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16 August Une journée de pélerinageAyant pris spécialement ma journée de jeudi, je me suis levée de bonne heure et me suis dirigée tranquillement par de petites routes de campagne vers un petit village au coeur de mon département, à une heure environ de chez moi. Suivant de grands panneaux indicateurs, j'arrive au parking (ordinairement un champ de vaches, à en juger par les bouses disséminées ici et là), puis guidée par de gentils messieurs en gilet jaune fluo, j'ai garé ma voiture.
Suite du programme, deux kilomètres à travers les champs et les bois, jusqu'à ce que les dong dong du moulin à prière se fassent entendrent derrière les arbres. Encore quelques pas le long des barrières de sécurité, et me voici dans l'immense domaine du centre bouddhique de Plouray. Ordinairement, c'est un endroit paisible et calme, parfait pour la méditation. Difficile de s'en rendre compte ce jour-là. A 10h30, la grande tente boutique/salle d'expo/caféteria est déjà pleine de monde et de petits groupes se sont installés sur la pelouse. M'installant de même face au temple, je regrette déjà de n'avoir prévu qu'un petit gilet et pas de k-way, car le temps est frisquet et légèrement menaçant. Mais tant pis, vaille que vaille, je ne suis pas venue en touriste, et je ne vais pas me préoccuper de la météo. Je sors un bouquin que je veux finir, et l'attente commence, entrecoupée de quelques averses durant lesquelles je continue à lire sous mon parapluie.
![]() Cent pages et trois heures d'immobilité plus loin, je referme mon livre, m'étire et regarde autour de moi. Les étendues d'herbe sont noires de monde, du chapiteau à la stoupa. Des enfants font tourner le moulin sans dicontinuer, comme si c'était un manège. Par une porte latérale du temple, des pratiquants font la queue. Chacun retrouve ses amis, on discute, on pique-nique, j'entends certains s'étonner que la cafétéria ne propose que des sandwichs végétariens. On prévoit encore une heure d'attente. J'étends mes jambes, profitant des rayons de soleil qui percent.
Un peu après 14h00, quelqu'un s'avise que la grande étendue derrière nous ressemble fort à une piste d'atterrissage pour hélicoptère. Aussitôt un mouvement de foule s'amorce pour s'amonceler le long des barrières. Persuadée pour ma part qu'une arrivée en hélicoptère est une hypothèse un peu rock'n'roll, je ne bouge pas, me tatant pour savoir si je me lève pour aller faire un tour jusqu'au chapiteau pour me dégourdir les jambes, ou si je reste pour conserver ma place, pas top mal située. La flemme et un léger engourdissement prennent le dessus.
A 14h20, un gros bourdonnement se fait entendre. J'avais tort : trois hélicos apparaissent à l'horizon. Tout le monde se lève tandis qu'ils tournoient autour de nous et se posent. Dans l'un d'entre eux, un homme en rouge et jaune safran, coiffé de gros écouteurs, se penche et nous envoie un signe par la fenêtre. Quelques minutes plus tard, la délégation au complet est descendue des hélicoptères. Les premiers applaudissements retentissent et se transforme en ovation. Le dalaï-Lama est parmi nous.
Accueilli par les moines du centre et quelques officiels au son des trompes, il entre dans le temple où l'attendent ses fidèles. Il y reste une demi-heure, durant laquelle il les bénit et leur donne un enseignement sur l'éveil. Puis il ressort, sous une nouvelle ovation de la foule, et s'assoit à la place d'honneur tandis que Monsieur le maire de Plouray lance la cérémonie par un discours d'introduction. Soulignant l'importance du centre pour la ville de Plouray et les efforts de la congégation et des bénévoles, il a salué le rayonnement de Sa Sainteté et de son message de paix dans le monde. Le Dalaï-Lama a ensuite remercié le maire en lui offrant une katta. Puis deux enfants plouraysiens, une fille et un petit garçon en costumes traditionnels, ont offert plusieurs cadeaux, dont un chapeau breton, que Sa Sainteté a porté avec amusement pendant plusieurs minutes. Les deux enfants ont également reçu des kattas, ainsi que l'évèque de Vannes.
![]() Ensuite, dans un anglais fortement teinté d'accent, et simultanément traduit par son interprète officiel Mathieu Ricard, il s'est adressé à nous. Nous remerciant de nos visages souriants, il a entamé son allocution en disant qu'un sourire entre deux personnes abolit tous les obstacles. Et qu'il faut donc cultiver les émotions qui nous donnent le sourire, comme l'amour et la compassion. Car au contraire des émotions négatives, la haine, la peur, la rancune, l'avidité, la jalousie, qui non seulement nous éloignent les uns des autres, mais en plus nous nuisent à nous-mêmes, et même à notre santé (au travers du stress par exemple), les émotions positives nous aident à acquérir la paix intérieure, qui nous permet de construire la paix autour de nous.
L'amour et la compassion sont naturels et innés. Chaque être qui vient au monde doit sa survie à l'amour et l'attention naturelle de sa mère. Il faut entrainer cette capacité que nous avons afin de pouvoir éprouver de l'amour et de la compassion non seulement en retour de ceux que nos amis et nos proches nous donnent, mais aussi envers ceux qui nous sont inconnus, et même ceux que nous appelons nos ennemis. Car tout être, quels que soient ses actes envers nous ou envers quiconque, est comme nous fondamentalement bon, et connait des souffrances qui méritent de recevoir notre compassion. Et face aux petits désagréments gênants mais provenant d'actes dénués de malveillance, il ne faut pas se laisser aller à l'agacement ou l'impatience, mais les voir comme "des vagues à la surface de la mer, qui vont et viennent, sans perturber en rien les profondeurs de l'océan."
Les féministes apprécieront d'apprendre que, revenant sur l'aspect "biologique" inné de l'amour en nous, il est revenu sur la maternité, celle qui transmet et enseigne l'amour. Il a raconté une anecdote : au cours d'un vol de nuit long courrier, il s'était trouvé en compagnie d'une famille avec un bébé. Ce bébé avait pleuré toute la nuit. Si le père avait pris soin du bébé au début du voyage pour soulager un peu son épouse, il s'était bientôt endormi. La maman par contre, avait veillé toute la nuit pour soigner et soulager son enfant. Sans vouloir simplifier ou généraliser, il semblerait donc que les femmes ait une capacité plus grande à éprouver l'amour et la compassion. Ceux qui par le passé sont devenus des héros etaient souvent des hommes, dont le mérite était de se battre et de tuer beaucoup d'ennemis. Au contraire, les métiers qui soignent, qui soulagent les souffrances, sont aussi souvent des femmes. C'est pourquoi il souhaite que les femmes jouent un rôle de plus en plus important dans la gestion des affaires du monde, car il a foi en leur pouvoir de paix et de compassion.
Ponctuant son discours de plaisanteries, il a souligné notre habitude de dépenser beaucoup de temps et d'argent en médicaments et cosmétiques, alors que la culture des émotions positives, et c'est apparement une chose médicalement prouvée, agit positivement sur notre métabolisme. (Je ne parlerai pas ses propos sur la beauté intérieure, j'aurai l'air tarte, mais l'intention y est).
Finalement, en remerciant encore chacun pour sa présence, et en félicitant les deux jeunes plouraysiens avec leurs très beaux vieux costumes et leurs frais visages pleins d'avenir, il a dit comme il aimait le chapeau rond et comme il aurait aimé l'avoir dans l'hélicoptère, pour se protéger du soleil. Enfin, à propos des drapeaux tibétains qui ont flotté dans la foule durant tout son discours, il a remercié pour la solidarité envers le peuple tibétain, nation ancienne avec un héritage culturel immense et magnifique, qui passe par des moments si difficiles et est actuellement en passe d'être détruit. Seule allusion à caractère politique de l'après-midi, ce sera aussi la fin de l'intervention.
Après un petit café et une tentative pour voir les livres proposés à la boutique, littéralement prise d'assaut, je me suis redirigée vers le parking au milieu d'un long cortège, tandis que les hauts-parleurs annoncent que Sa Sainteté ne quittera plus ses appartements de la journée. Quand j'arrive à ma voiture, deux des hélicoptères nous survolent. Le troisième reste sur place, probablement. Il emmènera le lendemain le Dalaï-Lama vers Nantes. ![]() 21 February le couple de l'annéeLa période actuelle étant aux récompenses, je tenais spécialement à attribuer mon propre "award" du duo d'enfer, que vous n'aurez pas manqué si vous suivez un tant soit peu Ugly Betty.
Héros des temps modernes où l'ambition est la seule loi qui vaille, ils démontrent individuellement ou ensemble qu'il est possible de commettre les pires coups de Jarnac en restant attachants.
De garder la ligne tout en étant incapable de soigner son cœur en crise autrement qu'en se goinfrant.
De s'habiller n'importe comment en osant les harmonies de couleurs les plus audacieuses et malgré tout avoir la classe et même pouvoir se moquer de Betty qui elle s'habille n'importe comment et ose les pires harmonies de couleur sans jamais approcher à moins d'un kilomètre de la seule notion d'élégance vestimentaire.
Ajoutons à ça qu'ils sont férocement drôles, formidablement doués pour les grimaces, terriblement inventifs dans leur démarche et leur gestuelle, et que malgré leur essence fondamentalement diabolique, ils sont incroyablement humains. Ils sont le sel et le poivre de cette série. Ladies and gentlemen, please welcome warmly Marc and Amanda.
![]() ![]() 26 September Le petit prince de New YorkIl y a trois ou quatre ans, France 2 choisissait comme « artiste de l’été » un chanteur qui n’était pas sud-américain, qui ne dansait pas la samba, qui ne chantait pas la macarena, ni la lambada, ni rien qui ressemble de près ou de loin à la carnavalera. Il s’agissait d’un jeune pianiste New Yorkais de 21 ans, donnant dans le jazz type piano-bar. Je venais de faire connaissance avec Peter.
![]() Peter Cincotti sort cette semaine son troisième album, et c’est bien. Je ne m’attendais pas à ce que ce disque sorte avant février. Sa sortie lundi a donc été une bonne surprise dans ma vie grise et monotone (et nulle et chiante et tuante…) Raaah, merci Peter d’être là pour m’empêcher de me jeter par la fenêtre !
Peter Cincotti est l’un des seuls artistes dont je possède tous les albums, c’est dire si je l’aime. Il n’y a que Lynda Lemay qui soit complète dans ma musicothèque à part lui. Je ne compte pas ceux qui n’ont sorti qu’un seul album, comme par exemple Sallie-Bat-Des-ailes, parce que là bien sûr ça ne signifie pas grand-chose. Vous me direz, trois albums, ce n’est pas non plus extraordinaire. Mais après tout, sa carrière est toute jeune, laissez lui le temps de bosser et d’en sortir d’autres, arrêtez d’être aussi impatients, c’est vrai quoi, zut aussi !
En plus, ce troisième album présente une différence majeure avec les deux autres : sur les deux premiers, les deux tiers des morceaux étaient des reprises de vieux standards (Sway, Rainbow connection, You don’t know me, Miss Brown, I love Paris, Ain’t misbehavin’, Saint Louis Blues…). Là, tous les morceaux sont de lui. Moins swing-jazzy que d’habitude, plus moderne sans doute, plus personnel. Mais toujours aussi agréable à écouter.
Outre Goodbye Philadelphia, que tout le monde a entendu maintenant (sauf ceux qui n’allument jamais la radio), Peter chante aussi les noctambules superficiels de L.A (Angel Town), une vieille histoire d’amour à New York (Cinderella Beautiful), son envie de quitter la ville et revenir aux choses simples (The Country Life), bref, un road trip around USA, mais pas seulement. Il y a aussi December Boys, qui sera sur la BO du prochain film de Dan « Harry Potter » Radcliffe, ou comment c’est triste de grandir et de laisser derrière soi ses rêves d’ado. Be careful, ou le manifeste des derniers gentlemen déroutés par ces femmes trop indépendantes. Et encore plein d’autres.
03 August Audrey![]() Qui mieux que Audrey Hepburn pourrait inaugurer une catégorie consacrée aux stars et films du temps jadis. Il parait qu’il y a encore des gens qui ne savent pas qui est Audrey Hepburn, et je trouve ça inadmettable ! Je pourrais vous parler de ses films. Et je le ferai, plus tard, mais un par un, parce que chacun de ses films mérite un billet à lui tout seul. Je pourrais aussi vous raconter toute sa vie, mais je ne le ferai pas, je citerai juste les passages les plus intéressants, et pour le reste, si ça vous intéresse, vous n’aurez pas de mal à trouver des biographies.
Le truc avec Audrey, c’est que c’est plus qu’une actrice, c’est plus qu’une star, c’est un symbole, une icône. Mais comment cela se fait-il ? Parce que parmi toutes les stars de l’âge d’or d’Hollywood, Audrey fait partie des plus célèbres. D’accord, peut-être pas aussi célèbre que Marilyn Monroe ou James Dean, parce que pour entrer dans la Légende, il vaut mieux mourir jeune, de façon tragique et si possible mystérieuse. Mais même si son nom ne vous dit rien, même si son visage ne vous dit rien (et si c’est le cas, c’est que vous vivez dans une brouette, mon conseil : ça fait pas de mal de sortir le dimanche pour se cultiver un peu) vous avez forcément au moins entendu parler de Diamants sur canapé ou My fair lady.
![]() Dans les années 50, quand elle a commencé à faire du cinéma, les actrices en vogue étaient Marilyn, Lana Turner, Ava Gardner, Elizabeth Taylor, bref, des physiques plutôt pulpeux au service de rôles de femmes fatales, ou d’idiotes, selon que le film était une comédie ou un drame. Audrey a imposé sa différence. D’avoir passé son adolescence dans la Hollande occupée lui a causé des problèmes de malnutrition qui ont provoqué chez elle tout un tas de maladies (anémie, asthme, jaunisse, œdèmes…) affectant définitivement son métabolisme. Toute sa vie, elle est restée extrêmement mince, elle n’a jamais réussi à prendre du poids. Ça a l’air d’un avantage, comme ça, mais ça lui a valu cinq fausse-couches et beaucoup de rumeurs sur de soi-disant troubles alimentaires. En tout cas, sa silhouette contrastait beaucoup avec celles des pulpeuses susmentionnées, et elle est devenue la référence pour toutes les femmes qui ne pouvaient pas se permettre de grands décolletés. Là-dessus, elle a réussi à conjuguer sa classe imposante et son sens de l’élégance avec sa jeunesse, sa fraicheur et son allure fluette de petit lutin. Sans doute d’être européenne, issue d’une famille riche et aristocratique, aide-t-il à savoir se conduire en société et devenir amie avec les grands créateurs.
![]() Un jour de 1951, Colette (l’écrivain) remarque dans un hôtel de la Côte d’Azur ce petit bout de jeune fille de 22 ans, qui jusque là gagnait sa vie en dansant dans des revues de Music-Hall ou en faisant de la figuration dans des films britanniques (genre la demoiselle du bistrot qui se balade avec un panier en disant “cigares, cigarettes, cigarillos…”). Elle tourne Monte-Carlo Baby, elle ressemble à un petit lutin, et Colette prend la décision immédiate et irrévocable d’en faire sa Gigi. Sur les planches de Broadway, elle fait un triomphe, bien que la pièce soit par ailleurs descendue en flèche par les critiques. Et elle se voit offrir direct un rôle principal pour son premier film américain, Roman Holidays. En deux temps trois mouvements, elle est en haut de l’affiche (en dix fois plus gros que n’importe qui son nom s’étalait), elle est nominée aux Oscars ET ELLE GAGNE ! (du premier coup, faut le faire), et en plus de ça, le public du monde entier l’adore, et elle impose le tout nouveau tout beau “style Audrey Hepburn” sur la couv’ des magazines de mode.
![]() Mais la classe et l’élégance, ce n’est pas seulement savoir assortir les accessoires, ou améliorer une création de haute couture avec une ceinture ou un foulard. La classe, c’est un comportement, une manière d’agir, ça peut même être une philosophie. Dans la vie comme au travail, Audrey ne faisait jamais sa diva, elle était sympa avec tout le monde, et quand il lui arrivait de s’énerver, ce qui était très occasionnel et, j’en suis sûre, toujours justifié, (comme quand on lui a annoncé qu’elle serait doublée pour My Fair Lady, alors qu’elle s’était cassée à prendre des cours de chant), elle revenait immédiatement présenter ses excuses. En fait, c’est typiquement la fille tellement sympa que tout le monde veut être son ami, et qui finalement a tellement d’amis qu’aucun n’y trouve son compte (il y a trop d’gens qui t’aiiiiiment…)
En 1988, elle est devenue Ambassadrice de l’UNICEF, et c’était pas pour de rire. Non seulement elle s’est servie son image et sa notoriété pour faire connaitre l’organisation, lever des fonds et attirer l’attention sur les causes qu’elle défendait (ce qui aurait été déjà pas mal, et à la base, on ne lui en demandait pas plus), mais elle a elle-même voyagé dans plusieurs pays du Tiers-Monde en situation de guerre ou de famine, visité des camps de réfugiés, et cela presque jusqu’à sa mort d’un cancer en 1993. Elle a dit un jour “Nous avons deux mains, l’une pour nous aider nous-mêmes, la seconde pour venir en aide aux autres”. Peut-être que la misère dont elle a été témoin a accéléré sa fin, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle a cru en ce qu’elle faisait, et que ce n’était pas que de la figuration ou de la publicité.
![]() Elle a joué dans des films qui restent de grands classiques, avec des partenaires plus charmants les uns que les autres (Gregory Peck, Humphrey Bogart, Fred Astaire, Gary Cooper, Burt Lancaster, George Peppard, Cary Grant, Peter O’Toole, Albert Finney, William Holden, Richard Crenna, Sean Connery, Robert Wagner (bon quand je dis “plus charmants les uns que les autres”, disons qu’il y en a pour tous les goûts.)) Et malgré ces partenaires grandioses, on ne voit qu’elle. C’était une source de lumière. Elle était tellement sensible, tellement à fleur de peau, qu’elle semblait pouvoir passer du rire aux larmes comme un rien. Et nous avec. C’était une actrice de talent, et c’était une femme de cœur.
20 July Toutes les féministes ne s’appellent pas SimoneJ’étais là à me demander comment lancer cette nouvelle page, quand je me suis rappelée d’un article que j’ai lu dans un Cosmo, “NOUS SOMMES TOUTES DES FEMINISTES” (Sylvie Overnoy, Cosmopolitan n° 367, Juin 2004) et qui disait entre autres, je cite :
«C’est peut-être que je viens de refermer “Comment Simone de Beauvoir est morte en Australie”, un très joli petit livre de Sylvia Lawson (Le Fil Invisible) qui raconte l’aventure d’un groupe de femmes à Sydney, leurs tentatives pour s’épanouir en dehors du fait de posséder un garage à deux places, essayer d’arranger un peu le statut des aborigènes, et les réunions où elles s’écharpaient sur le “Deuxième Sexe”, ce qui change un peu du débat string-culotte, même si j’adore les sous-vêtements, c’est bien simple, je ne peux pas vivre sans.
Ce que je voudrais dire, c’est juste ça. C’est qu’on peut être féministe et s’interroger sur la plus jolie couleur de vernis à ongles. Être féministe et aimer les comédies romantiques. Être féministe et s’éclater à mijoter un crumble d’agneau au citron confit. On peut également être féministe et aimer passer l’aspirateur, être féministe et aimer les hommes, et d’ailleurs, on peut être féministe et être un homme. Mais on est féministe. Pour une raison toute simple : c’est seulement comme ça qu’on a le choix. Par exemple, celui de gagner sa vie et de garder ses sous.
Oh, bien sûr, le féminisme n’est pas parfait. […] De même, les féministes ne sont pas toujours toutes d’accord. Sur un sujet comme le voile, par exemple : il y a les laissez-faire, les jamais-ça. […] Mais ce qui fait l’unanimité, c’est que peut importe comment elles sont habillées : toutes les filles doivent pouvoir bénéficier au maximum de l’éducation. Et du respect de la société. […] Ça a l’air du minimum syndical ? C’est du féminisme.
Le féminisme, c’est pouvoir dire “J’ai pas envie de travailler” et s’entendre rappeler que quitter le monde du travail, par les temps qui courent, est assez risqué. Le féminisme, c’est pouvoir commettre autant d’erreurs qu’un homme sans s’entendre traiter de gonzesse. Le féminisme, c’est avoir le droit de monter dans le train, et aussi celui de le conduire. Bref, le féminisme, c’est exactement comme l’argent : on peut se dire que ce n’est pas le plus important. Mais essayez donc de faire sans. »
Je sais que c’est une très longue citation, mais admettez que ça n’était pas possible d’en prendre seulement des petits bouts. Cet article s’accorde parfaitement avec le sujet que je vais traiter dans ce billet : Jean Webster, qui est en ce moment mon écrivain préféré, et qui le restera sans doute un bon bout de temps.
![]() Alice Jane Webster était la petite-nièce de Mark Twain (auteur de Tom Sawyer et Huckleberry Finn) et son père était éditeur. Elle grandit donc dans une atmosphère littéraire, et fit des études universitaires à Vassar, ce qui a l’époque (à peu près les années 1895-1900) était encore assez rare. Ses camarades étaient principalement des jeunes filles de bonne famille, qui ne venaient que pour se cultiver un peu et parce que les études étaient à la mode. Elles ne pensaient pas à s’instruire pour s’émanciper, la plupart se mariaient dès leur diplôme en poche. Jean, quant à elle, s’intéressa de près à la politique, au vote des femmes, aux réformes sociales et à la philanthropie, et surtout à l’écriture puisqu’elle travailla comme journaliste et écrivit plusieurs pièces et nouvelles, avant même d’être diplômée. Ensuite, tout en voyageant de par le monde en bonne globe-trotter, elle devint écrivain à part entière. Comme elle a l’esprit indépendant, elle ne fait pas comme ses contemporaines, qui créent des héroïnes romantiques et sentimentales, toutes plus tartes les une que les autres. Elle s’inspire de la vie universitaire et de ses emplois d’aide sociale pour parler des femmes de son époque, qui petit à petit prennent conscience de leurs droits et les revendiquent. Elle publie en 1903 When Patty went to college, qui met en scène Patty Wyatt et ses amies Priscilla, Bonnie et Georgie, au cours de leur dernière année à l’université. Elle reprendra les personnages de Patty et Priscilla, accompagnées cette fois de Connie, quelques années plus tard, en 1911, dans Just Patty (en français Trois petites américaines) qui décrit leur dernière année de lycéennes dans un pensionnat de jeune filles. C’est donc un prequel, publié après mais l’histoire se passe avant. (vous suivez ?) Just Patty sert aussi de prequel à Jerry Junior, publié en 1907, où on suit Connie durant ses vacances en Italie. Entre 1905 et 1909, Jean Webster écrivit trois autres romans, The Wheat Princess, the Four Pools Mystery et Much ado about Peter. Mais toute cette partie de son œuvre reste largement méconnue.
En 1912, elle rencontre enfin le succès grâce à Daddy Long Legs (Papa-Longues-Jambes), qui est son roman le plus célèbre. Elle y raconte comment Judy Abbott, orpheline élevée dans un foyer, et n’ayant reçu qu’une instruction médiocre, retient l’attention d’un des bienfaiteurs de l’institution grâce à un essai qu’elle a écrit en cours d’anglais. Ce riche philanthrope offre de l’envoyer à l’université afin d’en faire un écrivain. En remerciement, Judy doit chaque mois lui écrire une lettre, pour lui parler de ses cours, de sa vie, de ses amies. Mais elle ne doit attendre de lui aucune réponse, car il souhaite rester anonyme. Papa-Longues-Jambes est un roman épistolaire, qui rassemble les lettres de Judy à son mystérieux bienfaiteur pendant quatre ans. Quatre années pendant lesquelles, de petite orpheline inculte et marginale, elle deviendra une femme brillante et indépendante. Quatre années où elle cultivera des amitiés durables, et où elle trouvera sa place dans le monde.
Dear Enemy fait suite à Papa-Longues-Jambes. Sallie McBride, la meilleure amie de Judy, se voit offrir le poste de directrice de l’orphelinat où Judy a grandi, et renonce à sa vie de fille-à-papa gâtée pour prouver à tout le monde, mais d’abord à elle-même, qu’elle a les capacités de le faire. Écrit sur le même mode, il contient les lettres de Sally à Judy, ainsi que celles qu’elle écrit à son fiancé Gordon, et au docteur Robin MacRae, avec qui elle travaille et qu’elle surnomme affectueusement “Dear Enemy” à cause de leurs fréquents désaccords (d’où le titre). ![]() Jean Webster est morte en 1916 des suites de son accouchement. Elle a publié 8 romans, en plus de multiples pièces et nouvelles. La plupart sont introuvables aujourd’hui, car ils n’ont pas été réédités depuis des décennies, et pour certains jamais édités en français, car ils sont considérés comme des livres pour enfants, donc de faible intérêt. C’est dommage, car outre le fait qu’elles soient bien écrites, et traitant de sujets parfois lourds avec beaucoup de légèreté et d’humour, ses histoires mettent surtout en avant des héroïnes pas si classiques, même encore de nos jours (où on trouve en revanche toute l’œuvre de Barbara Cartland dans tout bon supermarché, si c’est pas une preuve que la consommation de masse nous abrutit !) Patty, Judy, Sallie ont du charme, de l’intelligence, de l’humour. Elles ont des opinions et veulent les exprimer. Elles ont des ambitions et refusent d’y renoncer. Mais elles aiment aussi porter de nouvelles robes, aller au bal, courir dans les champs, s’amuser. Elles tombent amoureuses, si l’occasion se présente. Ce ne sont ni des princesses cruches au possible qui ne font rien qu’attendre leur prince charmant, ni des garçons manqués qui pensent que pour être aussi respectée qu’un homme, il faut se comporter comme un homme (style Jo March, entre autres). Elles sont à la fois féminines ET féministes. Les personnages de Jean Webster ont une éducation et une élégance perdues depuis le début du XXème siècle. Elles ont aussi la force de caractère qu’il faut pour faire progresser les mentalités des gens qui les entourent. Elles sont, à mon avis, ce que les femmes d’aujourd’hui devraient aspirer à être, parce qu’elles savent vraiment ce que vaut la liberté. Elles ne renoncent ni à ce qu’elles sont, ni à ce qu’elles veulent être.
Je conseille à toutes les mamans de renoncer à lire La Belle au Bois Dormant à leurs petites filles et de leur lire Papa-Longues-Jambes à la place, comme ça la prochaine génération sera peut-être faite d’admirables grandes dames, plutôt que de dindes bêtement romantiques comme on en trouve encore, et qui préfèrent baisser les bras plutôt que de risquer d’affronter la solitude. Et relisez les aventures de Bridget Jones, tant que vous y êtes, elle tient assez des filles de JW (mais la classe en moins).
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