portrait d’une société, d’une époque, et d’une femme qui, sans aller contre les conventions, prend elle-même sa vie en main pour bâtir son bonheur, prend ses décisions et assume ses choix et la responsabilité de ses actes. Le genre d’héroïne que j’aime.
Comme Judy Abott par exemple. Pas comme cette cruche de Juliette qui trouve plus marrant de se faire enfermer dans le caveau de famille pour jouer à la belle au bois dormant.
08 February Ebenezer, le plus riche du cimetière![]() Vous ne l’emporterez pas avec vou (Titre original : you can’t take it with you) De Frank Capra. Avec James Stewart, Jean Arthur, Lionel Barrymore…Sortie : 1938
Le vieux grandpa Vanderhof, après avoir fait fortune, est devenu un sage pensant que l'argent ne fait pas le bonheur. Il vit entouré de ses enfants, ses petits-enfants et ses domestiques, pour le moins originaux. Mais, voila que sa petite-fille Alice tombe amoureuse de Tony Kirby, le fils d'un riche homme d'affaires. Si Alice et Tony s'aiment ce n'est pas le cas des Vanderhof et des Kirby, qui n'ont pas réellement la même conception de la vie. Frank Capra a réalisé, pendant les années 30 et 40, des films dont certains sont devenus des classiques. Pourtant, beaucoup considèrent son œuvre comme un ramassis de mélos irréalistes et idéalistes, dégoulinants de bons sentiments. Dans ses histoires les plus connues, le héros se trouve être un homme simple qui se retrouve confronté aux règles de la toute-puissante Société qui l’écrase. Et grâce à son honnêteté, à son courage, à toutes les valeurs essentielles auxquelles il croit, il s’en sort. Le plus bel exemple est sans doute La vie est belle (It’s a wonderful life en vo, à ne pas confondre avec le film italien du même nom de Roberto Benigni), bide de l’année à sa sortie, et diffusé depuis tous les ans à Noël, qui raconte comment un ange doit obtenir ses ailes en convainquant un homme sur le point de se suicider que sa vie a de la valeur, et que ses proches n’auraient pas été heureux sans lui.
Mais si effectivement les héros de Capra, à l’instar de Starsky et Hutch, s’en sortent toujours à la fin, cela n’empêche pas que ces films mettent le doigt sur les dysfonctionnements de la société américaine des années 30, période de la Grande Dépression, où tant de pauvres gens ont souffert tandis que les riches puissants continuaient de s’en mettre plein les poches. Et ses films, destinés à divertir avant tout, n’avaient d’autre but que de redonner un peu d’espoir aux spectateurs. À un nickel la séance, pas question de sortir de la salle encore plus déprimé qu’on y était entré.
![]() Dans Vous ne l’emporterez pas avec vous, Capra met en scène la confrontation des prolétaires et des grands bourgeois. Martin Vanderhof, dit Grandpa, (joué par Lionel Barrymore, le grand-oncle de Drew), était autrefois un brillant homme d’affaires. Mais un jour, réalisant qu’il ne prenait plus aucun plaisir à son travail, il décida de tout plaquer. Depuis, il vit avec sa fille, son gendre, ses deux petites-filles et toute une clique de joyeux lurons un peu fous dans la maison dont il est propriétaire. Seule règle : chacun fait ce qu’il veut, du moment qu’il s’amuse. Anthony P. Kirby a hérité d’une banque florissante qui s’est tirée sans anicroche du crach de 29. Redoutable, il n’hésite pas, au nom de la réussite, à écraser tous ceux qui se mettent en travers de son chemin, même s’il jouait au golf avec eux la veille. Il vient de racheter tout un quartier de New York, et s’apprête à réaliser une juteuse opération immobilière. Seul problème : il lui manque une propriété, celle des Vanderhof. Et Grandpa refuse de vendre, car si l’opération ne se fait pas, tous les voisins, qui sont locataires, ne seront pas obligés de déménager.
Pendant ce temps, Tony Kirby junior (James Stewart) vient d’être nommé vice-président de la banque. Son père place beaucoup d’espoirs en lui. Mais Tony demande en mariage sa secrétaire, Alice (Jean Arthur), qui se trouve être la petite-fille de Martin Vanderhof.
Honnêtement, ce n’est pas la leçon de morale contenue dans ce film qu’il faut retenir. C’est vrai que l’argent et la réussite professionnelle ne font pas tout, et qu’il faut aussi penser à vivre. Mais qui peut dire que c’est mieux de passer son existence à s’amuser ? Le message est tellement téléphoné qu’il vaut mieux passer dessus, et ne retenir que le doux délire de la famille Vanderhof, un groupe d’adultes jamais vraiment sortis de l’enfance, qui occupent leur temps en collectionnant des timbres, en écrivant des pièces de théâtre, en fabriquant des feux d’artifices, des automates ou des bonbons.
21 December Le vent l'emporteraQue ceux qui ne connaissent pas Autant en emporte le vent lèvent la main.
Maintenant, que ceux qui ont levé la main se mettent une claque avec. Comment ça, vous ne connaissez pas ? Mais vous connaissez que dalle, alors !
A mon sens, c'est sûrement le plus grand film jamais réalisé. Moi qui suis assez indécise dès qu'il s'agit de désigner ma série préférée, ou mon livre préféré, ou mon acteur préféré, ou mon chanteur préféré, ou mon plat préféré, ou mon n'importe quoi préféré, je suis catégorique sur mon film préféré : c'est Autant en emporte le vent.
Il y a des années, un de mes oncles à Noël m'a offert un très beau livre sur le making-of de ce film. Au début, je me suis contentée de m'extasier sur les belles images des magnifiques costumes. Et ensuite, je l'ai lu. Et c'est là que j'ai vraiment commencé à m'intéresser au cinéma.
Je résume un peu (c'est balèse de résumer ça, alors si le résumé vous parait trop long, ou confus, désolée, c'est comme ça).
A la base, vous avez Scarlett O'Hara, qui vit à la campagne en Georgie (aux Etats-Unis, pas le pays de l'ex-URSS) dans la plantation de son père Gerald. Les riches du sud des USA, dans les années 1860, c'est un peu comme dans la chanson "Summertime", dad is rich, and mum is good looking. Une sorte de société très codifiée, presque immuable, et donc appelée à disparaître de toute façon, puisque les civilisations qui n'évoluent plus sont mourantes. Mais une vraie douceur de vivre, cela dit c'est normal, quand on a des esclaves, on se fatigue moins dans la vie.
![]() Scarlett a seize ans, elle est belle, et elle se fiche royalement de l'éducation qu'elle a reçu. Elle ne respecte pas les règles, mais elle les contourne habilement. L'idée, c'est de pouvoir s'amuser, sans que personne ne puisse la soupçonner de ne pas être une lady.
Elle a à peu près tous les hommes qu'elle veut à ses pieds, et pas un seul vrai ami. Même ses soeurs ne peuvent pas l'encadrer. Au cours d'une fête, elle rencontre Rhett, un homme plus âgé. Et là, pour la première fois de sa vie, elle se trouve en face de quelqu'un qui lui parle franchement et sans détours.
Mais cruchasse comme elle est, elle se jette au cou d'Ashley, sûre et certaine que c'est l'homme de sa vie, parce qu'il est teeellement différent des autres. Mais Ashley se fiance avec Mélanie. Pour se venger, Scarlett épouse Charles, le frère de Mélanie. Mélanie, qui ne se doute de rien, se prend d'affection pour elle et la considère comme une soeur. Là-dessus, la guerre éclate et les hommes partent au front. To be continued...
![]() Ensuite, pendant toute la période de la guerre, puis de la reconstruction, on suit le parcours de Scarlett qui lutte pour sauver sa famille et sa terre de la ruine, qui sacrifie tout semblant de bonne réputation qu'elle a pu avoir pour ça, tout en essayant de s'assurer l'amour d'Ashley même si elle sait qu'il ne pourra jamais quitter Mélanie. Rhett est là auprès d'elle, tout le temps, sans que jamais elle ne se rende compte de ce qu'il représente pour elle.
Beaucoup voient cette histoire comme un genre de mélodrame, une histoire d'amour romantique, une passion tragique entre Scarlett et Rhett. Mais c'est beaucoup plus que ça en fait.
On pourrait dire, dans un sens, que c'est un film de guerre. On ne voit pas le front ni les batailles, mais la vie des gens sur l'arrière. Des gens qui avaient un mode de vie, une culture qui leur étaient propres, et qu'ils voient s'effondrer. Des gens qui doivent survivre et se reconstruire alors que tout ce en quoi ils croyaient est mort.
Margaret Mitchell, qui a écrit le livre, expliquait que lors de grands cataclysmes, comme peuvent l'être les guerres, lorsque tout s'écroule, certaines personnes sont capables de courber le dos sous la tempête, de tenir bon et de se relever ensuite avec la force de rebâtir ce qui a été détruit, tandis que d'autres sont tout simplement balayés, emportés par le vent.
Autant en emporte le vent n'est pas l'histoire de Scarlett et Rhett, ni l'histoire de Scarlett et Ashley. C'est l'histoire de Scarlett, toute seule. Tous les autres (sauf Mélanie, à la rigueur) ne sont que des seconds rôles. Les femmes sont les héroïnes. Pour un film des années trente, c'est relativement rare.
Après l'avoir vu une quarantaine de fois environ, et l'avoir analysé dans tous les sens, tout ce que je peux dire, c'est qu'en plus d'être basé sur une histoire géniale, il a été réalisé par des cinéastes prodigieux, maniaques du détail. C'est un des premiers films en couleurs, il a raflé tous les oscars en 1939 ou presque, et c'est la première fois qu'un acteur noir (une actrice en l'occurence) recevait un oscar. C'est une des premières oeuvres à raconter la guerre de Sécession du point de vue sudiste. Chaque acteur est parfait, chaque grain de poussière est à sa place. J'ai beau le connaître par coeur, je le redécouvre à chaque fois.
Si vous ne l'avez pas vu, il manque un pilier dans vos références.
![]() 09 August Anastasia![]() Anastasia, 1956 De Anatole Litvak. Avec Ingrid Bergman, Yul Brynner, Helen Hayes, Akim Tamiroff…
Un groupe d’exilés russes de Paris complotent pour extorquer à la Banque d'Angleterre 10 millions de livres en faisant passer une indigente amnésique et suicidaire pour l'héritière du trône de Russie.
Le 17 juillet 1918, la famille du Tsar Nicolas II au complet est exécutée à Iekaterinbourg, tandis que les nobles et partisans de la monarchie fuient la Russie. Dans les temps qui suivent, de nombreuses rumeurs se répandent, disant que l’un des membres de la famille impériale aurait survécu au massacre. Paris 1928. Serguei Bounine, ancien général devenu propriétaire d’un cabaret a monté, avec l’aide de deux associés, Petrovine et Tchernov, une vaste escroquerie. Ils prétendent retrouver la Grande Duchesse Anastasia, soi-disant pour lui rendre le rang auquel elle a droit, mais en réalité pour mettre la main sur son héritage de dix millions de livres, placés à la banque d’Angleterre. Les Russes en exil sont nombreux à leur avancer des fonds pour leurs recherches. Mais en fait, les trois hommes ne croient pas une seconde qu’Anastasia ait pu survivre, et leur projet est simplement de présenter la première venue qui aurait une vague ressemblance avec la princesse et qui pourrait apprendre son rôle suffisamment bien pour être convaincante. Leurs recherches demeurent vaines, et les investisseurs demandent des résultats sous peine de les faire jeter en prison. C’est alors qu’ils entendent parler d’Anna Koreff, qui s’est échappé de l’asile ou elle était soignée, après avoir raconté à qui voulait l’entendre qu’elle était la fille du Tsar.
![]() Ce film de 1956 a été réalisé par Anatole Litvak, lui-même d’origine russe, qui a adapté, assez librement, d’une pièce de théâtre de Marcelle Maurette basée sur l’énigme d’Anna Tchaikovsky-Anderson, la femme qui de 1920 jusqu’à sa mort en 1984, prétendit être Anastasia et fut utilisée par de nombreux aventuriers. La pièce elle-même est quasiment introuvable, et du genre opaque dans le style, je ne me risquerai donc pas à vous la conseiller. Anastasia est aussi un dessin animé de Don Bluth et Gary Goldman, sorti en France au début de 1998, très joli mais laissé quelque peu dans l’ombre par le raz-de-marée Titanic. Largement inspiré du film de Litvak, l’histoire en est la même, du moins la trame de l’histoire car la version film ne donne pas dans le fantastique, et Raspoutine ne revient pas des enfers pour tourmenter la pauvre Anna qui a bien assez à faire avec ses délires schizophrènes.
![]() L’enjeu du film n’est pas de découvrir si oui ou non Anna est bien Anastasia. Elle-même en est persuadée, mais si elle parvient à jeter un doute dans l’esprit des autres, il subsiste toujours une incertitude. Elle a des souvenirs, mais elle n’est jamais sure de savoir si ce sont les siens ou si on les lui a appris. Ce qui compte pour Anna, ce n’est pas d’être une princesse ou non, c’est d’être quelqu’un, tout simplement. D’avoir une identité, quelle qu’elle soit. Parce que l’ignorance dans laquelle elle se trouve au début du film lui donne l’impression de n’être qu’une ombre, de ne pas exister. Et à mesure qu’elle devient Anastasia, elle montre une force de caractère étonnante qui convainc les plus sceptiques, à commencer par ses “bienfaiteurs”, et elle prend conscience que le vide de son passé a contribué à la construire, et que peu importe qui elle est, ça ne change pas ce qu’elle est. Peu importe d’où elle vient, ce qui compte c’est où elle choisira d’aller (JLO est bien la seule à penser que c’est le contraire).
![]() Yul Brynner joue le rôle de Bounine, et je le trouve à tomber par terre, dans ce film plus que jamais, surtout quand il fait ses démonstrations d’autorité. Et pour jouer Anna, Litvak a choisi Ingrid Bergman, qui à l’époque était pas mal plus âgée que le rôle, et boudée par le public américain, que sa liaison avec Roberto Rossellini avait choqué. Cette Anna qui avance à l’aveuglette, crie pour qu’on l’aide, consciente qu'on la manipule mais qui espère si fort voir le bout du tunnel, a vallu à son interprète un oscar et un retour en grâce. C’est un film magnifique, dramatique presque à l’excès mais néanmoins pas exempt d’humour, grâce aux personnages de la baronne Von Livenbaum et de Tchernov surtout. Je trouve les dialogues superbes, c’est vrai que je ne connais que la VF, mais elle est géniale, alors je présume que la VO l’est aussi. Que dire de plus ? Ma K7 est à une place de choix sur mon étagère, je l’ai vue tant de fois que je l’ai usée. Anastasia est un de mes films cultes.
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