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    28 November

    Can you put a price on your dreams ?

     
    L’Imaginarium du Docteur Parnassus
    (Titre original : The Imaginarium of Doctor Parnassus)
    De Terry Gilliam. Avec Christopher Plummer, Heath Ledger, Tom Waits, Lily Cole…
    Sortie le : 11 Novembre 2009
     
    Le vieux Docteur Parnassus trimbale sa roulotte, l’Imaginarium, dans les rues de Londres en tentant, avec l’aide de quelques saltimbanques, de faire survivre son spectacle. Mais notre monde moderne ne semble plus avoir besoin de ses histoires.
     
    Après m’être tenue éloignée des salles obscures pendant un laps de temps assez inusité de ma part, c’est grâce à ce film que j’en retrouve le chemin. Et c’est peut-être bien justement LE film dont j’avais besoin pour me remettre sur les rails. D’abord parce que c’est le dernier (le vrai dernier) film de Heath Ledger, et que je m’étais promis de ne pas le rater. Ensuite parce que mon état de fatigue dû à l’heure quelque peu tardive de la séance, et surtout à la semaine éprouvante qui avait précédé, était tout à fait propice à me pousser dans l’univers onirique et décalé du Docteur Parnassus sans que j’oppose la moindre résistance.
     
    En effet, Terry Gilliam n’est pas connu pour être le meilleur ami de ceux qui veulent garder les deux pieds bien ancrés dans le réel. Mieux vaut éviter de trop décortiquer l’histoire (que mon accompagnatrice a trouvée pleine d’incohérences (Non, sérieusement ? De la magie, des immortels et le Malin en personne, mais comment s’est-il débrouillé pour que le résultat manque de logique ?)). Laissez-vous plutôt porter par la poésie de ses images, aussi belles et étranges que des tableaux de Dali. Le fin mot de l’histoire viendra à vous de lui-même.
     
    L’Imaginarium… peut être vu comme une énième réinterprétation du mythe de Faust. Parnassus, érudit un peu trop sûr de lui,  joue avec le diable et obtient d’abord l’immortalité, puis l’amour. Mais ce qu’il doit sacrifier en échange finit par être un prix un peu trop lourd à payer. Et pourtant, même s’il a eu la faiblesse de céder à la tentation, ses convictions étaient les bonnes. Du moins, elles le sont pour moi, qui aime tant qu’on me raconte des histoires (cette phrase étant évidemment à prendre au sens propre, je ne suis pas en train de dire que j’aime qu’on se paie ma fiole, non plus !) car moi aussi je crois que l’imagination est une qualité supérieure, une de celle qui rend les gens meilleurs, et qui fait avancer le monde.
     
     
    Et de l’imagination, il a fallu en faire preuve au moment où le film perdait son interprète principal en route. Mais Gilliam, en habitué des tournages maudits et des tuiles en tous genres, a réussi à rebondir grâce à une trouvaille cinématographique assez géniale, qui parvient à être à la fois un cadeau pour les spectateurs et un bel hommage rendu à Heath Ledger. Tony, le mystérieux inconnu aux multiples facettes, est donc incarné par quatre acteurs pour le prix d’un, Heath Ledger, séducteur, est remplacé par Johnny Depp, aussi énigmatique qu’un chat du Cheshire, Jude Law, en transe hallucinatoire, malheureusement tous deux sous-exploités, et pour finir Colin Farrell, absolument survolté. Ce dernier, que je n’apprécie pas outre mesure d’habitude, m’a paru pour une fois donner une prestation convenable dans un rôle qui lui allait assez bien, c’est assez rare pour que je le souligne.
     
    Le reste du casting est tout autant en dents de scie. Tom Waits est plutôt convaincant en Old Nick élégant et décontracté qui semble faire le mal parce qu’il le faut bien, pour maintenir l’équilibre du monde, mais d’avantage pour se distraire que par réelle conviction. Face à lui, Le Parnassus de Christopher Plummer ne semble pas faire le poids. Non qu’il soit mauvais, mais ce rôle de vieux sage fatigué et alcoolique aurait pu échoir à n’importe quel apprenti Gandalf ou Dumbledore sans qu’on voie la différence.
    Andrew Garfield, que j’observe avec intérêt depuis Lions et Agneaux, me confirme une fois de plus que j’ai raison de l’avoir à l’œil. Il allie la malice du gamin grandi trop vite au charme du jeune premier romantique et vole la vedette à son rival dès qu’il est à l’écran.
    Lily Cole, par contre, a une beauté inhabituelle qui a manifestement envouté le réalisateur au point qu’il a dû penser que sa splendeur se suffirait à elle-même et que l’admirer pendant deux heures justifierait presque d’aller voir le film (ceci dit sans minimiser le talent de ses maquilleurs, habilleurs, et éclairagistes et autres). Certes, elle est très agréable à regarder, et plutôt bien mise en valeur. Mais je me permets de penser qu’une fille avec des yeux pareils vaut forcément mieux que ça. Et donc, j’attends un prochain film pour me faire une opinion plus fondée sur son réel talent d’actrice.
     
    De toute façon, dans un film pareil, ceux qu’il faut vraiment féliciter sont justement les petits artisans de l’ombre dont on ne connait jamais les noms, c'est-à-dire les créateurs des décors, réels ou assistés par ordinateur, des costumes, des accessoires, tous parfaitement magnifiques. N’allez pas me dire qu’au cinéma le fond prime sur la forme. C’est grâce au talent de ces gens-là qu’on a de belles choses à regarder. 
     
    21 September

    All the leaves are brown and the sky is grey

     
    Fish Tank
    De Andrea Arnold. Avec Katie Jarvis, Michael Fassbender, Kierston Wareing…
    Sortie : 16 septembre 2009
     
    Mia, 15 ans, est une ado rebelle en rupture avec tout. Virée de l’école, solitaire, elle est en conflit perpétuel avec sa mère. Son seul refuge est la danse hip hop, qu’elle pratique en cachette et sans technique. Quand Connor, le nouveau petit ami de sa mère, s’installe chez elles, Mia se met à espérer que les choses changent.
     
    Fish Tank a été pour moi l’un de ces films dont on entend parler longtemps à l’avance, qui accrochent au point qu’on a immédiatement envie de les voir, qu’on attend longtemps et qu’on ne raterait pour rien au monde quand ils sortent enfin au cinéma. En général, c’est un phénomène qui concerne plutôt les gros blockbusters, dont la promotion ressemble plus à du matraquage qu’autre chose, mais dont je ne me lasse pas de voir et revoir la bande-annonce bien qu’elle passe à tout bout de champ. Ça n’a pas été le cas cette fois. Depuis sa projection à Cannes, je n’en avais quasiment plus entendu parler. Jusqu’à ces derniers jours, où les critiques n’ont pas manqué de dire tout le bien qu’ils en pensaient. Tout en donnant quelques éléments supplémentaires sur l’histoire.   Et c’est là que je me suis rendue compte qu’en fait, le film que j’allais voir n’était pas du tout celui que j’avais imaginé d’après le pitch.
     
     
    Certes, je savais que Fish Tank n’allait en rien ressembler aux films du style Sexy Dance, High School Musical, ou n’importe quoi du genre, et même de qualité supérieure, où la passion du héros (ou de l’héroïne, en l’occurrence) le mène vers la réussite et la résolution de tous ses problèmes. Le cinéma d’Andrea Arnold est plus proche de celui de Mike Leigh ou Ken Loach à mon avis. Plus ancré dans la réalité, surtout quand elle est dure et sordide. Mia en est à un point où elle a déjà brûlé tous ses vaisseaux. Elle n’a rien de concret à quoi s’accrocher. Son agressivité et sa violence lui ont fait perdre ses amis. Sa mère, qui elle-même se comporte comme une ado irresponsable, ne rate aucune occasion de faire comprendre à ses filles à quel point elles sont un fardeau pour elle. Sa sœur Tyler, âgée d’à peine onze ou douze ans, est une petite peste avec un comportement de garce, qui veut affronter son ainée tout en la suivant déjà sur la même mauvaise pente. Sa scolarité est un échec, elle n’a rien à espérer de l’avenir. Et pourtant, loin de se laisser aller au désespoir, elle conserve une colère intacte et continue de se débattre. C’est sans doute pour ça que le film s’appelle Fish Tank. Mia tourne en rond dans son petit appartement et dans sa cité, de la même façon qu’elle tourne en rond métaphoriquement dans sa vie, comme un poisson dans un aquarium, avec le sentiment d’être emprisonnée et d’étouffer. Et donc, dès qu’elle est dehors, elle ne s’arrête jamais de marcher, de courir, de chercher la bagarre. Et de danser.  
     
     
    Là où le film a été différent de ce à quoi je m'attendais, c'est dans le rapport que Mia noue avec Connor. Tout en sachant que le film ne serait pas une bluette sentimentale avec un happy end, j'espérais un peu d’optimisme. J'espérais que cette relation entre cette écorchée vive et son potentiel beau-père allait avoir l'originalité d'être belle. Que Connor allait être le type bien qui allait prendre soin de ses petites femmes, la figure paternelle qui apporterait à cette famille qui en manque tellement la stabilité, la responsabilité, et pourquoi pas en prime la joie, l’harmonie et l’affection. Celui qui allait croire en Mia, peut-être lui ouvrir de nouveaux horizons. Et c'est le cas, mais pas seulement. Ca aurait été trop simple.
     
    Cela dit, bien que mes attentes aient été déçues, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce film. Katie Jarvis est absolument épatante. Son jeu est totalement instinctif, naturel, sans la moindre trace d’affectation. Son manque d’expérience dramatique aurait vraiment pu la desservir, mais elle a su en faire un atout. Et surtout, Andrea Arnold a sur la filmer, capter tout ce qu’elle avait à exprimer, et la sublimer. Et Michael Fassbender apporte à Connor, qui est pourtant loin d’être son plus grand rôle, une présence imposante et un magnétisme qui le rendent mémorable, une fois de plus.
     
    14 September

    Vous prendrez bien un verre de lait ?

     
    Inglorious Basterds
    De Quentin Tarantino. Avec Brad Pitt, Christoph Waltz, Mélanie Laurent, Eli Roth...
    Sortie : 19 Août 2009
     
    Dans la France occupée des années 40, un groupe de soldats américains connus sous le nom de « bâtards » sème la terreur dans les rangs nazis. A Paris, une jeune femme juive qui vit sous une fausse identité attire l’attention d’un jeune tireur d’élite allemand. Les services secrets britanniques utilisent une célèbre actrice comme agent double. Pendant ce temps, Goebbels organise la première de son dernier film.
     
    Quentin Tarantino a dû être élevé par son Oncle Ben, car vraiment, quoi qu’il fasse, c’est toujours un succès. Son génie confine à la folie, mais on ne peut qu’admirer sa capacité à faire des films sans se préoccuper le moins du monde de détails aussi futiles que la cohérence, la vérité historique, le respect des codes des genres cinématographiques ou la juste proportion entre action et dialogues. Il raconte exactement ce qu’il a envie de raconter, au rythme qu’il a choisi, et le plus extraordinaire c’est que jusque là, le public a plutôt suivi. Inglorious Basterds a presque l’air calme et sobre après le déroutant Pulp Fiction ou le flamboyant Kill Bill, et ne restera pas dans les annales comme sa meilleure production. Mais évidemment, il ne serait pas raisonnable d’exiger à chaque fois une déconstruction temporelle ou un combat au sabre avec un black mamba dans un mobil-home.
     
    Cela dit, il y a des compensations. L’excellence du casting pour commencer. Moi qui n’ai jamais été une grande fan de Brad Pitt, même pas quand j’étais ado et que mes copines se pâmaient devant Légendes d’Automne, je me mets à l’adorer dès qu’il cesse de jouer de son image de sex-symbol pour se tourner vers des personnages un peu plus brut de décoffrage, comme dans Snatch ou, à un moindre degré, dans Fight Club. Son Aldo Raines est un parfait cliché du militaire américain issu du fin fond de la cambrousse et qui salue le drapeau la main sur le cœur tous les matins.  
     
     
    Face à lui, Christoph Waltz, dans le rôle du Colonel Landa, démontre magistralement comment la plus brillante intelligence et les talents les plus admirables peuvent être mis au service des plus basses œuvres et des pires lâchetés. On peut déplorer que les acteurs allemands, dès lors qu’ils ont la possibilité de tourner dans un film international, soient souvent cantonnés à l’uniforme estampillé Wehrmacht, avec ou sans double S. N’empêche que s’ils ont le goût de leur métier et assez de recul par rapport à l’histoire de leur pays, il peut leur arriver de trouver, caché sous le cliché tel un œuf de Pâques sous les branches d’un buisson, un rôle inratable.
     
    Je pourrais également dire tout le bien que je pense de Michael Fassbender, encore une fois, mais je vais finir par être redondante  si à chacun de ses films je ne sais que répéter que je le trouve génial. Je peux en revanche applaudir l’ensemble des bâtards, en particulier Eli Roth, ainsi que Daniel Brühl qui confirme son talent de film en film, Sylvester Groth et Martin Wuttke qui sont géniaux dans leur excès. Tous parviennent à être convaincants. Et ce n’est pas rien d’être convaincant quand on doit servir un scénario aussi tordu.
     
    Et que dire des filles ? Certes, Diane Krüger a déjà un statut de star internationale. Mais Mélanie Laurent, qui parlait à peine anglais quand elle a été embauchée, est en passe de suivre les traces de Marion Cotillard sur les tapis rouges d’Hollywood. Qui a dit que les français étaient mal vus en Amérique ? En tout cas, les françaises ont la cote. Il faut dire que Tarantino aime les actrices. Il leur offre toujours des rôles qu’elles ont plaisir à défendre. Oui elles en bavent. Mais qui châtie bien…
     
     
    Et donc, au milieu de toute la parlotte entrecoupée de défonçages de tronches auquel il nous a habitués dans ses films précédents, Tarantino parvient en supplément à insérer :
     - un peu de mise en abyme, car quand on aime le cinéma, on rend hommage aussi aux productions made in Berlin des années 40 (je me suis même posé des questions sur l’existence réelle de La Fierté de la Nation et de Leni Riefenstahl)
     - de la caricature à haut niveau (les Grands-Bretons, fins et cultivés au-delà du raisonnable, et bien entendu flegmatiques, combattent aux côtés d’Américains bouseux, quasi illettrés, grandes gueules et têtes brûlées, des Allemands très intelligents au cœur de pierre et trop sûrs d’eux, dans un pays où les gavroches portent des bérets et les dames des chapeaux très très élaborés)
     - un petit cours de chimie sur les nitrates dont le style rappelle vaguement l’exposé sur l’origine du tissu dans la Cité de la Peur (mais il ne peut y avoir aucun lien, n’est-ce pas ?)
     - une réécriture de l’histoire qui fait plaisir à tout le monde (Oh My God que c’était bon cette séquence !)
    Le tout conclu de façon surprenante et jouissive. Que demande le peuple ?
     
    05 August

    L’aventure, c’est extra ! (oui, je sais, il n’y a pas beaucoup de recherche dans ce titre.)

     
    Là-haut
    (Titre original : Up)
    Avec les voix de : Charles Aznavour, Tom Trouffier, Richard Leblond…
    (Et en VO : Edward Asner, Jordan Nagai, Christopher Plummer…)
    Sortie le : 29 Juillet 2009
     
    Carl Fredricksen, Américain de 78 ans et seul au monde, décide de réaliser un rêve de gosse en transportant sa maison jusqu’aux Chutes du Paradis, au Pérou, en y accrochant des milliers de ballons gonflés à l’hélium. Sans le faire exprès, il emmène Russell, un jeune scout. Ensemble, ces deux personnages qui ne sont a priori pas faits pour s’entendre, partent pour un voyage extraordinaire.
     
    Autant le dire immédiatement, j’ai A-DO-RÉ ce film. Là-haut est tout simplement un petit bijou. J’adore les films d’animation en général, qu’ils soient faits à la main où à l’ordinateur. Malheureusement, depuis que la haute technologie à fait main basse sur la discipline, les infographistes ont eu un peu trop tendance à privilégier la qualité visuelle, pas toujours avec succès d’ailleurs, au détriment de l’histoire. Ici, ce n’est absolument pas le cas. Certes, le graphisme est impeccable. Les décors sont délicieux, et même somptueux quand nos deux héros se retrouvent into the wild. Quant aux personnages, le parti de les représenter de façon plutôt caricaturale doit libérer les créateurs. On n’est pas dans un compte de fée, donc pas besoin de très très belle princesse ou de très très charmant prince.  L’accent est quand même nettement mis sur l’humour.
     
     
    L’intrigue, pas compliquée pour un sou, tient la route à merveille, et c’est avec délice qu’on suit les aventures incroyables des joyeux compagnons. Tout fonctionne grâce à un parfait mélange entre la comédie et l’émotion. Mais alors attention, c’est de l’émotion sans pathos et sans larmoiements. La stupidité de Doug n’a s’égale que son besoin d’affection. De même pour le petit Russell qui compense l’absence de son père par un enthousiasme débordant et une totale inconscience. J’ai trouvé hilarantes bien d’autres choses, comme les tribulations de Kevin, le collier cassé d’Alpha ou la collection de badges dans le générique de fin, par exemple. Et le côté vieux ronchon de Carl s’oublie très vite quand on pense qu’il est en fait en train de concrétiser un projet vieux de soixante-dix ans. Si ce n’est pas garder son âme d’enfant, ça !
     
    Et puis, grand bonus, les vieilles traditions de Château-Disney sont abolies : les films d’animation n’ont plus à être obligatoirement des comédies musicales. Je sais que sans Sous l’océan, la Petite Sirène ne serait rien, mais ça fait quand même du bien de savoir que l’on ne verra plus les personnages pousser la chansonnette à tout bout de champ et sans raison valable. C’était passablement ridicule.
     
    Quand à la 3D, dont je ne suis ni une habituée ni une fan, c’est à peine un tout petit plus qui ne justifie pas les 2.50€ supplémentaires que j’ai payés. C’est mon seul point de désaccord avec Là-haut. C’est plutôt positif, non ?
     
     
    27 July

    Parce que sinon le bocal restera vide pour toujours

     
    Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé
    (Titre original : Harry Potter and the Half-Blood Prince)
    De David Yates. Avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint...
    Sortie : 15/07/09
     
    Finalement reconnu comme « l’Elu », Harry Potter rejoint Poudlard pour sa sixième rentrée. Tandis que les étudiants sont partagés entre l’inquiétude face à la guerre qui se prépare et leurs hormones qui les travaillent, Dumbledore demande à Harry de l’aider dans sa recherche d’informations qui permettront, le moment venu, de vaincre Voldemort.
     
    Le dernier volet de la franchise datait déjà d’il y a deux ans, et le moins qu’on puisse dire c’est que celui-ci se sera fait attendre. Mais je pourrais en dire rigoureusement la même chose que ce que j’avais dit de l’Ordre du Phénix, à savoir que les fans ultra-puristes de la saga risquent d’être sévères et très critiques, d’autant plus s’ils ont particulièrement aimé Le Prince de Sang Mêlé. Et qu’ils auront de bonnes raisons.
     
    Si au niveau des livres, l’Ordre du Phénix m’avait passablement ennuyée, j’avais en revanche beaucoup aimé Le Prince de Sang Mêlé. Et donc, l’indulgence que j’avais montrée envers le précédent opus aura du mal à s’exprimer une seconde fois. Il est normal, quand on adapte un livre aussi dense, de se retrouver avec un film qui, même s’il dure près de trois heures, prend d’énormes raccourcis. Mais autant, dans l’Ordre du Phénix, David Yates m’avait paru faire des choix clairs, utilisant les éléments du livre qui lui avaient paru essentiels et faisant l’impasse sur le reste, quitte à faire des mécontents, autant cette fois j’ai eu l’impression qu’il avait mis des petits bouts d’un peu tout sans rien approfondir. Du coup, bien des personnages secondaires font tapisserie, et la structure du récit est plutôt confuse.
     
     
    Ceci dit, même si je l’ai trouvé globalement décevant, même si je n’ai pas pleuré, ni même reniflé, à la fin, et même si je n’ai pas sursauté aux moments où ça fait peur (contrairement à ma voisine de gauche, qui pourtant connaissait très très bien l’histoire), je dois bien reconnaître quelques belles réussites. Tom Felton a enfin un peu de latitude pour construire son personnage. Et en matière de comédie, certains acteurs tirent leur épingle du jeu : Evanna Lynch (Luna Lovegood), toujours aussi siphonnée, Freddie Stroma (Cormac McLaggen), dégoulinant de suffisance et Jessie Cave (Lavande Brown), en obsessionnelle à la limite de l’érotomanie. Sans oublier les classiques prises de bec Ron/Hermione, et les hilarants effets de la potion felix felicis, surtout additionnés à une collation post-funérailles.
     
    04 July

    On appelle, mais qui le saura

     
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    Incognito
    De Eric Lavaine. Avec Bénabar, Franck Dubos, Jocelyn Quivrin…
    Sortie le 29 Avril 2009
     
    Grâce Aux chansons écrites par son meilleur ami Thomas, qu’il croit mort, Lucas devient la nouvelle star de la chanson française. Quand Thomas débarque à Paris, bien vivant mais ignorant tout de son succès, Lucas s’efforce de redevenir incognito pendant trois jours, le temps que Thomas reparte d’où il vient, afin de ne pas révéler son imposture.
     
     J’ai hésité à aller voir Incognito car j’ai entendu le pire comme le meilleur sur ce film. Après l’avoir vu, je me range dans la catégorie de ceux qui l’ont aimé. Sans doute à cause de son sens du décalage.
     
    Décalage, pare exemple, entre le personnage de Lucas et son interprète Bénabar. D’après sa bio officielle, Bénabar écrit bien ses chansons lui-même et a travaillé longtemps en indépendant avant de se faire connaître. Lucas au contraire est devenu riche et célèbre en quelques mois après dix ans de carrière à la RATP et se galère comme un malade sur l’écriture de son deuxième album.
     
    Décalage aussi, j’ai envie de dire entre Dubosc et Dubosc. Je le trouve généralement bêta et vulgaire, suffisamment pour ne pas être drôle, et les rôles qu’il a joués au cinéma jusqu’à maintenant n’ont rien fait pour changer cette image.  Mais Francis est un genre de Joey Tribbiani, un acteur mauvais et raté, et un homme immature qui a manqué le passage à l’âge adulte. Au lieu de l’habituel frimeur débile et sans-gêne capable de sortir les vannes les plus immondes en étant persuadé d’être au summum de l’humour, on a plutôt à faire à un gamin qui veut jouer au grand mais qui n’a pas conscience que ce qu’il dit ou fait peut avoir des conséquences, et qui croit tout simplement aux fables qu’il raconte. Ce n’est pas qu’il perde son côté agaçant, mais il arrive à être attendrissant et des gags qui auraient pu être vraiment lourds deviennent amusants. Et je dois dire que le changement brutal de registre entre le propriétaire terrien contemplant ses  50m² de pelouse comme s’il s’agissait d’un domaine de plusieurs hectares et l’hôte décontracté recevant à la très bonne franquette m’a fait hurler de rire.
     
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    Quoi dire de plus, sinon que Bénabar est aussi bon scénariste et comédien qu’il est bon auteur-compositeur, que les personnages féminins (Anne Marivin, Isabelle Nanty, la très douée Virginie Hocq et même l’émouvante Yolande Moreau) sont très bien écrit et que Gronvieux, boudiou, ça m’a l’air d’un patelin où qu’y a de l’ambiance, ouais !
     
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    02 July

    La Finlande est toujours une bonne excuse

     
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    Confessions d’une accro du shopping

    (Titre original : Confessions of a Shopaholic)

    De PJ Hogan. Avec Isla Fisher, Hugh Dancy, Krysten Ritter...

    Sortie le 20 Mai 2009

     

    Le plus grand plaisir de Rebecca Bloomwood, c’est le shopping. C’est aussi son plus grand problème, car elle dépense plus qu’elle ne gagne et ne sait pas se mettre de limites. Le hasard faisant bien les choses, le job qu’elle obtient et qui lui permettra d’éponger ses dettes s’avère être celui de chroniqueuse dans un magazine financier.

     

    Succès énorme en librairie (et dans toutes les grandes surfaces offrant un rayon « culture »), Les confessions d’une accro du shopping et ses suites, qui se comptent à présent quasiment à la demi-douzaine, se devaient évidemment d’avoir leur adaptation ciné. Que j’aille la voir n’était pas gagné d’avance, tant j’avais pris Becky en grippe. Que voulez-vous ? Une fille aussi inconsciente et irresponsable, incapable de se prendre en main, ni de régler ses problèmes sans l’aide d’une tierce personne et qui, quand par miracle elle parvient à s’en sortir, retombe aussitôt dans les mêmes travers, et bien ça m’énerve. Une fois, à la rigueur, ça aurait pu passer. Mais cinq fois de suite !

     

    C’est sur une impulsion subite (due à la fatigue, l’heure tardive, le moral dans les chaussettes qui réclame de la comédie et pas de réflexion…) et sans grand espoir que je suis allée voir ce film. Autant pour moi, ce fut une relative bonne surprise. Le scénario ne suit pas à la lettre le roman, mas pioche divers éléments des deux premiers tomes pour créer une histoire légèrement différente, et les changements opérés sont salutaires.
     
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    Becky vit bien avec sa meilleure amie, mais à New York et pas à Londres. Luke n’est plus un ambitieux et ténébreux homme d’affaires, mais l’ambitieux et talentueux rédacteur en chef de la revue où travaille Becky. (Ah ! le coup de cœur pour le séduisant patron, un classique !) New York, magazine, on n’est pas loin du diable qui s’habille en Prada, d’autant qu’intégrer le staff d’un magazine de mode est le but ultime de notre fashionista.

     

    Et bien sûr, au centre des débats, il y a toujours cette terrible addiction. Faire les boutiques équivaut pour Rebecca à sniffer un rail de coke tout en se pintant au champagne. Elle décrit d’ailleurs très bien le phénomène dans son groupe d’acheteurs compulsifs anonymes. Mais contrairement au livre, on échappe aux répétitives et interminables séances de shopping et aux dénis de factures. Par chance, à part le délire sur le fameux foulard vert (habile récupération scénaristique), j’ai quand même eu l’impression de découvrir une autre Rebecca Bloomwood. Moins faible, plus sincère dans ses efforts pour s’en sortir et donc plus sympa. Et très douée pour se mettre dans l’embarras, tout de même, il le faut bien puisqu’on est dans une comédie.

     

    Et opportunément, en ces temps de crise (Ouh ! le vilain mot qui ne doit pas être prononcé normalement sur ce blog !), on a en prime une bonne mise en garde, à nous pauvres dindes superficielles maniaques de la chaussure, du chapeau, (ou éventuellement du livre, du dvd, de la théière ou  tout objet approprié) contre l’usage abusif des cartes de crédit et le surendettement.
     
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    PJ Hogan, qu’on sait très inspiré en matière de comédies romantiques (Muriel, Le mariage de mon meilleur ami) et fantaisistes (Peter Pan) nous a concocté un film coloré (attention, la garde-robe de Becky peut provoquer un décollement de rétine), plein de trouvailles amusantes (les mannequins des vitrines, l’éventail, et la musique !) avec un casting des plus plaisants. Avoir réuni Kristin Scott-Thomas et Joan Cusack dans le même film est une grande idée (merci, M. Hogan). Krysten Ritter est parfaitement adorable et drôle, comme toujours. Hugh Dancy est tout à fait charmant, et Isla Fisher est fofolle à souhait.

     

    Une honorable comédie romantique, et une agréable façon de terminer la soirée.

     

    12 May

    Don’t feel like smiling ? You’re English, Dear. Fake it.

     
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    Un mariage de rêve
    (Titre original : Easy virtue)
    De Stephen Eliott. Avec Jessica Biel, Kristin Sott Thomas, Ben Barnes, Colin Firth...
    Sortie le 5 Mai 2009
     
    1928. En séjour sur la Riviera, John Whittaker, jeune aristocrate anglais, rencontre Larita, américaine sophistiquée et pilote de course. Après une romance menée tambour battant, il l'épouse et la ramène dans son manoir pour la présenter à sa famille. Qui ne tombe pas unanimement sous le charme de la jeune femme...
     
    Que peut-on attendre de l’adaptation en 2008, par un réalisateur australien auteur de l’inoubliable Priscilla, folle du désert, d’une pièce écrite il y a quatre-vingt-cinq ans par un dramaturge anglais, et ayant déjà inspiré une adaptation, à peu près à la même époque, au maître Hitchcock ? Une vraie réussite, voilà la réponse. A première vue, ça pourrait être une version swing de Sa mère ou moi, en moins bourrin et nettement moins américain, bien sûr, mais avec son lot de vacheries, de coups bas et de répliques cinglantes entre les deux Mrs Whittaker. Sauf que si c’était si simple, ce serait sans intérêt. Le conflit va bien plus loin qu’une simple rivalité belle-mère/belle-fille. Il s’agit d’un choc des cultures, où une pièce rapportée vient pousser un petit groupe de personnes à remettre en cause le système de valeurs qui est le fondement même de leur mode de vie depuis toujours.  
     
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    Tel un Ulysse parti à l’aventure pour fuir le quotidien un peu trop casanier et le futur tout tracé qu’on a choisi pour lui, John Whittaker a eu le coup de foudre pour une nymphe, trop heureuse de se jeter dans ses bras afin d’oublier sa propre solitude. Mais en regagnant ses pénates, puisqu’il faut bien rentrer un jour, notre apprenti-aventurier s’aperçoit finalement qu’il aime cette terre qu’il voulait quitter, et que ce mode de vie qu’il rejetait est en fait celui qui lui va le mieux et qui le rendra heureux. Malgré les airs de play-boy séducteur et sûr de lui qu'il se donne (et qui lui vont fort bien, il faut l'admettre), John s'avère en fait être un bon fils de famille docile et prompt à rentrer dans le rang. Seulement, il a ramené sa Calypso avec lui, et elle ne cadre pas vraiment dans le décor. Preuve, s’il en fallait, qu’on ne peut pas tout avoir. Malheureusement, John est trop immature et désinvolte, à la limite de l’inconscience parfois. Il n’a pas encore les épaules pour  la vie conjugale, en tout cas pas avec une femme comme la sienne. Il est incapable de faire un choix, et c’est sur son indécision que se base la rivalité des deux femmes qui se le disputent. Sa mère, qui doit bien admettre que sa bru n’est pas l’écervelée croqueuse de diamants aux mœurs légères qu’elle s’attendait à trouver, mais qui ne renonce pas pour autant à se débarrasser d’elle parce qu’elle compte trop sur son fils pour prendre la succession. Et la tendre épouse, qui aimerait bien le garder pour elle parce que sa jeunesse et son insouciance lui font oublier ses douloureux souvenirs mais qui, faute d’obtenir le soutien qu’elle est en droit d’attendre, trouvera un peu de réconfort en allant comparer la taille de ses cicatrices avec celles de son beau-père, vétéran de la Grande Guerre dont il ne s’est jamais remis.
     
    Un mariage de rêve est l’un de ces petits chefs-d’œuvre à l’anglaise qui savent cacher derrière un masque de comédie à l’humour pince-sans-rire et corrosif un drame familial et social, avec son lot de secrets, de mensonges et d’hypocrisies en tous genres. Une sorte de grande partie de cache-cache protocolaire est en cours, et chacun doit toujours jouer le jeu, sauver les apparences, se fondre dans le décor. On peut avoir une conscience aigüe de l’absurdité de la chose, peut-être, mais tout de même, s’il y a des règles du jeu, il faut les respecter. « Nous préférons ne pas en parler, sauf en public. » dit John d’un ton détaché, à un moment donné. C’est tout le paradoxe, et aucun personnage ne peut y échapper. Ni Larita, qui pourtant aimerait faire table rase d’un passé qu’on ne lui laisse pas oublier, et recommencer à zéro, ni les membres de la famille Whittaker, qui n’essaient même pas de vivre autrement, tant ils y sont habitués.
     
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    Ce film sera sans doute desservi par son titre atroce, digne d’un roman Harlequin (Ah ! la malédiction des titres français), et c’est dommage, parce qu’il mérite amplement de trouver son public. Chacun des acteurs est parfait, de Jessica Biel qui arbore un look de Jean Harlow plus vraie que nature, à Kristin Scott-Thomas, Katherine Parkinson et Kimberley Nixon, en méchante belle-mère acariâtre et belles-sœurs hystériques, sans oublier Ben Barnes (comment ne pas être Mad about the boy ?), Colin Firth (dont je suis encore plus mad about, comme tout le monde) et le toujours hilarant Kris Marshall, le très stylé butler qui sait tout, ne dit rien mais n’en pense pas moins. Le tout orchestré avec talent par Stephan Eliott dont j’attendrai avec impatience la prochaine production, sur un fond musical que je vais m’empresser d’acquérir. Let’s misbehave !
     
    04 May

    Kikavucoco ? Ben, moi.

     
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    Coco avant Chanel
    De Anne Fontaine. Avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde, Alessandro Nivola, Marie Gillain...
    Sortie le 22/04/2009
     

    Gabrielle Chanel, pauvre fille de colporteur élevée à l’orphelinat, gagne sa vie comme couturière le jour, et comme chanteuse de cabaret le soir. Elle rencontre un jour Etienne Balsan, riche éleveur de chevaux, et s’impose dans sa vie afin de sortir de sa condition misérable et sans avenir.

     

    Encore un biopic, et j’ajouterai même, encore un biopic sur Coco Chanel. Difficile de savoir à quoi c’est dû, mais Coco est à la mode, puisque films et téléfilms sur sa vie fleurissent sur nos écrans cette année. Anne Fontaine choisit de se concentrer sur la jeunesse de Gabrielle et sur les années qui ont précédé la création de la maison Chanel.

     

    Enfin, concentrer n’est pas le mot qui convient. Au contraire, j’ai même trouvé le tout un peu trop dilué. Deux heures de film, au rythme aussi plat que l’encéphalogramme d’un comateux profond, le caf’conc’ à Moulins, Balsan, Royalieu, Boy Capel, Deauville, Paris, rideau. Le temps s’écoule au goutte à goutte, chaque chose arrivant en son temps, sans à-coup. On ressent fortement à quel point la vie de la bonne société de la Belle Epoque était ennuyeuse, compassée, étouffante, et on comprend pourquoi Coco a voulu secouer tout ça. Mais le spectateur, lui, a surtout envie de secouer la réalisatrice et de lui rappeler qu’elle n’est pas en train de faire une télésuite, ni un documentaire.

     

    Bien sûr, c’est joli à regarder. Les décors sont soignés, les fêtes sont animées, et Coco est toujours élégante, dans sa tenue d’équitation, dans sa robe noire à Deauville, dans son tricot de marin, et même courant dans la rue en pyjama. Et bien que son destin soit justement de changer la mode, il n’empêche que les dames en corset et grands chapeaux à plumes sont aussi très belles.

     

    Côté interprétation, je ne suis pas sûre d’avoir été totalement convaincue par Alessandro Nivola. Il est certainement très séduisant, d’ailleurs attention mesdames, s’il vous souriait pendant que vous descendez un escalier, il pourrait vous faire rater une marche. Cela dit, je n’ai pas pu me défaire de la nette impression qu’il pratique le français comme moi le serbo-croate, et qu’il récitait un texte appris phonétiquement. C’est assez désagréable et il y perd une crédibilité qu’il ne peut pas vraiment compenser par l’intensité de ses regards.  

     

    Audrey Tautou a certainement les yeux et la silhouette qu’il fallait pour devenir Coco, et ses scènes de la fin du film, cheveux courts, clope au bec et perles autour du cou, sont dignes du musée Grévin. Mais, peut-être à cause de la mise en scène, je n’arrive pas à trouver le personnage exaltant. L’ambitieuse Coco n’est jamais satisfaite, veut toujours plus, ne veut pas être comme les autres, ne sait pas ce qu’elle veut, en fait. Et Audrey Tautou tire par conséquent la gueule pendant les deux tiers du film. Quand elle décroche enfin un sourire, c’est pour regarder Boy d’un air énamouré que j’ai trouvé parfaitement niais. Etrangement, c’est quand elle se tait qu’elle devient intéressante. Quand elle observe, et qu’entre en action l’œil de la future styliste, celle qui modèlera le canon de beauté féminin du XXème siècle.  

     

    Toutefois, la vraie bonne idée du casting, c’est Benoît Poelvoorde. Il a le dandysme du personnage, son élégante excentricité, sa nonchalance, et il évite la surenchère à laquelle il nous a habitués. Il est, à vrai dire, le seul à avoir réussi à m’émouvoir.
     
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    Mais en fin de compte, quel était le propos du film ? C’est ce que je n’ai pas réussi à déterminer. Qu’a voulu raconter Anne Fontaine ? S’agit-il de narrer la réussite de Coco ? Sa relation avec Balsan ? Son histoire d’amour avec Arthur Capel ? Comment savoir, puisqu’on arrive au bout de rien. Anne Fontaine a voulu restreindre son propos, mais elle est quand même partie dans plusieurs directions, et au final tout est commencé et rien n’est exploité à fond. Raconter Coco avant Chanel est un parti pris original, mais il s’avère plutôt réducteur, et frustrant, comme une histoire sans chute, ce qui est stupide s’agissant de la biographie d’une personnalité très connue.

     

    Cela dit, plongée comme je le suis dans l’univers austénite, je n’ai pas pu m’empêcher de retrouver dans cette histoire les mêmes genres de considérations qu’avaient un siècle plus tôt les gens du milieu de Balsan, pour qui le travail était vulgaire, le mariage était une transaction, l’amour une prise de risque et une source de souffrance, et l’ascension sociale d’une personne de rang inférieur à regarder comme méprisable et peu souhaitable. Et l’on admire d’autant plus la détermination qu’il fallait pour se construire elle-même au lieu de se contenter d’être entretenue par un homme riche. Et la scène finale, pur moment de poésie où Coco, à jamais Mademoiselle, contemple son succès, a presque réussi à me tirer des larmes. Grâce à la musique de Desplat, sans doute, mais malgré les deux heures d’ennui qui avaient précédé, quand même.

     

    20 April

    Aussi dur à cuire qu'un crocodile

     
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    OSS 117 : Rio ne répond plus...
    De Michel Hazanavicius. Avec Jean Dujardin, Louise Monot, Alex Lutz, Pierre Bellemare...
    Sortie : 15 Avril 2009
     

    En 1967, Hubert Bonisseur de la Bath, toujours agent aux services secrets français, est envoyé au Brésil afin de remettre une somme d’argent à un ancien officier allemand en échange d’une liste de noms de personnalités françaises ayant collaboré sous l’occupation. Mission simplissime en apparence, presque des vacances. Mais sur place, les choses se révèlent moins faciles que prévues.

     

    J’ai adoré Le Caire, nid d’espions. En fait j’ai été pliée de rire d’un bout à l’autre. Tout me paraissait réussi : la reconstitution d’un film fait « à la manière de », en l’occurrence, à la manière des films des années 50, décors, costumes, gestuelle et phrasé des acteurs, mouvements de caméra… Même la stupidité du héros était adroitement exploitée. Les dialogues sont émaillés de répliques destinées à devenir cultes, et l’humour, qui tirait par moment sur un absurde que tout le monde n’a pas apprécié, parvenait à ne pas trop forcer le trait, sauf quand le trait fort était justement l’intérêt du gag.

     

    En tout et pour tout, je crois n’avoir trouvé que deux choses qui ne m’ont pas fait rire dans ce film : la vanne minable sur le gratin cairote, consternante mais qui avait au moins l’intérêt de démontrer quel sens de l’humour désastreux possède OSS 117, et le traitement lourdingue et puéril de sa possible ambigüité sexuelle. Choses sur lesquelles on pouvait aisément passer l’éponge pour s’en tenir aux scènes excellentes où le héros court dans les rues du Caire, apprend le mambo en trois secondes, chante Bambino en s’accompagnant d’un « gros tourteau fromager » ou s’extasie sur la grandeur du peuple égyptien devant le Canal de Suez. Aussi attendais-je avec une certaine impatience cette suite, qu’on nous annonçait comme « pareil, mais en mieux ».

     
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    Malheureusement, Hazanavicius et son équipe sont tombés en plein dans le piège de la suite, se contenter de ce qu’il y avait de facile et médiocre dans le premier pour bâtir le second.

     

    Certes, les codes des films des années 60 sont bien là, robes courtes, psychédélisme et flower-power, split-screens et grosses lunettes de soleil, mais bien sûr, l’effet de surprise occasionné par la réussite visuelle qu’était Le Caire, nid d’espions ne peut pas être reproduit une seconde fois pour Rio ne répond plus. On ne peut pas non plus reprocher aux acteurs d’être mauvais, ils sont impeccables. Dujardin est habité par son personnage. A peine pourrait-on reprocher à Louise Monot de recopier un peu trop ce qu’à fait Bérénice Béjo, mais ce n’est sans doute pas de sa faute, difficile de se démarquer quand les deux personnages sont aussi proches.

     
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    Le Caire, nid d’espions était un film brillant sur un type stupide. Pour le comprendre et l’apprécier, il fallait des références, de la culture, un bon sens du second degré. En clair, le spectateur sentait qu’on faisait appel à son intelligence, et ça le valorisait. Rio ne répond plus, au contraire, tire sur de grosses ficelles, est sans surprise, sans subtilité. Le trait est lourd, très lourd.

     

    Certaines scènes et répliques m’ont fait rire, quand même. Mais globalement, c’est plutôt une grosse déception.
     

     

    15 April

    Et quand est-ce qu'on passe la cinquième ?

     
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    Fast & Furious 4
    (Titre original : Fast & Furious)
    De Justin Lin. Avec Vin Diesel, Paul Walker, Jordana Brewster, Gal Gadot, Michelle Rodriguez...
    Sortie : 8 Avril 2009
     
    Cinq ans après les événements de Fast and Furious, Dom Toretto, fugitif en cavale, et Brian O’Conner, agent du FBI, se retrouvent à Los Angeles. Tous deux cherchent à coincer un baron de la drogue, mais pour des raisons et avec des motivations différentes. Pour atteindre leur but, ils vont cependant devoir collaborer. En faisant ce qu'ils font le mieux : tenir le volant et appuyer sur l'accélérateur. 
     
    Petit résumé pour ceux qui auraient raté ou oublié les épisodes précédents. Dans Fast and Furious, Brian O’Conner, alors policier à Los Angeles, infiltre le milieu des rodéos sauvages pour démanteler une bande de pilotes qui braquent des semi-remorques sur l’autoroute. Après avoir dragué Mia Toretto, il rencontre son frère Dominic, mécanicien et pilote hors pair, et sorte de grand frère spirituel du quartier. Une fois ses preuves faites, Brian, intègre le groupe de Toretto. Quand il finit par découvrir que Dom lui-même est à l’origine des braquages, il est déjà trop tard : non seulement Brian est tombé amoureux de Mia, mais il a appris à respecter Dom et cette curieuse philosophie de la vie de kamikaze qu’il professe. Aussi, quand le dernier braquage tourne au vinaigre, Brian révèle sa trahison et permet à Dom de s’enfuir. (Grosso modo, c’est un remake de Point Break, en fait. Avec des bagnoles à la place des planches de surf.)
    Puis, tandis que Brian efface son ardoise au soleil de Floride (dans 2Fast 2Furious), Dom, planqué en République Dominicaine, remonte son business de truck-jacking (ce qu’on voit dans la scène d’ouverture de Fast and Furious 4) avec Letty et de nouveaux complices, dont l’un, Han, partira ensuite pour Tokyo (et qu’on retrouve donc dans Fast and Furious: Tokyo Drift).
     
    Voilà pour la chronologie. Qui peut avoir son utilité si on cherche vraiment à comprendre le film. Maintenant, ne nous voilons pas la face, la saga Fast & Furious n’est en rien une grande épopée dramatique. C’est un film d’action dans le plus pur sens du terme, c'est-à-dire que la qualité des scènes d’action prime sur la qualité du scénario. Toute tentative pour faire croire au spectateur qu’il y a un peu de fond est totalement vaine, et d’ailleurs on le savait avant de venir. C’est pour entendre rugir les moteurs qu’on est venus, et on est servis. Copieusement.
     

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    Je m’étais épargnée 2Fast 2 Furious et Tokyo Drift, parce qu’on m’avait prévenue que c’étaient des vraies daubes. Pire que pire, donc. Mais Fast and Furious est pour moi un film culte. Il me ramène aux belles heures de ma vie d’étudiante, quand je consacrais avec ma meilleure amie des week-ends entiers, nuits comprises, au mangeage de pop-corn et autre junk-food, et au visionnage de films sans intérêt artistique mais avec un réel intérêt esthétique. Comprenez : au matage de beaux mecs. L’amie en question et moi-même n’avons pas toujours des goûts concordants en la matière, mais de même que nous avions trouvé un compromis, à l’époque, sur Will Hunting (elle aimait Ben Affleck, je préfère Matt Damon), Fast and Furious, avec son duo de héros, nous avait offert la même opportunité. J’ai craqué sur Paul Walker, elle a totalement fondu pour Vin Diesel. Ce qui nous a amenées à voir toute sa filmographie, comme celle de Ben Affleck d’ailleurs, et aussi de Mark Wahlberg et de quelques autres car je n’avais pas souvent le dernier mot au vidéostore, mais c’est un autre débat.
     
    Ce que je veux dire par là, c’est que pour moi, Fast and Furious, c’est Vin Diesel ET Paul Walker, et s’il en manque un, ou les deux, ça ne peut pas marcher. Aussi, quand j’ai su qu’un numéro 4 allait sortir, avec le casting original, me suis-je promis d’y aller, vaille que vaille, et même si je me fais trop vieille pour ces conneries.
     
    Jouant toujours sur les mêmes effets, jolies poupées très court vêtues, frimeurs qui se la racontent et bolides bien trafiqués, Fast and Furious 4 est néanmoins plus sombre que le premier épisode. Nos deux pilotes ont cette fois affaire à de vrais méchants, de ceux qui flinguent et qui trafiquent de la drogue. L’heure n’est plus à la rigolade, on est passé à la vitesse supérieure. Heureusement, Brian n’est plus le jeune qui n’en veut, éperdu d’admiration face à son mentor. L’élève s’est hissé au niveau du maître, et c’est autant côté à côte que l’un contre l’autre qu’ils vont devoir courir.
     
    A nouveau dans la peau du personnage qui a fait sa gloire, Vin Diesel est rigoureusement le même qu’il y a huit ans, impressionnant et imperturbable, à peine quelques rides supplémentaires au coin des yeux.
    Paul Walker, en revanche, a nettement gagné avec les années. Il faut dire que la clarté de son sourire et de ses yeux est mieux mise en valeur par une coupe de cheveux courte et un rasage soigné que par des bouclettes blondes de beach boy. Dommage que l’effort ne soit pas maintenu et que le sobre costume d’agent fédéral soit trop souvent sacrifié aux bons vieux T-shirts informes.
     
    Et les voitures, qui sont quand même l’intérêt principal du film pour une grosse proportion du public, elles ne sont pas écologiques ou hybrides (hell, no !), elles vrombissent et elles foncent, elles font partie de ces plaisirs coupables et déraisonnables qu’on s’accorde parfois. Et pour moi qui suis en général allergiques aux scènes d’action et qui suis capable d’avoir le mal des transports dans un cinéma, j’ai donné à fond à fond. La formule fonctionne toujours.
     

    30 March

    Have Milk

     
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    Harvey Milk
    (Titre original : Milk)
    De Gus Van Sant. Avec Sean Penn, James Franco, Josh Brolin, Emile Hirsh…
    Et la participation exceptionnelle d’Anyta Bryant
    Sortie : 04 Mars 2009
     
    Le film retrace les huit dernières années de la vie d'Harvey Milk. Dans les années 70, il fut le premier homme politique américain ouvertement gay à être élu à des fonctions officielles, à San Francisco en Californie. Son combat pour la tolérance et l'intégration des communautés homosexuelles lui coûta la vie. Son action a changé les mentalités, et son engagement a changé l'histoire.
     
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    Harvey Milk est un film qui, sur le moment, m’a enthousiasmée mais qui, je dois bien l’admettre une semaine après, ne m’a pas laissé une empreinte indélébile. Ce film souffre malheureusement d’un léger effet démago. Parce que oui, on est de tout cœur avec Harvey, on est d’accord pour dire que l’homophobie c’est nul et on trouve qu’il a raison de se battre. Chaque petite victoire, chaque pas en avant nous envoie une grande rasade d’émotion dans la figure, avec la bande sonore qu’il faut pour aller avec, bien sûr. Sean Penn est un grand acteur, sans le moindre doute. Cela dit, s’il a mérité d’avoir l’oscar, ce n’est pas pour ce film-là que je le lui aurais décerné. Harvey est présenté de bout en bout comme un héros, presque comme un martyr de sa cause. J’exagère peut-être un peu mais on jurerait que sa seule erreur est de sacrifier sa vie personnelle à son ambition politique, et il le paie assez cher pour qu’on ne lui fasse pas de reproche à ce sujet. 
     
    Reste que Harvey Milk a une valeur historique indéniable, et rien que pour ça il fallait le voir. Incroyable de se dire que ces événements ont eu lieu il y a seulement trente ans. De me dire que je suis venue au monde à une époque où être homosexuel était non seulement mal vu par une grande partie de la population, mais aussi illégal. Le monde semblait avoir oublié Harvey Milk, ainsi que ceux avec qui et pour qui il s’est battu. Il fallait saluer leur mémoire et Gus Van Sant, en plein dans son combat, sort pour l’occasion de son trip bizarre-expérimental pour faire un film plus conventionnel sur la forme, mais très personnel sur le fond.
     
    Du côté de l’interprétation, rien à redire. Sean Penn n’a jamais eu l’air aussi jeune, James Franco n’a jamais été aussi beau (surtout dans la deuxième partie), Emile Hirsh et Alison Pill sont tout simplement épatants et Josh Brolin est impeccable. Ceux qui peuvent se targuer d’avoir des goûts éclectiques en matière de cinéma (ce qui est généralement mon cas, mais pas à ce point) auront peut-être remarqué dans un rôle secondaire Lucas Grabeel, quatrième ligne sur l’affiche de la série High School Musical, preuve s’il en est que quand on travaille avec les bons réalisateurs, on peut échapper à la dure loi Hollywoodienne de l’étiquetage.
     
    24 March

    Suivez le lapin blanc

     
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    Une nuit à New York
    (Titre original : Nick and Norah’s infinite playlist)
    De Peter Sollett. Avec Michael Cera, Kat Dennings, Alexis Dziena…
    Sortie : 18/03/2009
     
    Nick, membre d'un obscur groupe de rock indépendant, vit une rupture difficile avec Tris. Norah vit dans l’ombre de son père, influent producteur de musique. Les deux jeunes gens se rencontrent par hasard un soir, à New York. Au cours d’une nuit de surprises et d'aventures passée à chercher le lieu mystérieux où doit se produire leur groupe préféré, Where’s Fluffy, ils vont découvrir qu'ils ont beaucoup en commun, à commencer par leur amour de la musique.
     
    Il y a une chose tout à fait regrettable à propos de ce film, c’est son titre français. Le titre original, Nick and Norah’s infinite playlist, était beaucoup plus poétique et plus accrocheur. Plus évocateur aussi, car les prénoms des personnages principaux de cette histoire font assez probablement référence à Nick et Nora Charles, personnages d’un roman, adapté au cinéma dans les années 30 et à la télévision dans les années 50. Malheureusement, le couple emblématique « Nick and Nora », qui se chamaillent autant qu’ils s’adorent, ne signifient pas grand-chose pour les gens de l’hexagone, à moins d’avoir de solides notions sur cette partie de la culture télé américaine qui n’a pas, ou peu, traversé l’Atlantique. Logique donc que le titre ait été changé. Logique, mais dommage, car Une nuit à New York est suffisamment plat et sans saveur pour faire disparaître un bien joli film dans les limbes de la programmation des salles de cinéma.
     
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    Nick & Norah’s… est une sorte de teen road movie, une nuit de balade in ze city, entre meilleurs potes, partout où il y a de la musique et de l’animation. Une virée un peu folle qui manque plusieurs fois de tourner à la catastrophe, mais pleine de bons moments dont ils se souviendront. Une nuit où le temps s’arrête, pour une rencontre, pour régler quelques comptes et remettre tout à plat, pour s’éclater, pour oublier que demain la vie reprendra son cours et qu’il faudra retourner au lycée.
     
    Un rythme soutenu, des rebondissements pas convenus, des scènes hilarantes, et surtout des interprètes excellents : Michael Cera (vu dans Juno), dont le talent n’est déjà plus à démontrer, et Kat Dennings (alias Sloane dans l’extraordinaire Raise your voice), duo romantique et adorable, entouré de seconds rôles remarquables (Alexis Dziena, bonne à baffer, Ari Graynor, Jonathan Wright…), voilà les points positifs de cette comédie qui m’a fait passer un très agréable moment.

     
    10 March

    Balance plus fort, le berceau s'envole

     
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    Ricky
    De François Ozon. Avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez, Mélusine Mayance, Arthur Peyret
    Sortie : 11/02/09
     
    Katie, mère célibataire qui élève seule sa fille de huit ans Lisa, rencontre Paco à l’usine où elle travaille. Ils se mettent en ménage, et bientôt la famille s’agrandit avec l’arrivée de Ricky. Le bébé s’avère très vite être extraordinaire : il lui pousse des ailes.
     
    Un bébé volant, pourquoi pas le début d’un joli petit conte de fées pour faire rêver les enfants ? Sauf que ce ne sont pas des ailes d’anges qui poussent dans le dos du petit Ricky. Ca ressemblerait plutôt à des ailes de hibou. Curieux d’associer à un petit être rose et joufflu les attributs d’un animal nocturne, sombre et effrayant. Mais c’est effectivement une histoire sombre que nous raconte Ozon.
     
    Ville du Nord, triste banlieue ouvrière, immeubles délabrés, deux-pièces miteux. C’est là que Katie et Lisa vivent, sans enthousiasme, sans joie. Katie est une mère seule, mais pas une mère courage. Sa complicité avec sa fille, elle en abuse, elle s’appuie dessus. Quand elle n’a plus d’énergie, c’est Lisa qui la sort du lit. Katie parvient parfois à rêver encore, à croire que son petit monde n’est pas si sordide. Lisa ne sourit déjà plus.
     
    Quand Paco, puis Ricky, entrent dans leur vie, les liens familiaux changent. Ecartée de sa mère par son nouveau beau-père, elle se rapproche de lui quand Katie se consacre au bébé. Quand la charge de Ricky devient trop lourde pour sa mère, elle prend le relais.
     
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    C’est une étrange fable que ce Ricky. Elle traite à la fois de la difficulté de recomposer une famille, d’assumer ses enfants quels que soient les problèmes qu’ils posent, d’aller de l’avant même si on n’a pas vraiment l’espoir de sortir de sa crise.
     
    Ozon a en tout cas un talent cukorien pour mettre en valeur ses actrices. Après l’époustouflante Angel qu’était Romola Garai, Alexandra Lamy est lumineuse dans un rôle aux antipodes de ce qu’elle a l’habitude de jouer, tour à tour extasiée, dépassée, amoureuse, heureuse, déprimée, déterminée. Et Mélusine Mayance est parfaite de justesse dans son rôle de petite fille qui grandit trop vite, toute en force et en tristesse.
     
    Sans être encore une inconditionnelle de son cinéma, je commence à apprécier beaucoup Ozon. Son film a certes des défauts, il donne à fond dans le pathos par moments, et son propos n’est pas forcément limpide. (Comment lui sont venues ses ailes ? Est-ce un film fantastique ou simplement métaphorique ?) Mais ça reste un beau film, à tout le moins une succession habile de jolies scènes.
     
    28 February

    Chantez plus fort, que le monde vous entende...

     
    Hunger
    De Steve McQueen. Avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Brian Milligan, Stuart Graham...
    Sortie : 26/11/2008
     
    Ulster, 1981. A la prison de Maze, les détenus du quartier H, condamnés pour leur appartenance à l’IRA, mènent depuis 4 ans et demi un "Blanket and No-Wash Protest" afin d’obtenir le statut de prisonniers politiques. La violence est extrême et quotidienne, et toute tentative de négociation se solde par un échec. Bobby Sands appelle alors le père Dominic Moran pour lui annoncer qu’il va entamer une nouvelle grève de la faim.
     
    Hunger s’est probablement d’abord fait remarquer parce que son réalisateur s’appelle Steve McQueen. Il faut avouer que ça peut surprendre. Quoi ? Il réalise Steve McQueen ? Mais il est pas mort ? Ben si… Mais ce Steve McQueen-là est en fait un trentenaire britannique, artiste plasticien plus que cinéaste, et dont Hunger est le premier film.
     
    On sent bien la patte d’un artiste dans la mise en scène. Je ne sais pas bien encore s’il a voulu créer un équilibre entre le fond et la forme, ou les mettre en opposition. En tout cas, il sait travailler l’image, et pas seulement pour l’esthétique. Le propos est horrifiant, il enlève aux martyrs d’Ulster tout le glamour qu’on accorde aux chevaliers courageux et fidèles à leur cause, en décrivant avec précision et sans aucune censure comment ils faisaient eux-mêmes de leurs cellules des cloaques répugnants, ou encore par quels moyens peu ragoutants ils faisaient passer des messages vers l’extérieur. Et comment leurs gardiens, à intervalles réguliers, imposaient une pause à la grève en karchérisant les hommes et les lieux. Hunger est percutant comme un coup de poing dans la tronche, réaliste jusqu’à la crudité. Il fallait du courage et des tripes pour raconter cette histoire-là, et pour la raconter de cette façon-là, sèchement, violemment, salement.
     
    De longs plans, sans musique, souvent sans parole, bref, une mise en scène d’une rare aridité, pour montrer comment des hommes survivent, comme des bêtes, immobiles, dans un silence assourdissant, rejetant comme des ascètes tout ce qui pourrait leur amener un peu de confort. Non dans le but de s’élever spirituellement mais simplement parce qu’ils sont en prison, qu’ils ont les mains liées, et que leur seul moyen de continuer leur combat, de se faire entendre, c’est de diriger leur violence contre eux-mêmes. Qu’importe s’ils souffrent beaucoup, du moment que l’ennemi en pâtit un peu.
     
    Effectivement, l’ennemi en pâtit, et plus qu’il en a l’air. Pas le gouvernement bien sûr, pas ceux qui, de loin, décident péremptoirement du sort des sujets d’Irlande du Nord. Mais les gardiens de prison, les policiers, ceux qui chaque jour doivent être témoins et victimes collatérales de ce que les prisonniers s’infligent. Ceux qui, de temps en temps, en remettent une couche avec un sens de la discipline à toute épreuve, en filant quelques coups de matraques sur des corps nus et amaigris qui usent leurs dernières forces à résister. Ceux qui ne disent rien parce qu’il n’y a rien à dire, c’est comme ça que ça doit marcher. Ceux qui rentrent chez eux avec, pour certains, un léger dégoût, pour d’autres, le sentiment du devoir accompli. Mais pour tous, la peur au ventre, car si dans les murs de la prison, ils ont le dessus, au dehors les républicains qu’on n’a pas encore arrêtés les prennent pour cibles.
     
     
    Et puis, au milieu du film, le dialogue-confrontation entre Bobby Sands et Dom Moran ramène un peu d’humanité dans le pénitencier, prouvant que les animaux gémissants qu’on a vu tourner en rond depuis le début sont aussi capables de parler, et de réfléchir. Vingt minutes en trois plans fixes, un large, un champ, un contrechamp, pour essayer de convaincre l’autre de la nécessité ou de l’inutilité du sacrifice qui va être fait. Car Bobby a décidé d’entamer une grève de la faim qui le mènera à la mort. Et dans la dernière partie du film, c’est à sa lente agonie qu’on assiste, un amaigrissement épouvantable, une perte de forces, de voix, de sens, jusqu’à la fin, jusqu’à sa sortie de prison les pieds devant. La performance de Michael Fassbender est simplement hallucinante. J’ai toujours su qu’il avait un grand potentiel, mais aucun rôle ne lui avait autant demandé jusqu’ici, et c’est impressionnant de voir ce qu’il donne. 
     
    Je connaissais un peu l’histoire de Bobby Sands. Mais jamais je n’avais entendu parler de la Blanket and No-Wash Protest. C’est une partie de l’histoire que sans doute peu de livres racontent, tant elle n’est glorieuse pour personne. Steve McQueen ne cherche pas, dans ce film, à approuver ou désapprouver quoi que ce soit. Les geôliers n’y sont pas que des bourreaux. Les prisonniers sont clairement des victimes, mais il s’agit de ne pas oublier qu’ils ont été emprisonnés pour actes de terrorisme. (J’ai personnellement tendance à penser que la fin justifie rarement les moyens, et qu’une cause, aussi bonne soit-elle, est corrompue dès lors qu’on utilise la violence pour la défendre). Et la force morale de Bobby Sands est d’un tel niveau qu’il est difficile de le voir comme un martyr, même si c’est à ce titre qu’on retient aujourd’hui son nom.
     
    J’avais raté Hunger à sa sortie il y a quelques mois, et je suis très heureuse d‘avoir eu l’occasion de voir ce film en fin de compte. Il est si puissant qu’il m’a scotchée au siège, m’entrainant malgré moi à l’intérieur de la prison, me faisant partager les souffrances des hommes comme si je recevais dans le ventre chaque coup porté. J’ai été choquée comme rarement au cinéma, j’ai pleuré comme si j’avais eu vraiment physiquement mal. Il faut être préparé avant de le voir, mais aussi dur qu’il soit, ce n’est pas un film qu’on peut regretter d’avoir vu.
     
    08 February

    Guerre, rallonge et idéaux

     

    Che - 1ère partie : L'Argentin

    (Titre original : Che : Part One)

    De Steven Soderbergh. Avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera, Rodrigo Santoro...

    Sortie : 07/01/2009

     

    Le 13 juillet 1955, dans un modeste appartement de Mexico, Raul Castro présente Ernesto Guevara à son frère aîné, Fidel. Guevara accepte de participer à l’opération de guérilla de Castro qui doit renverser Batista. Rebaptisé « Che » par ses hommes, Guevara mène ses « barbudos » à travers la Sierra Madre de 1956 à la victoire en 1959.

     

    Voilà un film dont on parle depuis sa présentation à Cannes l’année dernière, d’où il est reparti avec un prix d’interprétation pour Benicio Del Toro et les félicitations de la critique.

     

    Tout ce que je peux en dire après l’avoir vu c’est « encore heureux qu’il n’ait eu que cette récompense ! » J’ai connu Soderbergh plus apte à soulever l’enthousiasme. S’il a fait ce film, c’est sans doute que la figure du Che l’inspirait. Comment se fait-il alors qu’à force de vouloir être objectif, il ne montre de Guevara ni ses aspects positifs, ni les négatifs ? On se retrouve avec un film quasi documentaire, mais sans pédagogie ni information, qui montre sans rien démontrer la relation que le Che entretenait avec ses troupes, et leur progression dans la jungle.

     
     

    Or pour moi qui ai le sens de l’orientation d’un GPS sans piles, rien ne ressemble plus à un morceau de sierra qu’un autre morceau de sierra. Même si bien sûr Cuba est joli, deux heures au milieu de la verdure, c’est trop. Et Guevara, dans la mesure où il a inspiré depuis ses débuts dans la vie publique soit l’adhésion totale, voire la vénération, soit la plus complète détestation, méritait mieux que cette neutralité fadasse. On peut aduler l’icône révolutionnaire romantique dont le visage de beau gosse viril passe si bien sur les tee-shirts, ou on peut rétablir la vérité sur le boucher cruel et sanguinaire qu’il a vraiment été. Mais il aurait au moins fallu prendre parti.

     

    Là où le film se rattrape, c’est sur la performance de Benicio Del Toro. C’est le rôle de sa vie, jamais encore je ne l’ai vu aussi bon, ni autant habité par son personnage. Il éclipse tout le monde. Je n'ai même pas remarqué Rodrigo Santoro ni Santiago Cabrera, alors que je savais qu'ils jouaient dedans. Il faut dire que si les mecs sont tous habillés pareils, tous mal rasés et sales, je ne les différencient pas les uns des autres. C'est pour ça que les films de guerre et moi, on n'est pas copains.
     
    Dommage donc pour Benicio que l’ennui éprouvé durant la première partie m’ait dissuadée d’aller voir la seconde. La prochaine fois que quelqu’un voudra faire un film sur un commandant guerillero, peut-être que Massoud sera un meilleur choix ?

     
    03 February

    "Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien." E. Burke

     
     
    Walkyrie
    (Titre original : Valkyrie)
    De Bryan Singer. Avec Tom Cruise, Bill Nighy, Carice Van Houten, Kenneth Brannagh…
    Sortie : 28/01/2009
     
    S'il a toujours été un fidèle serviteur de son pays, le colonel Stauffenberg s'inquiète de voir Hitler précipiter l'Allemagne et l'Europe dans le chaos. Comprenant que le temps presse, il décide de passer à l'offensive : en 1943, tandis qu'il se remet de ses blessures de guerre, il rejoint la Résistance allemande pour mettre au point l'Opération Walkyrie destinée à éliminer le Führer.
    Alors qu'il n'était au départ qu'un des nombreux conspirateurs, Claus Von Stauffenberg se retrouve bientôt en première ligne : c'est lui qui devra assassiner Hitler...
     
    Autant le dire tout de suite, je n’aime pas Tom Cruise. Son sourire labellisé Colgate ultrabright vingt ans d’âge me porte sur les nerfs, et je trouve plus que répréhensible sa façon d’utiliser sa notoriété pour promouvoir une organisation qui,  même si elle a peut-être de bons côtés (après tout, qui suis-je pour juger, plein de gens semblent y trouver leur compte), a quand même une tendance manifeste aux dérives sectaires. Seulement voilà, ne pas aimer l’homme ne m’oblige pas à boycotter l’acteur, d’autant plus qu’il n’est pas mauvais. Dans certains de ses derniers films, il s’est même montré excellent. (Lions et agneaux, ou Collateral, pour ne citer que ceux-là). Il parait qu’à l’origine, la volonté de Tom Cruise de faire ce film vient du fait qu’il se soit découvert une ressemblance frappante avec Stauffenberg. Quant à moi, elle m’échappe totalement. Bien sûr, trouver des ressemblances entre les gens, c’est très subjectif. Je me rappelle de certains garçons au lycée qui, d’après une amie, étaient censés être des sosies de Tom Hanks et Jerry O’Connell ! Mais je soupçonne fortement que si Stauffenberg n’avait pas eu à son actif un acte héroïque, Tom Cruise ne lui aurait pas même accordé un regard.
     
    Il n’empêche, tant mieux s’il a fait ce film, car l’opération Walkyrie mérite d’être racontée, et si possible au plus grand nombre. L’Histoire ne doit pas être réduite à ses grandes lignes. Chaque élément qui la compose, même anecdotique, a son importance. J’avais déjà vu, il y a quelques années, un téléfilm allemand sur le même sujet, avec dans le rôle titre Sebastian Koch, l’acteur désormais connu mondialement pour Black Book et La vie des autres. (A vrai dire, la raison pour laquelle je l’avais regardé était que le rôle de Von Haeften était tenu par Hardy Krüger Jr, que j’adore depuis la formidable série Contre vents et marées). J’en avais gardé le souvenir d’un complot qui visait uniquement à tuer Hitler et qui avait échoué à cause d’un problème technique. Vision simpliste d’un plan en réalité vaste et complexe qui avait pour but de prendre le contrôle de l’Allemagne par un coup d’Etat, et qui en fait a avorté non seulement parce que l’attentat a été manqué, mais aussi parce que certains des conjurés auraient manqué de courage ou de détermination, et n’ont pas su prendre à temps les bonnes décisions. S’ils avaient réussi, non seulement l’issue de la guerre aurait été différente, mais il y a fort à parier que l’Europe de la seconde moitié du XXème siècle en aurait été bouleversée.
     
     
    Voilà pour le fond. Passons à la forme.
     
    Comme son nom ne l’indique pas, avant d’être un film sur Walkyrie, Walkyrie est un film sur Stauffenberg. Un film du genre « Gloire à notre illustre héros ». Tom Cruise est donc au centre de l’action et prend tout l’espace. Au point de laisser dans l’ombre le reste du casting, qui n’est pourtant pas composé des premiers venus. Malgré cela, Tom Cruise évite la surenchère et joue la carte de la sobriété. Un héros certes, mais qui n’en fait pas des tonnes dans le sacrifice personnel et le don de soi. Un homme prêt à trahir pour mieux servir. Un homme qui préfère renoncer à sa réputation, et éventuellement à sa vie, pour sauver son honneur. Un homme qui ne soutient pas son gouvernement parce qu’il préfère soutenir son pays. En somme, un homme qui vous dirait « je n’ai fait que mon devoir » sans vous tirer des larmes.
    A ses côtés, on trouve une distribution majoritairement européenne. J’ai eu plaisir à voir Von Haeften sous les traits de Jamie Parker, mon préféré parmi les History boys d’Alan Bennett, très crispé sous ses galons pendant la plus grande partie du film mais bénéficiant au moins d’une jolie scène finale. Bill Nighy incarne un Olbricht surprenant, figure de proue du complot qui paradoxalement a tout du fonctionnaire besogneux aux épaules étroites. Pour les autres, Kenneth Brannagh, Tom Wilkinson, Terence Stamp et Thomas Kretschmann, la seule chose qu’on peut regretter c’est que leurs rôles soient trop peu développés pour des acteurs de leur calibre. Malheureusement pour Carice Van Houten, elle n’est rien de plus que l’alibi féminin de ce film d’hommes, celle qui insuffle un peu d’humanité au roc qu’est son mari.
     
    L’intrigue, pour être linéaire, et prévisible pour quiconque ayant un minimum de culture générale, parvient pourtant à ménager des moments de tension et de suspense. Puisqu’on sait d’avance que le plan échouera, l’idée est de comprendre pourquoi ça échoue, et comment ça aurait pu marcher. Et bizarrement, pendant un moment, on se prend presque à espérer que la fin ne sera pas celle qu’on attend, qu’ils réussiront et s’en sortiront, comme si l’Histoire pouvait être réécrite.
     

    *** Petite note perso, au cas où Simon passerait par là : j’apprécie les références, mais j’ai vraiment du mal à considérer Bernard Hill comme une guest star, et encore moins comme LA bonne surprise du film…

     

    19 January

    Un justicier milliardaire qui a l’amour du risque

     
    Largo Winch
    De Jérôme Salle. Avec Tomer Sisley, Miki Manojlovic, Kristin Scott Thomas, Anne Consigny, Gilbert Melki...
    Sortie : 17/12/08
     

    Le milliardaire Nerio Winch est retrouvé noyé. Une mort forcément suspecte quand on sait qu'il s'agit du fondateur et principal actionnaire du puissant et tentaculaire Groupe W. Qui va hériter de cet empire économique ? Officiellement Nerio n'avait pas de famille. Mais il cachait un secret : un fils, Largo, adopté presque trente ans plus tôt dans un orphelinat bosniaque. Seul problème, ce jeune héritier vient d'être jeté dans une prison du fin fond de l'Amazonie. Accusé de trafic de drogue, il clame son innocence.

    Nerio assassiné. Largo emprisonné. Et si ces deux affaires faisaient partie d'un seul et même complot visant à prendre le contrôle de l'empire Winch ?

     

    La BD n’est pas mon fort. En dehors de Tintin et Astérix, je m’en suis toujours tenue à Boule et Bill et Gaston Lagaffe, avec quelques incursions dans l’univers de Cédric ou Spirou et Fantasio ici et là, mais c’est bien tout. De Largo Winch, je ne connais que les deux premiers albums (ça tombe bien, en principe c’est de ceux-là que le film est adapté) et aussi la série de qualité contestable diffusée il y a quelques années que j’ai suivie à ses débuts, beaucoup plus pour l’acteur principal (qui était bon surtout quand il se taisait, privilège des ex-mannequins) que pour les intrigues, qui étaient cousues de fil blanc, mais qu’attendre d’autre après tout d’une série qui parle d'un aventurier héritier de la plus grosse fortune du monde ?

     

    Et voilà qu’on nous propose une version long métrage, production internationale mais surtout réalisation française, dont on peut attendre le pire plus que le meilleur (ceci dit sans vouloir critiquer la capacité des cinéastes français à faire des films d’action, bien sûr), avec certes Kristin Scott-Thomas et Gilbert Melki, dont on peut attendre le meilleur bien qu’il leur soit arrivé de se fourvoyer dans des contrats manifestement alimentaires, mais surtout avec Mélanie Thierry, que je n’aime vraiment pas, et Tomer Sisley, duquel je n’attendais rien du tout, mon avis sur lui n’étant pas bien défini. En stand-up, il assure, mais en héros d’action-movie, c’était moins sûr.

     

     

    N’attendez pas de moi une opinion tranchée sur ce film. Il a des défauts, c’est évident, mais malgré tout, c’est un bon film.

     

    C’est sûr qu’avec le budget qu’ils se sont octroyé, ils pouvaient bien nous balader dans quatre ou cinq contrées, un peu sur chaque continent. Là, pour le dépaysement rien à dire. Rien à dire non plus sur le cours de langues : pour une fois on ne nous prend pas pour des idiots en nous collant des pseudos-slaves qui parlent entre eux en anglais, mais avec un accent. Les Serbes parlent serbe, les Russes parlent russe, les lettrés lisent les sous-titres, point barre. Ça c’est appréciable.    

     

    Autre chose appréciable : le scénario, qui a réussi à puiser dans l’histoire originale tout en s’en démarquant. Quelques personnages en plus, quelques uns en moins. Exit Simon, le meilleur ami toujours prêt, toujours présent. Largo est un cow-boy solitaire. Et bien qu’on sache du départ que chacun est prêt à tout et qu’il ne faut faire confiance à personne, j’avoue que jusqu’à la fin, je n’ai pas deviné de qui il fallait se méfier, ni comment Largo allait s’en sortir.

     

    Mon seul regret est que la fin soit si ouverte. La dernière réplique d’Ann Ferguson n’était qu’un to be continued lancé à la face du spectateur, comme si elle annonçait la prochaine franchisation de la marque.

     

    En tout cas, si j’ai toujours de légers doutes sur l’aptitude de Tomer Sisley à se glisser, en cas d’éventuelles suites, dans le costume de play-boy d’un Largo désormais installé à la tête d’un empire financier de classe mondial, sa nonchalance naturelle a magnifiquement servi le personnage tel qu’il était envisagé dans ce premier opus.

    Et si Mélanie est condamnée à jouer les inutiles potiches, comme en hommage aux films de James Bond, j’ai envie de dire : tant pis pour elle.
     

    05 January

    Plus fascinée qu'hier, et moins que demain...

     

    Twilight - Chapitre 1 : fascination

    (Titre original : Twilight)

    De Catherine Hardwicke. Avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Billy Burke, Peter Fascinelli…

    Sortie : 07/01/08

     

    Isabella Swan, 17 ans, déménage à Forks, petite ville pluvieuse dans l'Etat de Washington, pour vivre avec son père. Elle s'attend à ce que sa nouvelle vie soit aussi ennuyeuse que la ville elle-même. Or, au lycée, elle est terriblement intriguée par le comportement d'une étrange fratrie, deux filles et trois garçons. Bella tombe follement amoureuse de l'un d'eux, Edward Cullen. Une relation sensuelle et dangereuse commence alors entre les deux jeunes gens : lorsque Bella comprend qu’Edward est un vampire, il est déjà trop tard.

     

    A l’origine, je comptais un peu faire bisquer celles et ceux qui n’ont pas encore eu la chance de voir Twilight au cinéma, c'est-à-dire ceux qui habitent en France mais qui, contrairement à moi, n’ont pas eu la chance de profiter d’une avant-première. Ma séance date d’il y a quatre jours, et je suis étonnée de ne pas avoir posté immédiatement quelque chose ici, vu l’excitation avec laquelle j’attendais ce film, et l’état d’extase dans lequel j’en suis sortie. Exactement, vous pouvez vous moquer. Twilight est typiquement le genre de phénomène qui peut me faire régresser de 10 à 12 ans d’un coup.

     

    Seulement voilà, outre le film, j’ai aussi dévoré avec gloutonnerie et précipitation les tomes 2 et 3 de la saga, Tentation et Hésitation, et à l’heure où j’écris, le tome 4, Révélation, est posé devant moi et attend que je le reprenne où je l’ai laissé, c'est-à-dire environ au premier tiers. Et pour le moment, épuisée par le rythme effréné des péripéties auquel sont soumis Bella, Edward et tout leur petit monde, (et certains rebondissements m’ont réellement mise sur les rotules), je n’arrive pas à me sortir de cette histoire. Tout n’est encore qu’une sorte de magma informe dans ma tête, et j’ai du mal à prendre assez de recul pour réfléchir au film sans penser à ce que seront les suivants. Mais bon, d’ici à ce que j’en sois capable, les images se seront sans doute un peu effacées. Aussi, je profite qu’aujourd’hui soit la Saint Edouard pour sortir une petite chronique. Demain sera la Saint Mélaine, et ce sera sans doute plus dur d’être dans la thématique.
     
     

    Vu le succès en librairie de Fascination, nulle surprise, le film sera aussi un succès en salle, avec un fan-club déjà tout constitué. Le vrai danger aurait été de s’en tenir là, et de se reposer sur une réussite déjà acquise. Heureusement, Catherine Hardwicke est aux commandes, et quand il s’agit de bien filmer les adolescents, et de bien en parler, elle sait ce qu’elle fait. Tout est maîtrisé. Bien sûr, impossible de faire ce qu’on veut avec une commande pareille, sans quoi on risque de recevoir des menaces de mort de fans hystériques et de geeks sanguinaires. Mais elle a su en tirer son parti et y imposer sa griffe. Dans un Forks moins gris et sombre qu’on aurait pu le craindre, elle a replacé l’essentiel du roman, éliminant habilement les détails superflus, en ajoutant de nouveaux, bien trouvés. Charlie, par exemple, est devenu beaucoup plus drôle à mes yeux.

    Certes, on n’échappe pas aux inévitables explications, fastidieuses pour qui les connaît déjà. Et si les effets spéciaux sont bien utilisés dans l’ensemble, on ne se verra malheureusement pas épargner les superbes ralentis, un tout petit peu surfaits, quand Bella entre en labo de bio, ou quand James et sa clique se pointent sur le terrain de base-ball. Pour ce qui est du moment où les Cullen entrent à la cantine, tout le monde pardonnera, et personne n’osera dire que c’était exagéré. Du moins, je ne pense pas, vu le soupir orgasmique général de la salle qui a salué l’arrivée d’Edward sur l’écran.
     
     
    Edward, justement, parlons-en. Quel homme, ce type-là ! J’ignore à quoi Stephenie Meyer avait pensé en créant Edward. Sans doute pas à Robert Pattinson. Et les fans non plus, qui ont vivement critiqué (et c’est peu dire) le choix de cet acteur. Et pourtant ! Un seul sourire, et plus aucun doute n’est permis, il est le sexy vampire de l’année. Bon c’est vrai, il est surtout très bien mis en valeur dans le film, parce que franchement, en promo, c'était vraiment n'importe quoi. Mais aussi, comment ne pas lui pardonner d’avoir légèrement pris la grosse tête, alors qu’il doit désormais assumer le statut d’être parfait ? Et si son jeu demande encore à s’améliorer, pas d’inquiétude, il a devant lui trois autres films pour s’entrainer.
     
     
    Le casting du reste de la famille Cullen est aussi assez intéressant. Alice (Ashley Greene), ainsi qu’Emmett (Kellan Lutz), malheureusement assez transparent, sont fidèles à leurs personnages de jeunes à la cool. Jasper (Jackson Rathbone), décrit comme « celui qui a toujours l’air de souffrir », parait légèrement à côté de la plaque, sauf s’il s’agit de la souffrance d’avoir avalé un parapluie. Néanmoins, je crois bien l’avoir vu ébaucher un sourire à un moment donné (du moins, les commissures de ses lèvres se sont relevées), ce qui me laisse à penser que s’il prend son personnage un tout petit peu moins au sérieux, il parviendra peut-être à se rendre expressif. Si Carlisle (Peter Fascinelli) à une couleur de cheveux qui me laisse perplexe, il n’en demeure pas moins qu’il est à tomber à la renverse, et que le changement de look par rapport au vrai lui est très plaisant. Ma plus grande déception vient de Rosalie. Nikki Reed est l’actrice fétiche de Catherine Hardwicke. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit dans la distribution de Twilight. Mais Rosalie doit être envisagée comme la plus belle femme du monde. Nikki Reed en a fait une revêche qui a l’air de sortir d’un gang des bas quartiers tant elle est agressive. Elle est jolie, c’est sûr, mais peut-être pas assez imposante pour Rosalie.
     
     
    En fait, le vrai problème, c’est que la famille Cullen au complet n’est en rien fascinante à côté de Bella. Kristen Stewart, voilà la trouvaille du film. Elle a un incroyable charme, un vrai charisme. Malgré son jeune âge, tout chez cette actrice indique sérieux, maturité et professionnalisme. C’est ce qui la rapproche le plus de son personnage. Car en dehors de ça, comment voulez-vous continuer à lire les livres et voir Bella comme une fille maladroite, banale et peu sûre d’elle, alors qu’on a Kris en tête ? En plus de ça, ils l’ont transformé en une nouvelle version de Blanche-Neige. Je ne dis pas ça à cause de l’image de la couverture du livre, quoi qu’il y ait un écho. Plutôt à cause de son teint pâle, et de sa crinière sombre et sauvage, qu’un minuscule serre-tête fait semblant de tenir en place. (Elle va relancer la mode du serre-tête, vous allez voir !) Kristen Stewart, c’est la nouvelle star de mon panthéon personnel.
     
     

    Bon, et bien j’avais prévenu que ce billet risquait d'être incohérent, stupide et sans intérêt. Et hop ! Gagné.

     

    24 November

    " Love and bless you, my lady, let me light my pipe in your eyes ! "

     

    The Duchess

    De Saul Dibb. Avec Keira Knightley, Ralph Fiennes, Dominic Cooper, Hayley Atwell…

    Sortie : 12/11/08

     

     Fin du XVIIIe siècle, en Angleterre. Georgiana, Duchesse du Devonshire, est une femme belle, charismatique, et adulée par la population. Mariée au richissime Duc, elle est contrainte d'accepter un ménage à trois avec la maîtresse de celui, Bess, qui est aussi sa meilleure amie... Insatisfaite, elle s'engage dans la vie publique en faisant campagne pour le parti libéral et en luttant pour les droits des femmes. C'est ainsi qu'elle s'éprendra du futur premier ministre Charles Grey...

     
    En 1774, Georgiana Spencer, âgée de 17 ans, épouse William Cavendish et devient ainsi duchesse du Devonshire, une des personnalités les plus en vue de la noblesse britannique. Belle, spirituelle et dotée de nombreux talents, elle ne s’attend pas aux difficultés qu’elle aura à se faire aimer de son mari, qui ne l’a choisie que pour des raisons de convenances. Dans sa position sociale, sa marge de manœuvre pour accéder au bonheur s’avérera bien étroite, et sa jeunesse ne sera finalement qu’une succession de grandes souffrances.
     
    Keira Knightley a un goût sûr pour se choisir des personnages intéressants à jouer. Georgiana ne fait pas exception. Figure emblématique de son époque, et bien qu’elle n’ait laissé dans l’histoire qu’une trace anecdotique, Gorgiana mérite assurément qu’on parle d’elle, tant sa vie est un exemple de ce qu’on peut subir quand on se retrouve si haut dans l’échelle sociale que la chute serait mortelle. Véritable icône, Georgiana était une « star » harcelée par les caricaturistes des journaux, qui sut utiliser l’attention dont elle faisait l’objet pour promouvoir les idées du parti Whig auquel elle appartenait. Très belle, elle influença par ses créations les courants de la mode. Inspiratrice des arts, elle écrivait elle-même de la poésie.
    Pourtant, malgré tous ses dons qui lui donnaient toutes les chances, elle dut renoncer à tout : bonheur, liberté, amour, fierté. Son mari ne s’intéressait pas à elle, n’attendait rien d’elle hormis un héritier et prît pour maîtresse sa meilleure amie. En plus de cette double trahison, qu’elle était bien forcée de supporter sous son propre toit, elle dut elle-même renoncer à son amour pour Charles Grey, jeune politicien ambitieux. Elle se consola avec son addiction au jeu et ses enfants.
      

    La bande-annonce du film utilise à outrance le lien de parenté entre Georgiana et Lady Di, sa descendante qui a eu un destin assez similaire. Mais je comparerais plus volontiers Georgiana à sa contemporaine, Marie-Antoinette, telle qu’elle a été décrite dans le film de Sofia Coppola. Marie-Antoinette avait un mari qui, s’il ne la trompait pas, n’était ni proche ni vraiment démonstratif ; elle était scrutée en permanence par ceux qui voulaient soit se servir d’elle, soit la faire tomber ; Elle dut renoncer par devoir à l’homme qu’elle aimait ; et finalement, puisqu’on ne lui concédait aucun rôle politique, elle chercha à se prouver sa propre utilité en influençant la mode et les arts.
     
    En revanche, le film de Saul Dibb n’a techniquement que peu à voir avec celui de Coppola. Ici, pas d’anachronismes rock’n’roll ni de métaphores transparentes. Malgré une esthétique belle et très soignée, la réalisation est relativement linéaire (certains ont même dit « plate »).  L’intérêt principal réside du film dans l’histoire qu’il raconte. Et elle est très bien racontée, par des acteurs inspirés par leurs personnages.
     
    A commencer par le toujours grandiose Ralph Fiennes qui joue ici le Duc du Devonshire, l’horrible mari égoïste, adultère et despotique. Lui confier ce rôle était un parti pris hasardeux. Dans la réalité, la différence d’âge du Duc et de la Duchesse n’était pas si importante (dix ans tout au plus, et pas trente). Souligner tout ce qui séparait Georgiana de William rendait le rôle d’autant plus difficile à défendre, mais le défi a été relevé haut la main. On serait tenté d’interpréter les choses de façon manichéenne : si Georgiana est une victime, c’est donc qu’il y a un coupable. Mais le personnage est plus complexe que cela : lui aussi est victime de son statut, de ce rang qu’il doit tenir. Si une société qui se libéralisait un peu pouvait admirer une femme comme Georgiana, instruite et indépendante d’esprit, un vieux relent de misogynie entrainait toujours les gens à mépriser un mari inférieur à son épouse. Et c’est là le drame de cet homme, à qui on a toujours appris que d’être Duc du Devonshire était suffisamment important, et qui n’a rien accompli par lui-même en fin de compte. Son paradoxe est que socialement il ne pouvait pas se permettre d’épouser une femme qui n’aurait pas été parfaitement accomplie, mais qu’humainement il ne pouvait que se joindre à la masse des admirateurs de son épouse, ce qui lui était insupportable. C’est pourquoi il s’est tourné vers Bess Foster, qui avait besoin de lui, et avait de l’admiration pour lui. Ralph Fiennes, tout en sobriété, rend parfaitement flippant et détestable cet homme finalement assez pathétique.
     
     
    Dominic Cooper, en second lieu. Le nouvel acteur british qui monte, et en qui je crois beaucoup, démontre une nouvelle fois son potentiel en incarnant l’idéaliste et passionné Charles Grey, qui devait devenir, quelques années plus tard, le fameux « Earl Grey », premier ministre de William IV. C’est encore une fois un rôle de jeune premier qui va comme un gant à son charme atypique. Pas de vrai challenge, mais ça lui permet, en attendant des rôles plus fouillés, de faire ses gammes.  
    Et surtout, Keira Knightley bien sûr, qui espère, trébuche, souffre et se relève avec l’élégance et le feu qu’on lui connait, sans minauderie et avec un vrai souci du détail. C’est le premier film où elle m’a fait pleurer, dans la scène où elle confie Eliza au général Grey.
     
    En bref, une très belle biographie, sans doute très proche de la réalité, filmée dans les lieux mêmes où ont vécu les Cavendish. Les costumes sont d’une minutie impressionnante. C’est beau, c’est émouvant, c’est intéressant, et c’est extrêmement reposant par rapport aux films d’action.