Nataka's profileWelcome to my little cor...PhotosBlogListsMore Tools Help

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    27 September

    Décatrigrammes

     
    L'heure secrète
    (Titre original : Midnighters, 1- The Secret Hour)
    De Scott Westerfeld
     
    Quelques jours après son arrivée à Bixby, Oklahoma, Jessica Day découvre qu’à minuit, le temps s’arrête. Une vingt-cinquième heure commence, une heure secrète qui appartient aux créatures de la nuit. Cette heure supplémentaire n’est perceptible que pour quelques humains, les Midnighters.
    Bien qu’elle soit l’une d’entre eux, Jessica est différente de ses nouveaux compagnons. Contrairement à eux, elle ne possède aucun pouvoir. Pourtant, sa simple présence a déclenché le réveil des Darklings, de redoutables fauves nocturnes.
     
    Scott Westerfeld s’est d’ores et déjà fait un nom dans la littérature jeunesse fantastique, et à présent que j’ai lu L’heure secrète, je comprends pourquoi et j’ai très envie de lire sa saga UgliesDans le premier tome de la trilogie des Midnighters, il parvient à créer en quelques chapitres les codes d’un univers qui, sans être réellement un autre monde, possède ses propres règles. On appréhende très vite le fonctionnement de l’heure bleue, sans avoir besoin de longues explications encyclopédiques.
     
    D’autre part, les Midnighters sont en nombre assez réduit. C'est-à-dire, suffisamment peu nombreux pour que chacun ait sa propre personnalité, ses propres problèmes, ses interrogations. Mais suffisamment nombreux quand même pour que leurs relations soient compliquées et intéressantes à explorer. Jessica, qui est le personnage central, ne sait rien de l’heure bleue et a tout à découvrir. Les autres, en revanche, ont déjà une expérience solide de la nuit, un passé en commun, y compris des disputes, des rancunes et des secrets.
     
    Ca se lit facilement, et avec plaisir. Et même si ça parle d’adolescents, et occasionnellement d’émois adolescents, ça ne bêtifie jamais. Le premier tome fait surtout office de mise en place, mais on sent déjà, dans toutes les questions laissées sans réponse, que l’auteur sait où il nous emmène, et qu’on aura plaisir à l’y suivre. Vivement la suite.
     
    24 September

    The last night that she lived, it was a common night

     
    Except the dying
    De Maureen Jennings
     
    Un matin d’hiver 1895, le cadavre de Thérèse Laporte, jeune domestique québécoise, est découvert nu, dans la neige, au fond d’une ruelle. Murdoch, récemment promu détective, enquête sur les possibles témoins du meurtre, ainsi que sur les employeurs de la victime.
    Sur son temps libre, il tente d’améliorer sa vie sociale pour oublier sa fiancée, Liza, morte deux ans plus tôt.
     

    Under the dragon’s tail

    De Maureen Jennings

     

    Murdoch est chargé de l’enquête sur la mort de Dolly Shaw. Autrefois sage-femme, la victime était alcoolique et très antipathique, et gagnait sa vie en monnayant son silence auprès de celles de ses clientes qui avaient un besoin désespéré de discrétion.
    Pendant ce temps, en vue du tournoi inter-station de la police de Toronto, Murdoch doit s’entrainer à la course cycliste et découvrir qui essaie d’empoisonner George Crabtree, le meilleur espoir de la station 4 pour la compétition de lutte.
     

    Poor Tom is cold

    De Maureen Jennings

     

    L’agent Oliver Wicken est retrouvé mort sur le circuit de sa ronde nocturne. Une note retrouvée sur lui laisse à penser qu’il s’est suicidé à cause de sa rupture avec sa fiancée. Or non seulement personne ne savait qu’il était fiancé, mais aucun de ses collègues, à commencer par Murdoch, ne peut croire à son geste.
    Dans une maison toute proche de l’endroit où Wicken est mort, une jeune femme a été enlevée de force et emmenée à l’asile par les enfants de son mari, après qu’elle les ait accusés d’avoir assassiné son petit garçon.
     

    Night’s child

    De Maureen Jennings

     

    Amy Slade, jeune institutrice progressiste, trouve dans le casier d’Agnès Fisher, une de ses élèves âgée de treize ans, des photographies à caractère pornographique. Dont une d’Agnès elle-même. Le lendemain, Agnès ne vient pas en classe. Amy se rend à la station n°4 et demande à Murdoch d’enquêter discrètement.
    Murdoch doit également découvrir qui tente de discréditer à coup de lettres anonymes son collègue, le sergent Charlie Seymour, et faire face au départ prochain d’Enid Jones, la jeune femme qu’il fréquente depuis quelques mois.
     
     

    Alors que mes parents s’apprêtent à partir pour un périple qui lès emmènera de Toronto à Québec, les petits veinards, je suis pour ma part en train d’en finir péniblement avec Night’s child, le cinquième tome des Detective Murdoch Mysteries. Sur sept volumes publiés, j’en ai acheté cinq, et lus quatre. (J’ai sauté le quatrième, ne me demandez pas pourquoi, une impulsion du moment). Et je crois que je vais m’arrêter là.

     
    Les romans de la série des Murdoch Mysteries appartiennent à ce genre un peu bâtard qu’est le roman policier historique, où l’auteur donne pour cadre à son enquête une époque passée, à l’image par exemple de ce qu’Anne Perry a pu écrire. La principale difficulté pour l’auteur est de maintenir l’équilibre entre la partie « investigation », la plus importante car elle est la ligne directrice du livre, mais qui doit rester cohérente vis-à-vis du contexte qui lui est donné, et la partie « Histoire » qui se doit d’être juste et fidèle à la réalité historique, intéressante également car sinon l’exercice est inutile, mais sans tomber dans la pédagogie non plus car elle doit rester en retrait par rapport à la partie investigation.
     
    Les romans de Maureen Jennings, qui racontent les enquêtes du détective William Murdoch dans le Toronto de 1895, ont non seulement été bien accueillis par les lecteurs, dans plusieurs pays et plusieurs langues, mais ils ont aussi été salués par la critique. Certains ont même été récompensés. Je veux bien reconnaître que c’est à juste titre. L’auteur s’est manifestement appuyée sur un travail de recherche minutieux pour recréer la ville de Toronto telle qu’elle était à la fin du XIXe siècle, c’est à dire une ville moderne en pleine essor, où les nouveaux immigrants arrivaient chaque jour, et où la répartition de la population en couches sociales bien distinctes et hermétiques les unes par rapport aux autres était un état de fait accepté comme allant de soi. Murdoch se promène des quartiers les plus huppés aux rues les plus malfamées, à pied, en tram ou en vélo. Avec lui, on assiste aux enquêtes du coroner et aux autopsies, ramassis de préjugés et d’ignorance. On visite les asiles d’aliénés, les écuries et les cabarets. Et si, en tant que héros, il occupe le plus gros de l’espace, chaque personnage, même le moins important de l’intrigue, a droit à son chapitre, ou au moins ses quelques pages, pour que sa situation soit exposée et que le lecteur se trouve bien immergé dans cet univers. Du côté reconstitution, donc, rien à dire.
     
    Mais le problème, c’est justement que la reconstitution prend énormément de place. Certains passages, très utiles pour à installer une atmosphère, ne servent en revanche à rien dans l’intrigue. Certains personnages semblent n’être là que parce qu’ils vont bien dans le décor. A côté de ça, les enquêtes en elles-mêmes abordent des sujets parfois intéressants mais toujours glauques, comme l’avortement illégal, les violences sur enfants… A croire que personne ne tue simplement pour l’argent. Leur résolution est toujours fastidieuse, il n’y a absolument rien de ce processus qui permet au lecteur de démêler l’écheveau graduellement et de tirer ses propres conclusions. Les réponses arrivent tout bêtement, au moment où l’auteur a eu envie de les révéler. Ou bien elles n’arrivent pas. Certaines sous-intrigues sont carrément laissées sans solution à la fin.
     
    Et puis surtout, après avoir vu et beaucoup aimé l’adaptation en série de ces romans, j’ai été frustrée de ne retrouver dans ces derniers ni la même ambiance, ni vraiment les mêmes personnages. Je m’étais faite à un détective extrêmement brillant, passionné de sciences et technologies mais peu doué socialement (un geek, en somme), évoluant dans un décor qui restait sépia et élégant malgré les crimes qu’on y commettait. Les romans, plus réalistes, sont évidemment plus sombres, plus tristes, plus sales, plus sordides. Et mon William Murdoch y a complètement disparu. A sa place, il n’y a qu’un homme toujours déterminé à faire éclater la justice et la vérité, mais moins préoccupé par l’approfondissement de ses connaissances scientifiques que par l’idée, vraiment très obsédante, de mettre fin à son célibat.
     
    C’est sans doute un tort de juges une œuvre d’après son adaptation, mais je ne peux m’empêcher de trouver que les scénaristes de la série ont fait un travail formidable en approfondissant les points positifs des romans et en ajoutant les éléments qui leur manquaient, à commencer par de l’humour. Le tome 4 va repartir vers la PAL et va y rester quelques temps. Quant à moi, je vais passer à autre chose.

     

    25 June

    "I understand now what it means to be born again."

     
    Il y a des moments où je suis certaine d’avoir un ange gardien. Et il y a aussi des moments où je suis certaine que mon ange gardien est en RTT. (Et il en a plus que moi, le saligaud ! Ce n’est pas comme si je lui donnais beaucoup de travail, quand même !) En ce moment, par exemple, où mon ordinateur me lâche, encore, et où les récentes intempéries ont fait choir le plafond du hall de mon cinéma, conséquemment fermé pour cause de travaux. Il semble que la malédiction qui rend mon travail si pénible et fastidieux s’est étendue à mes heures de loisirs.
     
    Heureusement, j’ai aussi de bons amis doués en informatique qui me remettent le dedans de mon ordi en place, tout comme j’ai de bons amis doués en mécanique qui me remettent ma voiture en état (après plus d’un an avec le pare-choc en vrac, il était temps). Et donc, faute de pouvoir surfer, ou regarder des dvd (car mon lecteur est aussi dans mon ordinateur) ou aller au ciné, j’ai pu m’avancer dans ma lecture. Un petit peu.
     
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    The Blue Castle
    (Titre français : Le Château de mes Rêves )
    De Lucy Maud Montgomery
     
    A vingt-neuf ans, Valancy Stirling mène une existence terne entre sa mère et sa cousine, deux veuves austères et autoritaires. Elle n’a jamais obtenu ce qu’elle voulait de l’existence, et n’espère rien de l’avenir. Dédaignée, infantilisée et utilisée par les siens, elle n’a que deux échappatoires : ses rêveries du château bleu en Espagne qu’elle se construit depuis l’enfance, et les livres de John Foster, un naturaliste qui dépeint les beautés des forêts du Canada avec réalisme et poésie.
    Mais un jour, Valancy reçoit une lettre qui va la pousser à changer radicalement de vie, à dire et faire enfin ce qu’elle veut, à agir selon ses propres idées.
     
    Depuis que la diffusion des enfants d’Avonlea et du bonheur au bout du chemin, inspirés de ses romans, m’ont ouvert les portes du monde délicieusement suranné et chaleureux de Lucy Maud Montgomery, elle est devenue l’un de mes auteurs préférés. Et elle le reste, bien que ses intrigues soient souvent assez simples et légères, et plutôt destinées à un jeune public. L’Île du Prince Edward, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, m’attire irrésistiblement maintenant et je me suis jurée que si un jour je peux m’offrir un voyage au Québec, je ne manquerai pas de faire un crochet par l’Île.
     
    Exceptionnellement, et c’est même le seul de ses romans dans ce cas, The Blue Castle ne se passe pas sur l’Île du Prince Edward. Mais on ne perd pas au change, car ses évocations du district de Muskoka sont tout aussi enchanteresses que celles des chemins rouges d’Avonlea ou de la côte sauvage de Four Winds Harbour.
     
    Ce roman est aussi l’un des rares considérés comme étant des livres pour adultes. Après lecture, j’ai un peu de mal à voir ce qui le différencie de ceux que j’ai déjà lus. Certes, si l’on replace l’action dans son époque, les années 20, on se rend compte que certains sujets abordés ou suggérés dans le livre, comme l’alcoolisme, le fait d’avoir des enfants hors mariage, et l’ostracisme qui en découle envers les personnes « coupables » de ce genre de crimes de lèse-bonne société, n’étaient sûrement pas évoqués dans les conversations courantes, et encore moins devant les enfants. Mais en dehors de certains détails de ce type, The Blue Castle n’est pas réellement dépaysant pour qui aime L.M. Montgomery.
     
    La vraie différence tient surtout dans le fait que Valancy est une héroïne plus âgée que la moyenne, plus seule et plus désespérée, et qu’au lieu d’avoir l’avenir devant elle, elle considère d’ores et déjà sa vie comme un échec consommé. Elle a depuis toujours réprimé son aptitude au bonheur, et au moment où le roman débute, elle doit apprendre à vivre. La façon dont elle rejette tout à coup le sens des conventions exagérément strict qu’on l’a forcée à respecter jusque là pour prendre sa vie à bras le corps, en faisant ce qui lui parait bien et juste sans plus se préoccuper de ce que diront sa mère ou ses oncles et tantes en fait un personnage intéressant et plaisant, assez attachant pour qu’on passe sur les capillotractions de l’intrigue, qui sont paradoxalement aussi prévisibles qu’invraisemblables, surtout dans le dénouement.
     
    Et Barney, voilà un personnage masculin rare chez Montgomery, loin du ténébreux gentleman ou de l’adorable ami de cœur qu’on connait. Misanthrope, secret et taciturne, sauvage et parfois féroce, trainant une réputation déplorable et à qui on doute d’abord de pouvoir faire confiance. Quel romantisme dans la relation qui s’installe entre lui et Valancy ! Il me semble que mon esprit n’a pas pu quitter le cottage de Barney pendant plusieurs jours après que j’aie terminé ma lecture, tant l’année passée là m’a parue parfaite d'harmonie.
     
    Lucy Maud ne m’a encore jamais déçue ni lassée. Je suis bien contente qu’il me reste encore tant de ses romans à lire.
     
    25 April

    Dolichocéphale ou brachycéphale ? That is the question !

     
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    L'homme au complet marron
    (Titre original : The man in the brown suit)
    d'Agatha Christie
     
    Fille d’un éminent paléontologue, Anne Beddingfeld se retrouve seule au monde et sans le sou à la mort brutale de son père. Le bon sens voudrait qu’elle se trouve un mari qui s’occuperait d’elle. Seulement voilà, Anne n’est pas raisonnable, elle s’ennuie dans son village anglais et elle rêve d’aventures. Maintenant qu’elle n’a plus de comptes à rendre à personne, elle va profiter de sa liberté.
    Or, à peine arrivée à Londres, elle assiste à un drame : sur le quai du métro, un homme tombe sur les rails et meurt. Tragique accident ? Suicide ? Plusieurs détails donnent à Anne la curieuse impression que quelque chose ne colle pas. Sur la base de quelques indices, elle se lance dans une enquête qui va la mener jusqu’en Afrique du Sud.
     
    Attention à ce qu’on souhaite, on pourrait bien finir par l’obtenir. Anne cherchait l’aventure et le mystère, la voilà servie. Mais pas d’aventure sans une bonne dose de risque. Certes, ses compagnons de voyage sont des personnages hauts en couleur, agréables à côtoyer. Sauf qu’ils sont tous, à des degrés divers, mêlés à l’affaire de l’homme au complet marron.
     
    L’Afrique du Sud, bien que fascinante, fourmille de dangers. Falaises, fleuves immenses et leurs îles, mines de diamants avec les trafics innombrables qui se font autour, grèves et situation politico-sociale digne d’une poudrière. Anne s’apercevra bien vite qu’elle a mis les pieds dans une affaire bien plus complexe et ancienne qu’elle le pensait, dont les ramifications la dépassent de loin.
     

    Heureusement, elle est maligne et pleine de ressource. Et comme il ne saurait y avoir d’aventure dans la savane sans une héroïne tête brûlée et grande gueule et un héros bourru et bourlingueur, Madame Agatha n’a pas manqué d’ajouter son habituelle touche de romance.

     

    L’homme au complet marron est plus proche du roman d’aventure et d’espionnage que du roman policier à proprement parler. Nous sommes loin de l’ambiance feutrée d’un fumoir anglais où un monsieur à la moustache brillantinée chercherait à démontrer, à la manière Cluedo, qui a mis de l’arsenic dans le chocolat de tante Clarissa et comment le cousin Gontran a été poussé dans l’escalier. Ici, on nous emmène en voyage. Avec des gens charmants, qui plus est : Mrs Blair, une mondaine richissime et très affectueuse. Le Colonel Race, un ancien agent des services secrets britanniques ténébreux et séduisant. Et l’amusant Sir Eustace Pedler, un politicien qui aimerait couler une retraite tranquille mais qui est tyrannisé par son secrétaire particulier, le trop zélé Pagett.

     
    La qualité de ce livre est que les chapitres alternent le récit d’Anne et les extraits du journal de Sir Eustace. L’enthousiasme de la jeune fille quand elle raconte ses péripéties trouvent un bon contrepoint dans le ton mi-détaché mi-exaspéré du diplomate. J’admets que ça a d’abord été un écueil pour moi, aux premières lectures, parce que j’ai la mauvaise habitude de ne jamais lire les titres des chapitres. (Difficile de s’y arrêter quand on est en plein dans l’action.) Mais le point de vue de Sir Eustace peut se révéler essentiel, dans les moments où Anne ne se trouve pas avec lui. Et bien sûr, les révélations finales rendent le procédé d’autant plus savoureux.
     
    L’homme au complet marron est l’un des premiers livres d’Agatha Christie. C’est aussi, à mon avis, l’un des meilleurs. Très adaptable au cinéma.

     

    13 April

    "L'amour sera toujours victorieux de la haine, il le faut bien pour que l'humanité survive"

     
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    Nord et Sud
    (Titre original : North and south)
    De John Jakes
     
    Durant les vingt ans qui précèdent la guerre de Sécession, deux familles, l’une du Nord des Etats-Unis, l’autre du Sud, s’efforcent de maintenir leur liens d’amitié malgré leurs vues différentes sur la politique et le développement économique du pays, et notamment sur l’esclavage.
     
    Ce Nord et Sud n’a rien à voir avec celui d’Elizabeth Gaskell, que je lirai sûrement aussi, quand j’aurai fait le tour de George Eliott, de Jane Austen et des sœurs Brontë. Celui-là est américain, date de 1982 et fait partie des très nombreuses œuvres de littératures que la guerre civile américaine a inspirées. C’est en fait le premier tome d’une trilogie dont chaque volume traite respectivement de la marche à la guerre, du conflit et de la Reconstruction.
     
    C’est d’abord en tant que feuilleton télévisé que j’ai connu Nord et Sud. Cette série, qui jouait très fortement sur un effet de mimétisme avec Autant en emporte le vent , avait un casting prestigieux. Les rôles principaux étaient interprétés par Patrick Swayze, 2 ans avant Dirty Dancing, Kirstie Alley, 4 ans avant Allo Maman, ici Bébé, ou James Read, 16 ans avant Charmed mais 2 ans après Remington Steele (ce qui fait de lui la star du show à l’époque, comme quoi le succès c’est quand même aléatoire car, désolée, c’est vraiment ce que j’ai trouvé de plus significatif dans sa filmo…). On trouve aussi dans des rôles secondaires Olivia de Haviland, Elizabeth Taylor, Gene Kelly, Robert Mitchum…
    Comme elle est repassée récemment sur Arte, j’ai pu constater une fois de plus son kitschisme, qui est d’origine et n’est pas du tout dû au vieillissement. Mais j’ai surtout pu remarquer, ce que je n’avais pas fait au dernier visionnage il y a une dizaine d’années, à quel point une saga de ce genre peut être intéressante, et même pédagogique, car la multitude de personnages permet d’aborder autant de points de vue sur la situation compliquée des Etats Unis dans les années 1850.
     
    En 1842, Orry Main, fils d’un planteur de riz de Caroline du Sud, et George Hazard, fils d’un maître de forge de Pennsylvanie, se rencontrent sur la route de l’académie militaire de West Point. Leur amitié immédiate se trouvera renforcée par les années d’étude, puis par la guerre du Mexique qu’ils feront côte à côte. Cette amitié s’étendra ensuite à leurs deux familles, qui deviennent aussi partenaires en affaires.
    Mais au milieu de XIXème siècle, avec l’extension des territoires vers l’ouest, le fossé qui sépare les états du Sud, agricoles et esclavagistes, et les états du Nord, industriels, se creuse de plus en plus profondément. Les deux clans ne parviennent pas à concilier leurs positions. La sœur de George, Virgilia, est une abolitionniste fanatique, tandis que celle d’Orry, Ashton, fait partie des « maîtres » cruels qui abusent de leur autorité sur leurs esclaves. Si les autres ont des vues plus modérées et veulent surtout maintenir l’union nationale, il n’en reste pas moins que George exècre l’esclavage par principe, et qu’Orry ressent pour la Caroline du Sud un patriotisme farouche qui le rend très colérique lorsque les yankees viennent donner des leçons aux sudistes.
    Malgré le profond attachement qui les lie, les deux familles se trouvent séparées lorsque le pays se scinde en deux.
     
    J’ai trouvé un exemplaire de ce roman chez un bouquiniste, et c’est un peu un coup de bol parce que pour trouver ce livre en français, mieux vaut se lever de bonne heure. D’un autre côté, peut-être aurait-il mieux valu le lire en anglais. Plusieurs noms de personnages, sans doute trop originaux, ont été changés (Tillet, Orry, Ashton et Brett sont devenue Théo, Harry, Anne et Beth) et j’ai un peu peur que d’autres liberté aient été prises à la traduction.
     
     
    En dehors de ça, c’est un bon roman, plutôt prenant. Les personnages sont sympathiques et on s’attache suffisamment à eux pour poursuivre la lecture afin de savoir ce qu’ils deviennent.
    Le vrai problème est que l’auteur a trop voulu inscrire sa petite histoire dans la grande, et il a truffé son récit de références à des événements et des personnages historiques. Sauf qu’il s’est contenté de balancer des noms sans jamais rien approfondir ni expliquer, en supposant sans doute que les lecteurs, spécialistes de la politique américaine de la période pré-guerre, allaient immédiatement comprendre de quoi il s’agissait. Soit il en dit trop, et on sort complètement du récit pour entrer dans un livre d’histoire, soit il n’en dit pas assez, et on se prend à regretter qu’il n’y ait pas de notes de bas de page. Très honnêtement, mes connaissances sur la politique et l’armée de l’époque se limitent à Robert Lee et Fort Sumter, et j’ai eu besoin de Wikipédia tous les trois paragraphes pour savoir qui est qui, ce qui est assez parasitant.
     
    Il se peut que je me procure les tomes suivants. Ou il se peut que j’attende encore dix ans et une nouvelle rediffusion de la série à la télé. Parce que si on peut passer sur le jeu quelque peu minaudier de Lesley-Ann Down, le jeu exécrable de Terri Garber, le jeu outrancier de David Carradine ou Philip Casnoff, c’est quand même le format qui convient le mieux à une saga de ce genre.
     
    21 March

    A girl's got to do what a girl's got to do

     
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    One for the Money
    de Janet Evanovich
    (titre français : La prime)
     
    Stéphanie Plum, trente ans, n'a plus de boulot, sa télé est au clou, sa jolie petite voiture vient d’être saisie et sa mère la harcèle. Dernier recours, faire chanter son répugnant cousin Vinnie, qui dirige une agence de cautionnement, pour qu’il lui donne un job.
    Sauf que le seul job disponible est chasseur de prime remplaçant. Et le fugitif qu’elle doit appréhender, durant sa période d’essai, n’est autre que Joe Morelli, un flic accusé de meurtre. Un malin, un dur. Mais plus encore, un homme que Stéphanie a marqué d’une pierre blanche dans le calendrier de sa vie amoureuse. Autant dire que la lutte sera inégale. Mais puisque le frigo est vide, elle fera ce qu’il faut pour le remplir.
     
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    Two for the dough
    de Janet Evanovich
    (titre français : Deux foi n'est pas coutume)
     
    Après avoir tiré dans le genou d’un vieil ami de lycée, Kenny Mancuso emprunte l’argent de sa caution à Vinnie, le patron et cousin de Stephanie Plum. Ensuite, il disparait. Quand le vieil ami est tué, Stéphanie joint à contrecœur ses forces avec celles de son sexy adversaire Joe Morelli, enquêteur affecté aux homicides. Dans le même temps, Stéphanie cherche aussi 24 cercueils volés pour le compte de Spiro, héritier du funérarium Stiva et également ancien copain de lycée de Kenny. Et pour compliquer les choses, sa Grandma Mazur décide de la seconder dans son combat contre le crime.
     
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    Three to get deadly 
    de Janet Evanovich
    (titre français : A la une, à la deux, à la mort)
     
    Stephanie Plum devient persona non grata quand elle est chargée par son cousin Vinnie d’appréhender Oncle Mo, propriétaire d’une confiserie très respecté dans le Burg qui ne s’est pas présenté au tribunal après avoir commis un délit mineur. « Oncle Mo ne peut pas avoir fait quelque chose de mal », voilà ce que lui disent tous ceux à qui elle pose des questions. Mais quand des hommes masqués viennent la menacer pour qu’elle abandonne son enquête, elle comprend que Mo n’est pas le saint homme qu’on croit, et qu’il trempe dans des affaires louches, et même dangereuses.
     
    Si quand on vous parle de chasseuse de prime, vous pensez « Domino Harvey », oubliez. Stephanie Plum est son antithèse. Pas de collection d’armes cachées dans ses sous-vêtements, pas de réplique assassine quand elle met le grappin sur une cible. Elle fait ce boulot par obligation. D’accord, il y a des avantages : ça fait classe sur une carte de visite, et les horaires sont plus flexibles qu’à l’usine. Mais il y a aussi deux ou trois petites choses contraignantes. Il faut faire du sport pour se maintenir en forme (beuuuuuaaaaah !). Avoir des contacts dans les quartiers qui craignent. Posséder une arme. Ne pas avoir peur de s’en servir. Autant dire que Stephanie, fille de bonne famille du Burg de Trenton, n’est pas du tout à sa place dans le monde dur et macho de ceux qui combattent le crime à la frontière de la légalité.
     
    Plébiscitée par une frange non négligeable de la blogosphère, Janet Evanovich est l’auteur d’un certain nombre, pour ne pas dire un nombre certain, de romans qu’on pourrait classer dans la catégorie chick lit’. Or j’avais juré « plus jamais de chick lit’ pour moi ! » et je le pensais. Becky Bloomwood avait fini par me filer des envies de meurtres à la carte bleue.
     
    Sauf que tous les billets que j’ai lus sur la collection « Stephanie Plum » et consorts étaient élogieux, et surtout ils mettaient l’accent sur les sexy men dont Janet Evanovich a le secret, et sur les situations dangereusement hot dans lesquelles ils entrainent des héroïnes pas toujours réticentes. Vaincue par tant de « Essaie, tu vas voir comme c’est bien », j’ai capitulé et acheté les trois premiers volumes. En anglais, d’abord parce que c’est d’un niveau abordable, et que j’ai besoin de pratiquer, ensuite parce que les couvertures des versions françaises sont carrément trop laides.
     
    Et voilà ce qu’il faut pour que je lise de la chick lit’ ! C’est à hurler de rire. Stephanie est un personnage génial pour ce qui est de se mettre dans les pires situations. Elle est capable de nier la réalité quand ça l’arrange, elle fonce droit devant en se promettant d’y réfléchir plus tard, et même quand elle est morte de trouille elle continue d’avancer, même si tous les capteurs indiquent que c’est suicidaire. Parce que quand faut y aller, faut y aller, et que rien ne peut aller contre une logique pareille.
     
    En plus de ce comportement kamikaze, Stephanie a un karma pourri en ce qui concerne ses voitures. Elle adore les petites japonaises faciles à garer, elle se retrouve toujours avec des Buicks, au grand plaisir de son père qui ne conduit qu’américain. Ou alors ses voitures sont saisies, volées, bombées, rocketées.
     
    Stephanie a une mère qui n’est pas juive mais qui en a le tempérament, et à laquelle elle ne résiste pas parce qu’elle sait faire des super desserts. Elle a aussi une grand-mère pas tout à fait sénile mais qui n’a plus tout à fait le sens des réalités, (l’a-t-elle jamais eu d’ailleurs ?) qui a pour hobby d’assister aux veillées mortuaires, et est très fière que sa petite-fille soit chasseur de primes. Elle a comme amie et partenaire Lula, une ancienne prostituée devenue secrétaire qui n’a pas sa langue dans sa poche.
     
    Et surtout elle a pour coach Ranger, un latino-américain énigmatique, businessman-aventurier qui a bourlingué dans le monde entier, qui sait tout et dont on ne sait rien, sauf qu’il est le meilleur chasseur de primes du coin, et que ce n’est que le moindre de ses talents. Et il y a Morelli, fantasme ambulant, avec qui elle a de sérieux comptes à régler, d’autant qu’il continue à jouer au chat et à la souris avec elle.
    Entre ces deux-là et la quantité de cinglés qui trainent dans le New Jersey, pas de doute que douze volumes ne sont pas de trop pour épuiser toutes les possibilités de Stephanie Plum. Vite, les trois tomes suivants !
     
    18 March

    Plus fascinante la vie !

     
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    Ma vie est tout à fait fascinante
    de Pénélope Bagieu
     
    Le quotidien d'une jeune illustratrice parisienne mis en image : son chéri, sa mère, ses copines, sa banquière, son envie d'avoir un chat, ses achats compulsifs de chaussures, ses tentatives sportives...
    Une page, un dessin, une histoire !
     

    Il y a encore peu de temps, je ne connaissais pas Pénélope Bagieu. Je connaissais son travail, un peu. Mais aussi, comment y échapper ? A bien y regarder, on retrouve sa patte un peu partout. Sur des couvertures de livres, et parfois même à l’intérieur. Dans les magazines, sur des affiches publicitaires…

    Cela dit, je ne connaissais pas son nom. Ni son blog, que j’ai découvert grâce à Lucie, ma swappeuse de la Saint Valentin, et auquel je fais maintenant une petite visite tous les deux ou trois jours.

     

    Non seulement Pénélope Bagieu a un coup de crayon des plus expressifs, mais elle a en plus ce talent inestimable de savoir tourner en dérision les situations énervantes qui plomberaient le moral de n’importe qui d’autre. Comme faire la queue pendant deux heures derrière une file de petits vieux (à la poste, au supermarché…), passer tellement de temps au travail qu’on ne voit plus la lumière du soleil, voir jour après jour notre garde-robe souffrir de notre faiblesse devant les sucreries et la junk-food et notre allergie au sport.

     Bref, elle a beau avoir un blog célèb’ avec des milliers (que dis-je, des millions sans doute) de visiteurs, et être devenue une star avec fan-club et signatures d’autographes, Pénélope Bagieu est restée une fille simple avec une vie presque normale. La preuve, on se reconnait très facilement dans les pages de son livre. Voici par exemple des situations où je me reconnais à bloc :

      
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    Perso, je n’ai pas besoin d’une gueule de bois pour avoir une conversation laconique avec ma mère (mais je fais des efforts), et je n’en suis pas encore à chanter dans les rayons du magasin de M. Edouard, même si c’est du Abba (et même si c’est Dancing Queen). Mais l’idée y est.

     

    En tout cas c’est un petit bouquin bien sympa qui procure un bon quart d’heure de fou rire et qui trouve facilement sa place dans la bibliothèque.

     

    (Remarque : Les images que j’utilise pour illustrer ce billet sont bien entendu tirées du livre. Si quelqu’un estime qu’elles n’ont rien à faire là, qu’il me le dise et je les retirerai immédiatement, avec toutes mes excuses. Je ne veux en aucun cas que mon admiration pour leur auteur soit considérée comme du pillage et de l’abus.)

     
    09 February

    "Je pense, donc il est évident que je suis. Et, du moins, je sais ce que je suis."

     
    Les Mennym, de Sylvia Waugh
    (Titre original : The Mennyms)
     
    Les Mennym vivent dans une grande maison, ont des problèmes comme tout le monde, fêtent les anniversaires...Mais pourquoi la dinde de noël est-elle en carton, pourquoi craignent-ils l'eau ... ? Sont-ils vraiment comme les autres ?
     
    La famille Mennym vit dans une grande maison, au cœur d’un quartier résidentiel d’une ville d’Angleterre. Ils ne fréquentent pas leurs voisins, restent très discrets, certains d’entre eux ne sortent même jamais de la maison. Ce comportement cache bien évidemment un mystère. Mais le secret est révélé dans les premières pages du livre : les Mennym sont des poupées de chiffon. Des poupées grandeur nature qui parlent et pensent, animés par une magie inexpliquée, et qui jouent depuis quarante ans à faire semblant d’être une famille normale.
    Ils ont les inconvénients de la vie humaine, mais pas les avantages. Ils travaillent, car ils ont des factures à payer. Mais ils ne vont jamais en vacances, et aucun d’eux, à part Appleby, l’ado rebelle de la famille, n’est assez confiant pour sortir faire du shopping ou aller au cinéma. Ils font semblant de manger trois fois par jour, ils font semblant d’avoir des souvenirs des années qu’ils n’ont pas vécues, ils font semblant que Miss Quigley, l’amie de la famille, habite une petite maison en ville, alors qu’en réalité elle passe le plus clair de son temps claquemurée dans le placard de l’entrée. Le temps n’a pas prise sur eux, mais l’ennui oui. Et au bout de tant d’années de promiscuité, prisonniers d’eux-mêmes, de leur âge et de leurs caractères difficiles, la cohabitation ne devient pas plus aisée, au contraire.
    Mais un jour, une lettre arrive d’Australie. Le propriétaire de leur maison vient de décéder, et son neveu, qui hérite, décide de venir voir le vieux continent et d’en profiter pour leur rendre visite. Aussitôt c’est la panique : cet Albert Pond est une menace, et la famille doit se serrer les coudes et s’organiser pour préserver leur mode de vie, auquel ils tiennent bien qu’il soit étriqué.
     
    Les Mennym est un livre qu’on m’a offert il y a des années, à l’époque où je faisais encore partie du public visé par la mention « à partir de 10 ans ». La tireuse d’aiguille que je suis a sans doute toujours été fascinée à l’idée de poupées si réussies qu’elles ont l’air vraies. Je l’ai lu et relu un nombre incalculable de fois, toujours avec plaisir. En le relisant une fois de plus, la semaine dernière, j’ai même réussi à réagir à des éléments qui ne m’avaient pas interpellée avant (par exemple, pour passer le temps au grenier, Pilbeam lit Orgueil et Préjugés, livre que je n’avais pas encore lu la dernière fois que j’avais ouvert Les Mennym). Les personnages ne sont pas du genre admirables, et surtout pas héroïques. Ils sont plutôt pleins de défauts agaçants. En fait, ils sont très humains dans leur banalité, et c’est sans doute ça qui les rend attachants. Ça, et leur incapacité à se défendre efficacement contre les attaques du monde extérieur, et à surmonter le tragique de leur condition. Vu leur situation, comment ne pas souhaiter qu’ils s’en sortent, et conservent leur tranquillité ? 
     
    C’est un livre simple mais pas dénué de profondeur, qui se lit vite et facilement. A offrir à vos têtes blondes, ou à garder pour vous. Pour ma part, j’ai découvert qu’il y avait tout une série de suites, et je vais m’empresser de les ajouter à ma liste à lire.

     

    14 January

    Chère Poste Restante

     
    Papa-Longues-Jambes
    (Titre original : Daddy-Long-Legs)
    de Jean Webster
     
    « Un bienfaiteur, qui, désire rester anonyme, offre de t’envoyer à l’université. En échange, tu lui écriras chaque mois une lettre donnant des détails sur tes études et ta vie là-bas, une lettre comme tu en écrirais à tes parents s’ils vivaient encore. »
     
    Au début du XXe siècle, en Nouvelle-Angleterre. Jerusha Abbott ne connaît à dix-sept ans que l’orphelinat respectable et ennuyeux où elle a toujours vécu. Elle apprend qu'un donateur, qui veut rester anonyme, lui offre quatre années d'études supérieures, en échange d'une lettre par mois, à laquelle il ne répondra pas. Elle accepte de bonne grâce de se plier aux exigences de son mystérieux tuteur. N'ayant aperçu de ce monsieur que son ombre portée à la lumière des phares, elle le surnomme affectueusement Papa-longues-jambes. Désormais surnommée Judy, elle commence une nouvelle vie, découvre la liberté, rencontre la haute société américaine, et s'essaye au métier d'écrivain.
     
    Sachez d’abord que Papa Longues Jambes est, depuis la première fois que je l’ai lu il y a quelques années, mon livre de chevet, celui que j’emmène toujours avec moi en voyage, celui que je relis quand je suis malade, ou triste, quasiment mon guide spirituel. Aussi, ne vous étonnez pas de la totale partialité avec laquelle j’en parle.
    On pourrait penser qu’écrire une note sur un livre que j’ai tellement lu et relu que je pourrais le réciter par cœur serait chose facile. Et bien, pas du tout. Je voudrais tellement arriver à exprimer tout le bien que j’en pense de façon à convaincre tout un chacun, non seulement de le lire, mais aussi de l’apprécier autant que moi. Seulement, prenez un auteur du début du siècle tombée dans l’oubli, et classez son œuvre dans la catégorie « littérature jeunesse », et vous pouvez être sûr que tout le monde passera à côté.
     
    Et pourtant, Jean Webster, dont j’avais déjà parlé ici, ne destinait certainement pas ses romans à n’être lus que pas des enfants ou des adolescents. En tout cas, pas ce roman-là. Elle y traite de nombreux sujets qui lui tenaient à cœur et qu’elle prenait très au sérieux, comme l’éducation des jeunes filles, le droit de vote pour les femmes, les réformes sociales. Difficile de croire qu’elle ne tentait pas de faire passer un message, même sous couvert de divertir ses lecteurs.
     
    Car en effet, c’est réellement une lecture divertissante. Je ne suis pas une fanatique du roman épistolaire en général. Les Liaisons Dangereuses, le classique du genre, aurait gagné à être écrit autrement. Mais Judy Abbott a une façon unique de mêler dans ses lettres réflexions profondes et anecdotes amusantes, le plus souvent avec finesse et humour, parfois avec émotion, et toujours avec la plus parfaite sincérité.
     
    Judy est un personnage des plus intéressants, un mélange de Cendrillon et de rêve américain, mais avec suffisamment d’intelligence et de maturité pour ne pas tomber dans l’excès d’un côté ou d’un autre. Je m’explique.
     
    Judy a été élevée à l’orphelinat et n’a jamais connu autre chose. La politique du foyer et les méthodes d’éducation pratiquées sont telles qu’en sortant de là, à seize ans, les orphelins ne sont aucunement préparés au vrai monde et à la vraie vie. (On s’en rend mieux compte dans Dear Enemy, la suite, mais j’en parlerai une autre fois.) C’est déjà à peine croyable que les jeunes gens qui sortent de telles institutions puissent être autre chose que des criminels ou des fardeaux pour la société. Qu’il y en ait parmi eux qui parviennent à devenir des citoyens respectables, voire des piliers de leur communauté, c’est proprement miraculeux.
    Judy, elle, malgré un entrainement quasi-militaire à la discipline et à l’obéissance, a réussi cultiver son sens de l’humour, son esprit d’initiative, sa curiosité et son indépendance. Elle sait, d’une certaine manière, qu’ils lui permettront de s’en sortir mieux dans la vie que certains de ses « frères et sœurs ». Pourtant, elle n’a aucun espoir réel d’avoir la vie qui aurait dû être la sienne, si seulement elle avait grandi normalement, au sein d’une famille.
     
    Quand elle se voit offrir l’occasion d’aller à l’université, elle ne se dit pas « ça y est, j’ai enfin quelqu’un qui veille sur moi, mon avenir est assurée, je suis libre ! » comme l’auraient fait d’autres, qui se seraient empressés de se monter la tête avec des rêves impossibles et qui auraient gâché leurs chances. Judy voit cette opportunité pour ce qu’elle est : l’Université, c’est déjà une ouverture sur le monde, mais ça reste un univers protégé, ce n’est pas encore la vraie vie, pas encore le moment où elle devra se débrouiller seule pour s’en sortir. Elle sait que la générosité de son donateur durera quatre ans, et qu’une fois son diplôme en poche, elle ne devra compter que sur elle-même.
     
    Mais elle est simplement heureuse d’avoir ce lien avec son bienfaiteur, la première personne au monde à lui trouver de l’intérêt. Et elle ressent tant de gratitude pour la possibilité qu’on lui donne de devenir autre chose que Jerusha, cette petite orpheline à qui on faisait sentir qu’elle était à peine tolérée, et qui devait se sentir reconnaissante de la charité qu’on lui octroyait, qu’elle est déterminée à tirer le maximum de toute expérience et donner le meilleur d’elle-même pour devenir une personne utile et capable, une personne qui a une place à tenir dans le monde. Bref, avoir une vraie vie et en profiter ou, comme le disait Samuel Beckett dans Sabrina Fair :
     
    To do everything and see everything, sense everything; to know that life is an enormous experience and must be used. To be in the world, and of the world, and never stand aside and watch.
     
    (Car en effet, quoique pour des raisons différentes, il y a des similarités entre le parcours de Judy et celui de Sabrina Fairchild.) Et en attendant, elle profite de chaque instant, en tentant de rattraper dix-sept ans d’ignorance en lisant en même temps tous les livres qui lui tombent sous la main, de Shakespeare à Austen, et jusqu’au contes de Perrault.
     
    « Avez-vous jamais entendu parler de Michel-Ange ? C’était un grand artiste qui vécut en Italie à la Renaissance. Au cours de littérature anglaise, tout le monde le connaissait et toute la classe a éclaté de rire parce que j’ai cru que c’était un archange. Et pourtant ! Ne trouvez-vous pas que son nom sonne clair comme celui d’un archange ? L’ennui, à l’université, c’est que l’on s’attend à ce que vous connaissiez un tas de choses que vous n’avez jamais apprises. Ce qui est parfois très embarrassant. […] Le premier jour, j’ai commis une gaffe énorme. Quelqu’un mentionnait Maurice Maeterlink et j’ai demandé si c’était un étudiant de première année. La plaisanterie a fait le tour de l’université. »
     
    Pour ceux que l’évocation des orphelinats rebuterait, rassurez-vous, le roman en parle très peu, il commence au moment ou Judy le quitte. (En revanche, dans ce cas, vous n’aimerez pas lire Dear Enemy, et c’est bien dommage). Mais je tenais à livrer ici le fruit de mon analyse personnelle sur ce qui a forgé le caractère de Judy, et qui explique pourquoi elle prend les choses avec tant de bonne humeur et d’optimisme. Pourquoi elle aime Stevenson, et en particulier cette citation « Ce monde est si plein de merveilles que nous devrions tous être heureux comme des rois». Pourquoi elle est capable d’apprécier ce qu’elle a, et de ne pas se plaindre de ce qu’elle n’a pas, à l’instar de Pollyanna, en somme, parce que, contrairement à ses camarades, issues de familles aisées et bourgeoises, elle est consciente de ce qu’elle pourrait ne pas avoir. Elle prend avec recul, et avec le sourire, toutes les petites contrariétés du quotidien. Et si elle choisit de ne rien révéler de ses origines aux gens qu’elle côtoie, pour démarrer cette nouvelle vie sur un pied d’égalité avec les autres, elle finira même par se dire que son enfance, aussi dure qu’elle ait été, aura au moins eu l’avantage de la rendre forte et opiniâtre.
     
    Et voilà pourquoi je dis qu’elle est un mélange de Cendrillon et de rêve américain. Son bienfaiteur joue les gentilles marraines. Certes, au lieu de l’envoyer au bal, il l’envoie à la fac. Pas pour y trouver un prince charmant qui prendrait soin d’elle. Mais pour qu’elle apprenne à prendre soin d’elle elle-même. Ce qui ne signifie nullement que sa condition de femme moderne, cultivée, indépendante et intéressante, la condamne au célibat. Le prince charmant viendra, en son temps, et plutôt qu’un héros transparent et inutile, c’est un homme vrai et sincère qu’elle trouvera, un qui l’aimera pour ce qu’elle est sans regarder d’où elle vient, et qui respectera ses rêves et ses ambitions. Et si elle atteint ses objectifs, partie de rien et parvenue au sommet, elle n’aura jamais la tentation de prendre les gens de haut sous prétexte qu’elle parle latin et peut discuter aussi bien de tous les auteurs anglo-saxons connus que des batailles d’Hannibal et du système digestif des chats. Au contraire, ce n’est pas sans émotion et sans reconnaissance qu’elle se tournera vers le passé et repensera au petit coup de pouce qui a tout démarré.
     
    Bien entendu, toute la réflexion que je viens de retranscrire ici n’apparait pas à la première lecture (plutôt entre la neuvième et la treizième, je crois). Papa Longues Jambes est avant tout un amusant petit recueil des lettres ou Judy raconte avec un vrai talent littéraire ses petites aventures du quotidien. Il y a aussi du mystère ! L’identité du gentil bienfaiteur reste inconnue pendant toute l’histoire. Pour Judy, du moins, parce qu’un lecteur attentif devrait relever quelques indices. J’ajoute que la version française est à mon avis excellemment bien traduite.
     
     
    06 January

    Le bonheur est un choix

     

    Pollyanna

    De Eleanor H. Porter

     

    Après la mort de son père, pasteur missionnaire dans l’ouest, la jeune Pollyanna Whittier, 11 ans, doit aller vivre dans le Vermont avec sa tante, Melle Polly Harrington, une vieille fille austère et sévère. Très vite, la nature enthousiaste et optimiste de la petite fille agit sur tous ceux qu’elle rencontre.

     

    Pollyanna, comme plusieurs autres romans jeunesse occidentaux, a été adapté en dessin animé par un studio japonais dans les années 80. C’est d’abord de cette façon que j’ai fait sa connaissance. Bien évidemment, à l’époque, j’étais bien trop jeune pour comprendre la portée de son propos, aussi j’en ai tout oublié, sauf le générique, dont ceux qui ont mon âge et mes références télévisuelles se souviennent peut-être. Mais contrairement au Magicien d’Oz, au Petit Lord Fauntleroy ou à Tom Sawyer, je n’ai pas eu la chance de retrouver Pollyanna dans les librairies ou les bibliothèques, car il n’a, je crois, jamais été traduit en français, où alors il y a très longtemps mais je n’en ai retrouvé aucune trace. Puis, en 2002, durant un séjour à Bristol, je me suis retrouvée à court de livres et j’ai dû en trouver d’autres pour passer le temps. Pour la première fois, j’achetai des livres en anglais. Et je suis tombée sur celui-là.

     

    Pollyanna a beau être un livre pour enfants, il a, comme beaucoup d’œuvres littéraires jeunesse, plusieurs niveaux de lecture. L’avoir lu pour la première fois à 20 ans n’a rien enlevé au plaisir et à l’émerveillement qu’il m’a procuré. Non seulement je redécouvrais une histoire qui me ramenais à mon enfance, mais en plus j’y ai trouvé presque une philosophie. D’ailleurs, dès sa première publication, Pollyanna a fait tant d’effet que les psychologues et sociologues utilisent couramment le terme pollyannaïsme.

     

    Pollyanna a été écrit en 1913 par Eleanor Hodgman Porter, une femme qui avait souffert d’une santé fragile dans sa jeunesse, puis avait embrassé une carrière de chanteuse avant de se tourner vers l’écriture. Ce court roman raconte comment Pollyanna, enfant joyeuse et débordante de vitalité,  parvient à surmonter ses tragédies personnelles et à changer l’ambiance et les mentalités d’une petite ville de Nouvelle-Angleterre engoncée dans ses principes et ses traditions, grâce à un jeu inventé par son père.

     

    Le glad game consiste à trouver en chaque chose une raison de se réjouir. Non pas faire semblant de croire que tout est merveilleux, il ne s’agit pas d’être naïf. Simplement, positiver. L’origine du jeu viendrait de ce que Pollyanna, espérant recevoir une poupée dans un colis envoyé à son père, y trouva une paire de béquilles à la place. Pour la consoler, son père lui expliqua qu’il y avait une chose positive à propos des béquilles : qu’elle n’en avait pas besoin.

    Souriant à tous, décidée à devenir amie avec chacun, Pollyanna entreprend d’enseigner son jeu à tous les habitants de la ville. Et bien vite, sous l’influence de la petite fille, c’est la ville entière qui devient joyeuse et amicale. Les gens se mettent soudain à apprécier ce qu’ils ont, et cessent de se plaindre de leurs petits ennuis.

     

    J’ai passé une bonne partie de mon temps libre en Novembre et Décembre à traduire ce livre pour ma meilleure amie qui ne lit pas l’anglais, et j’ai eu le temps de l’apprécier en profondeur. Je ne saurais dire à quel point je le trouve magnifique et émouvant. Le chapitre sur le Révérend Ford, ainsi que les visites des amis de Pollyanna à Tante Polly, sont autant de passages qui me mettent les larmes aux yeux à chaque fois que je les relis.

     

    Il existe de multiples suites à Pollyanna, dont une seule d’Eleanor Porter elle-même, ainsi que plusieurs adaptations, autres que le dessin animé japonais. Walt Disney en personne a produit un film dans les années 60 qui a eut un franc succès et valu un oscar à son interprète principale. Et j’ai entendu dire que Be Happy, le dernier film de Mike Leigh, était plus ou moins tiré de Pollyanna. C’est dire quel exemple est cette petite héroïne. Ce livre est une leçon de vie dont nous devrions tous nous inspirer.

    22 December

    Le crépuscule des dieux

     

    Fascination

    (Titre original : Twilight)

    De Stephenie Meyer

     

    Bella décide de quitter l'Arizona ensoleillé où elle vivait avec sa mère, délurée et amoureuse, pour s'installer chez son père, affectueux mais solitaire. Elle croit renoncer à tout ce qu'elle aime, certaine qu'elle ne s'habituera jamais ni à la pluie ni à Forks où l'anonymat est interdit. Mais elle rencontre Edward, un jeune homme de son âge, d'une beauté inquiétante. Quels mystères et quels dangers cache cet être insaisissable, aux humeurs si changeantes ? A la fois attirant et hors d'atteinte, au regard tantôt noir et terrifiant comme l'Enfer, tantôt doré et chaud comme le miel, Edward Cullen n'est pas humain. Il est plus que ça. Bella en est certaine.

     

    Bella Swan, 17 ans, décide d’aller habiter à Forks, Washington, avec son père. Elle s’attend à vivre une petite vie tranquille et ennuyeuse, jusqu’à ce qu’elle rencontre le fascinant Edward Cullen, dont elle découvre, en même temps qu’elle en tombe amoureuse, qu’il est un vampire.

     

    Inutile de s’attarder plus que de raison sur le résumé d’un livre que tout le monde semble avoir déjà lu, où au moins dont tout le monde a entendu parler. Etonnant tout de même que LE phénomène littéraire jeunesse de l’année m’ait échappé à ce point. Jamais ces couvertures n’ont capté mon attention dans les librairies, et à dire vrai, avant de voir la bande-annonce du film, j’ignorais tout de Fascination et de la saga Twilight. Mais après avoir réalisé que Bella et Edward étaient d’ores et déjà entrés dans le patrimoine littéraire mondial (!), il me fallait bien entendu combler le vide culturel que j’avais creusé en ne me soumettant pas aux lois édictées par ce monde mercantile et superficiel : il FAUT lire les mêmes livres que tout le monde, sous peine d’être larguée et considérée comme une ratée totalement déconnectée qui vit dans une brouette.

     

    J’ai donc lu le premier tome de la saga, sans véritable excitation mais plutôt pour comprendre le pourquoi et le comment de cet engouement général. Encore un roman jeunesse, encore une histoire de vampires, encore un mélo sur des ados malheureux, encore une histoire d’amour impossible. D’accord. Pas de déjà-vu ?

     

    Après deux lectures (il fallait bien ça pour en faire une analyse correcte), je me perds encore en interrogations. Fascination a provoqué, sur moi comme sur beaucoup d’autres, une sorte d’addiction, et je n’arrive pas à savoir à quoi c’est dû. Je pourrais faire une liste des choses qui ne me plaisent pas dans ce livre, il y en a beaucoup. A commencer par l’édition, qui propose un livre très épais, où les mots sont écrits… très grand. Comme si c’était un livre qu’on fait lire aux enfants pour leur donner l’impression qu’ils lisent un livre d’adulte. J’ai horreur de ça. L’écriture aussi m’a énervée. C’est rédigé dans un style un peu trop riche, exagérément ampoulé au point d’en être anachronique, avec un vocabulaire plein de grands mots employés parfois à mauvais escient, qu’on a du mal à imaginer dans la bouche d’adolescents. Je pourrais dire aussi que c’est long, par moments. Que les journées de Bella se trainent parfois comme des semaines, sans qu’il se passe rien de vraiment palpitant. Et dans la mesure où je n’aime pas les répétitions intempestives, était-il nécessaire de nous seriner à chaque paragraphe qu’Edward est fabuleusement beau, qu’Edward est magnifique, qu’il est parfait, qu’il a l’air d’un ange, et même d’un dieu, qu’on ne peut pas s’y habituer, qu’il est tellement beau que c’en est indescriptible, et qu’au bout de deux chapitres on se retrouve déjà à court d’épithètes ?

     

    Malgré tout ça, et sans que je comprenne pourquoi, j’ai aimé ce livre. Je m’y suis accrochée comme une bernique à son rocher jusqu’à ce que je l’aie terminé, et alors j’ai balancé fortement entre l’envie de le relire et celle d’aller immédiatement me procurer le tome 2. Le style d’écriture craint ? On mettra ça sur le compte de la traduction, ma faute, j’aurais peut-être dû le lire en anglais. Il n’y a pas d’action ? C’est exprès. Stephenie Meyer n’écrit pas de science-fiction horrifique, et si elle a créé des vampires, ce n’est pas pour en faire des monstres assoiffés de sang, mais des êtres intéressants à observer. Il s’agit plus de comprendre la psychologie des personnages. (Austénien !) Quant aux quelques grandes scènes de dialogues romantiques qui ont pu paraître, à d’autres, cliché, voire guimauve, je les tolère assez bien, parce que je suis un peu (beaucoup) fleur bleue. Et même si, quand on y réfléchit rationnellement, les failles de cette histoire sautent aux yeux, on passe dessus allègrement.

     

    Au bout du compte, on se retrouve pris dans cette histoire, on la vit presque aussi intensément que Bella. Surtout dans les premiers chapitres où le comportement d’Edward est si déstabilisant que les sentiments et l’humeur de Bella sont comme sur des montagnes russes. Ce jeu du chat et de la souris, même si Edward n’est pas dans une optique de séduction, est des plus captivants. Et s’il faut un peu de temps pour surmonter la beauté aveuglante d’Edward, on finit par réaliser qu’il est aussi cultivé, talentueux, complexe et plein d’humour, ce qui aide grandement à le rendre attachant.

     

    Et comment ne pas s’identifier à Bella qui, malgré sa maladresse chronique et sa certitude d’être banale et insignifiante, parait être une fille plutôt cool, mature et pleine de bon sens pour une fille de son âge, vivant bien son côté solitaire ? Comment ne pas lui pardonner, vu les circonstances, de devenir au fur et à mesure de la progression de l’histoire une espèce de névrosée paranoïaque avec un grave complexe d’infériorité, qui se demande sans cesse « pourquoi moi ? » parce qu’elle se trouve moche et inintéressante, alors même qu’Edward passe son temps à essayer de la convaincre du contraire ? Comment ne pas occulter le fait que leurs sentiments ne sont basés que sur une attirance physique réciproque, quasi animale, aussi malsaine et dangereuse qu’elle est forte, et qui, par essence, voue leur relation à l’échec ? Il ne peut rien se passer entre eux, et pourtant il ne peut pas ne rien se passer. Est-ce propre aux adolescents de vivre leurs amours passionnément et sans trop réfléchir, quitte à foncer tête baisser dans une histoire sans avenir avec une personne dont on ne sait rien, par qui l’on est entièrement dominé d’une façon ou d’une autre, et en qui on a confiance en même temps qu’on en a peur ? C’est en tout cas curieux d’avoir des montées d’adrénaline en permanence et de vivre autant dans l’urgence, quand l’un des deux est immortel.

     

    Pari réussi pour Stephenie Meyer, de créer un univers fantastique dans l’endroit le plus banal et routinier des Etats-Unis, avec des vampires qui pour changer ne sont ni des zombies décérébrés ni des créatures maléfiques, mais des êtres extraordinaires tâchant de mener une vie ordinaire en gérant au mieux leurs instincts, torturés mais pas au point de perdre totalement l’envie de sourire, ce qui est assez novateur. (En bonne fan de série que je suis, je peux en témoigner : Angel avec son âme était casse-pieds au possible.)

     

    Attention : peut provoquer une accoutumance. Le tome 2 est déjà en cours de lecture.

     

    11 October

    "Toute histoire vraie comporte un enseignement" (Acton Bell)

     

    Agnes Grey

    De Anne Brontë

     

     « Miss Grey était une étrange créature ; jamais elle ne flattait et elle était loin de leur faire assez de compliments ; mais, quand elle parlait d'elles ou de quoi que ce fût qui les concernât en termes élogieux, elles pouvaient avoir la certitude que sa bonne opinion était sincère. Elle se montrait dans l'ensemble très prévenante, discrète et pacifique, mais certaines choses la mettaient hors d'elle ; certes, cela ne les gênait guère, mais pourtant mieux valait ne pas la désaccorder puisque, lorsqu'elle était de bonne humeur, elle leur parlait, était fort agréable et pouvait parfois se montrer extrêmement drôle, à sa manière, qui était bien différente de celle de Mère, mais faisait toutefois très bien l'affaire pour changer. Elle avait des opinions arrêtées sur tout, auxquelles elle restait farouchement attachée... Des opinions souvent rebutantes, puisqu'elle pensait toujours en termes de bien et de mal et avait une curieuse révérence pour ce qui touchait à la religion et un penchant incompréhensible pour les honnêtes gens. »

      

    Il y a encore peu de temps, je croyais que le génie des sœurs Brontë ne s’était exprimé que dans deux ou trois ouvrages, tout au plus, et qu’elles étaient toutes mortes très jeunes sans avoir voyagé à plus de dix lieues de leur presbytère natal. Ce qui est assez réducteur puisqu’elles ont étudié dans des écoles privées dans plusieurs pays d’Europe, fréquenté des cercles intellectuels et littéraires (en tout cas Charlotte l’a fait), et aucune d’elles n’est morte avant trente ans, ce qui est jeune mais moins que je ne le croyais. Si j’ai lu, plusieurs fois, et adoré les Hauts de Hurlevent et Jane Eyre, ce n’est que récemment que j’ai découvert que Charlotte était l’auteur de trois autres romans, certes moins connus mais sans doute aussi bons, et que si effectivement Emily n’a jamais publié d’autre roman que HH, la jeune Anne à qui je n’attribuais que quelques poèmes, avait écrit quant à elle deux romans, Agnes Grey et La Châtelaine de Wildfell Hall.

    Toujours en route sur le chemin escarpé mais néanmoins agréable et abondant en découvertes de la littérature anglaise du XIXème siècle, et afin de pallier à mon immense ignorance de l’œuvre des Brontë, j’ai donc commencé par Agnes Grey.
     
     

    Agnes Grey est la fille d’un pasteur sans fortune et d’une aristocrate qui a rompu avec sa famille après son mariage. A dix-huit ans, elle décide de devenir gouvernante, à la fois pour aider financièrement sa famille en gagnant sa vie, et pour se prouver, et prouver aux siens, qu’elle peut être une personne capable et utile. D’abord en tant qu’institutrice des enfants Bloomfield, puis comme dame de compagnie des jeunes filles Murray, Agnes fera l’expérience d’une condition sociale difficile, trop pauvre pour ne pas être méprisée par ses employeurs, y compris les enfants dont elle a la charge, trop bien née pour ne pas être exclue par la domesticité. On ne lui accorde pas l’autorité nécessaire pour mener sa tâche à bien, et ses élèves sont trop gâtés, trop libres, trop égarés par les ambitions de leurs parents pour qu’elle puisse appliquer sur eux l’éducation qu’elle-même a reçu. Loin de sa famille, elle peine à se faire des amis, jusqu’à ce qu’elle rencontre M. Weston, vicaire de la paroisse où vivent les Murray.

    Pendant ces quelques années, Agnes parviendra à garder la foi en ses convictions malgré les brimades injustes, la solitude et le manque de confiance en elle, et continuera à croire à un bonheur futur sans jamais se décourager.
     

    Si l’enfance recluse et les morts successives de leur mère et de leurs sœurs ainées ont influencé Emily et Charlotte au point de placer leurs héros dans des univers gothiques, quasi fantastiques, macabres et flippants, pleins de brumes, de mystères et de folie, Anne a quant à elle été atteinte d’une sorte de religiosité obsessionnelle. L’action d’Agnes Grey, inspirée de la propre expérience d'Anne, est simple et très réaliste, le temps y passe calmement, sans événements extraordinaires. La résignation de l’héroïne aurait pu me taper sur les nerfs, si elle ne l’accompagnait pas d’un détachement et d’un optimisme qui me l’ont rendue proche et sympathique. Elle attend beaucoup (trop) de l’intervention divine, mais elle persiste à faire le bien même quand ses efforts sont dédaignés ou tournés en ridicules.

     

    Agnes Grey est relativement court et se lit facilement. L’édition Gallimard comporte quelques fautes de français qui m’ont fait un peu tiquer, mais la traduction est bonne et agréable à lire. A sa place dans toute bonne bibliothèque (à condition de ne pas être allergique aux classiques, n’est-ce pas Cécile ?)

     

    27 August

    Les rêves brisés n'empêchent pas l'optimisme

     
    Parmi les grands écrivains anglais de l’ère victorienne, George Eliot (de son vrai nom Marian Evans), est de ceux qui ont connu un grand succès de leur vivant, avant de tomber dans un oubli quasi-total. Et pourtant, quelle personnalité intéressante, quelle vie hors de l’ordinaire. Elevée dans le puritanisme, elle s’est passionnée pour la théologie puis est entrée dans les milieux littéraires et journalistiques de Londres, a vécu en concubinage durant 25 ans avec un homme marié, et une fois « veuve » a finalement convolé à l’âge de 61 ans avec son banquier, de vingt ans son cadet. Un vrai paradoxe en quelque sorte, que cette femme qui a vécu une vie scandaleuse sans jamais cesser d’être respectée, et qui a su faire la différence entre la morale et les conventions.
     
    Cette morale, très empreinte de religion, c’est la recherche de toute sa vie. Et cela se ressent dans ses écrits, en particulier dans Middlemarch, son roman le plus abouti au dire des spécialistes. Un vrai chef d’œuvre de naturalisme, une fiction d’un réalisme absolu sans rien d’impossible ni même d’improbable, un pavé de 1200 pages sans un seul sursaut d’action. Rien que la vie ordinaire d’une ville de province anglaise en milieu rural à l’aube de la révolution industrielle.
     
    Dorothea Brooke, héritière issue du milieu simili-aristocrate des propriétaires terriens, a pour ambition dans la vie de se rendre utile à ceux que la vie a moins gâtés qu’elle. En tant que femme (à une époque où le féminisme n’était pas vraiment au goût du jour) elle ne s’imagine pas une seule seconde pouvoir réaliser quelque chose par elle-même. Elle se rêve donc en muse d’un grand homme qu’elle pourra admirer, même à défaut de l’aimer. Elle pense le trouver en la personne D’Edward Casaubon, vieux barbon et gentleman-pasteur, auteur à ses heures de traités abscons sur la symbolique de la mythologie. Enfermée dans un rôle d’épouse irrémédiablement inférieure et inutile, Dorothea comprendra son aveuglement en se rapprochant de Will Ladislaw, le cousin de son mari.
     
    Tertius Lydgate, médecin désargenté spécialiste des maladies infectieuses, arrive à Middlemarch avec l’espoir de réaliser ses ambitions : découvrir l’origine et le remède aux maladies du genre choléra. Mais englué dans les mondanités de la bonne société locale, il se met à fréquenter Rosamund Vincy, la beauté adulée du coin qui collectionne les prétendants. Mais celle-ci se révèle égocentrique et manipulatrice, et pousse Lydgate à corrompre ses idéaux.
     
    Eliot place ses héros au milieu d’une foultitude de personnages et d’intrigues plus ou moins secondaires, dépeignant la société dans ses problèmes et ses travers, sans méchanceté mais non sans humour. Middlemarch est un livre dense, difficile à lire en une fois mais passionnant quand on est dedans. Un monument de la littérature britannique du XIXème siècle. 
     
     
    12 August

    Ce que la Suède peut offrir de bien en dehors des Krisprolls

     
    Personne sans doute n'aura été sans remarquer les gros livres noirs ornés d'un portrait de Mercredi Addams qui ont fleuri cette année sur les présentoirs des libraires. La saga Millenium de Stieg Larsson connait un succès phénoménal, assez incroyable pour une oeuvre littéraire venue de Scandinavie. Des prix rafflés partout, une collection créée spécialement par l'éditeur français, best-seller dans toute l'Europe, bref, une réussite totale pour une trilogie due à un auteur subversif appartenant à une presse engagée, et mort brutalement juste après l'écriture de son oeuvre. Juste ce qu'il faut pour créer une légende.
     
    Derrière l'écran de fumée des critiques dithyrambiques, il y avait bien un feu. Certes, les personnages ont des noms imprononçables, et on a quelque mal à situer l'action si on n'a pas une connaissance minimale de la géographie de la Suède, arrondissements de Stockholm compris, ainsi que de son histoire politique récente.
     
    Et pourtant, impossible de ne pas se laisser prendre par l'action, palpitante malgré l'abondance de détails. Larsson n'a pas eu peur de livrer trois gros pavés, de développer chaque personnage, même le plus insignifiant, et de dénoncer de façon brillante à peu près tout ce qui laisse à désirer dans notre société moderne.
     
      
     
    Les héros, le journaliste Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, spécialiste de la sécurité, mènent leurs enquêtes ensemble ou séparément, lui pour exposer au grand jour les vicissitudes des puissants de ce monde, elle, dans l'ombre, pour mettre hors d'état de nuire ceux qui peuvent représenter une menace. Mikael est un fox-terrier qui ne lâche jamais sa proie une fois qu'il l'a reniflée. Lisbeth, psychopathe autiste au lourd passé familial, a des capacités phénoménales en hackering et peut découvrir n'importe quoi sur n'importe qui.
     
    Une série d'aventures rocambolesques et pourtant très crédibles. Ca aurait pu continuer encore pendant plusieurs volumes, si Larsson avait vécu. Il faudra se contenter de ces trois-là. On en vient à bout plus que facilement.
     
    25 July

    Objectif : trouver les bouquins potables pour vos après-midi pluvieux

     
    Etant donné qu'il ne m'a fallu que deux jours ou presque pour lire un bouquin de plus de 600 pages écrit dans une langue qui n'est pas la mienne, vous pouvez imaginer à quelle vitesse je consomme le papier.
     
     
     
    Non, je n'ai pas failli à ma promesse "plus-de-bouquins-sur-les-histoires-de-presque-trentenaires-à-la-recherche-de-l'amour-et-obsédées-par-la-mode-et-les-fringues-et-les-sacs-à-mains". Celui-là ne compte pas, je l'avais acheté avant, et donc, je me devais de le lire, parce que sinon, ça aurait été de l'argent jeté par les fenêtres, n'est-ce pas ?
     
    Jeter de l'argent par les fenêtres, voilà une chose dont Rebecca n'a pas peur. Au contraire. Ce qui la fait paniquer, c'est d'être privée de sa carte bleue. Dans le quatrième tome de ses (fantastiques et passionnantes) aventures, Becky nous prouve une fois de plus sa capacité hors du commun à nier une réalité où tout part en sucette pour vivre dans un univers imaginaire où tout fonctionne selon ses souhaits et où elle n'a rien à se reprocher.
     
    Dans "Confessions d'une accro du shopping", elle s'endettait au-delà de toute limite imaginable. Dans "l'accro du shopping à New-York", elle remettait ça une deuxième fois, entrainant dans la ruine et le déshonneur son petit ami. Dans "L'accro du shopping dit oui", son petit ami, décidément magnanime, la demande en mariage, et elle se laisse entrainer dans les préparatifs de DEUX mariages distincts, organisés respectivement par sa mère et par sa future belle-mère.
     
    A chaque fois, Beky s'enfonce dans la catastrophe jusqu'au cou, appliquant cette règle bien connue : dans les sables mouvants il ne faut pas se débattre, sinon on s'enfonce. Seulement, je vous rassure, la vie ce n'est pas les sables mouvants. C'est en ne se débattant pas qu'on s'englue. Becky semble ignorer cela, et elle gagne du temsp en faisant semblant de rien. les factures s'accumulent ? Elle a un banquier furieux sur les endosses ? Une wedding-planneuse hystérique veut l'obliger à se marier au Plaza plutôt qu'à Oxshott, Surrey ? Qu'importe ! Il suffit de ne pas y penser. Si elle y croit fort, le problème disparaîtra de lui-même. Et puis, si Becky a autant de colonne vertébrale qu'une méduse, elle a la chance d'avoir des parents qui la gâtent, un fiancé patient qui l'adore, une meilleure amie extrèmement compréhensive. Alors, puisqu'elle a toujours quelqu'un pour rattraper ses conneries, pourquoi changer ? Un miracle pourra toujours intervenir de façon rocambolesque pour la sortir du pétrin !
     
    Dans ce quatrième (et j'espère dernier) opus, Becky découvre qu'elle a une demi-soeur, née des amours prénuptiales de son père. Jess est aussi économe que Bex est dépensière, aussi raisonnable que Bex est irrationnelle, aussi intelligente et cultivée que Bex est sotte et creuse. Mais elles sont aussi passionnées l'une que l'autre : Bex par le shopping et les chaussures, Jess par l'écologie et les minéraux. Super base pour créer une relation. Laquelle des deux va déteindre sur l'autre ? Le pire est à craindre. 
     
    Il n'y a rien à tirer de ça. Passons à mieux.
     
     
    Voilà un livre facile à lire, et pourtant très intelligent. L'histoire de Doria, quinze ans, arabe, banlieusarde, pauvre. Un cliché sur pattes. Elle n'est pas vieille, mais elle est lucide : la vie, c'est pourri. Parfois, tu peux pas lutter contre le destin. Et le destin, il t'aime pas, alors il t'en fait baver des ronds de chapeaux. Mais il faut bien continuer, survivre, même si c'est dur et qu'on sait pas où on va. Et on apprend à prendre les choses avec humour, même si au fond c'est plutôt de l'ironie. Peut-être qu'au bout du tunnel, il y a l'espoir.
     
    Ca c'est du réel, du vécu. Un bouquin pas très "littéraire", mais quand même vachement bien écrit. Vite lu, mais pas du temps perdu.
     
    Un dernier pour la route :
     
     
    Le treizième Dalaï-Lama gouverna le Tibet dans la menace de l'expansion chinoise, et tenta de moderniser son pays malgré ses traditions ultra-isolationnistes. exaspéré par ses conseillers, plus préoccupés de leur propre réussite que du bien du peuple, il fit le voeu avant de mourir de renaÎtre dans une famille nombreuse, pour que ses frères et soeurs l'aident et le secondent.
     
    Le quatorzième Dalaï-Lama naquit dans une famille de sept enfants.
     
    Ce livre raconte cette famille, sanctifiée par la naissance en son sein de trois grands lamas, dont le plus grand, le futur chef souverain et guide spirituel du pays. Comment cette famille de pauvres paysans du nord du Tibet devint riche et puisante du jour au lendemain. Comment l'invasion du Tibet par la Chine força un adolescent de quinze ans à monter sur son trône bien trop tôt, et comment, aidé des membres de sa famille et de ses amis, il sauva sa nation en s'exilant, et fit rayonner la culture tibétaine et la religion bouddhiste dans le monde entier.
     
    Le toit du monde a fait rêver les explorateurs pendant des siècles. Aujourd'hui, le Tibet a l'air mort, car son peuple est séparé de sa terre comme si son coeur était séparé de son corps. Cependant, les bouddhistes vous le diraient, un corps n'est qu'un contenant, et l'essentiel est que le contenu poursuive sa route, même s'il doit utiliser un autre corps pour cela. En choisissant la fuite en Inde plutôt que la guerre, la famille Yapshi Takhla a montré la voie qu'il fallait suivre. Refuser la violence, se reconstruire ailleurs, garder l'espoir, pardonner. Ouvrir enfin ses frontières, enseigner, vivre.
     
    Tenzin Gyatso est un grand homme. Pas parce qu'il est le Dalaï-Lama, ça, n'importe qui aurait pu le faire (mais beaucoup moins bien). Mais parce que, grâce à l'éducation qu'il a reçue, il n'a pas laissé le pouvoir ni la fortune le corrompre, il n'a pas laissé la fierté le pousser à se battre en vain et sacrifier des vies inutilement. Il est allé au-delà du déchirement de l'exil pour rebâtir un nouveau Tibet.
     
    Je sais, sur un sujet comme ça, je suis partiale, le bouddhisme et l'Himalaya me passionnent. Mais c'est une très belle histoire qu'il faut connaître. (Non, regarder "Sept ans au Tibet" version Brad Pitt n'est pas un équivalent valable).
     
    24 July

    Last call

     
     
    Juste un petit mot pour dire que cette fois C'EST FINI !!!
     
    Lu en deux jours. Oui, je sais, je suis une morfale.
     
    Je n'en dirai rien, car je ne veux pas gâcher le plaisir des quelques (sans doute nombreux) qui ne l'ont pas encore eu dans les mains. Non, je ne suis pas comme ça moi, d'abord.
     
    Mais quand même, c'était bien. Très bien. Le meilleur des sept, sans aucun doute.
     
    Si j'étais écrivain, je voudrais être JK Rowling. Quel talent, quelle imagination, quel souci du détail !
     
    Et en plus, j'avais raison à propos d'un certain personnage, et ça me fait jubiler. Nananère.
     
    19 July

    Objectif : trouver les bouquins potables pour vos après-midi plage

     
    Une pièce montée de Blandine Le Callet
     
    Un grand mariage, entre deux rejetons de deux familles bourgeoises. Passage devant le curé obligé, champagnes et petits fours, fleurs, têtes chapeautées, cous cravatés, grand banquet et pièce montée. Tout dans la plus pure tradition. Et quoi qu'il arrive, il faut en jeter plein la vue à tout le monde. Mais dans l'élégance.
     
     
    Chaque chapître est consacré à un personnage différent, sa vision sur la fête, les invités, et sur son rapport à l'amour et au mariage. La mariée, obsédée par l'idée que tout soit parfait; le marié, victime de stress prénuptial; la grand-mère, excédée d'être maternée par ses propres enfants; les oncles, tantes, cousines, profitant de l'occasion pour faire le bilan; Jusqu'au prêtre qui perd la vocation, et la petite nièce, toute fière de sa belle robe, mais assez futée pour sse rendre compte que chez les adultes, tout ne tourne pas rond.
     
    Un mariage devrait être jour de bonheur et jour de joie, alleluiah ! Mais souvent, et surtout dans les cas où on fait des frais pour faire de l'esbrouffe, et qu'on invite par principe les cousins au troisième degré qu'on n'a croisé qu'une fois dans sa vie alors qu'il existe dans la famille des tensions datant des croisades, un mariage est source de stress pour tout le monde, et de doute et remise en question pour certains.
     
    Ca se lit facilement, c'est drôle et incisif, et très réaliste. Un premier roman. Pour un coup d'essai... bon, peut-être pas un coup de maître, mais l'essai est transformé.
     
    (Dans le même registre, je vous conseille (si vous parvenez à vous le procurer) "Cinq filles couleur pêche" d'Alan Ball (scénariste de Six Feet Under et American Beauty entre autres). C'est une pièce que j'ai jouée il y a deux ans. même chose, version américaine.)
     
    Mes amis, mes amours de Marc Levy
     
    Ou comment la vie en collocation peut mettre des tensions dans les plus belles amitiés. Mathias s'installe chez Antoine et met le bordel dans son petit monde bien rangé. Antoine accueille Mathias chez lui et l'aide à structurer sa vie.
     
     
    Bon, que dire ? C'est du Marc Levy. Ni le pire ni le meilleur de Marc Levy. Disons, un Marc levy dans la moyenne. Ca parvient péniblement à être drôle, parois. Ca se veut émouvant, mais ça se rate. Une fois de plus, c'est écrit comme un scénario plus que comme un roman, avec description des plans et montage intégré. On sait ce que les personnages disent et font, on ne peut que tenter de deviner ce qu'ils pensent et ressentent.
     
    Mais peu importe, puisque notre Marco a été élevé à l'école Walt Disney, et qu'on sait bien que quoi qu'il arrive, et aussi capillotracté que ça puisse paraître, à la fin tout s'arrangera pour tout le monde et tout le monde sera copain avec tous les autres. (Ne me dites pas que je vous ai gâché la surprise ?)
     
    Pas essentiel, à moins d'être vraiment fan, ou maniaque au point de tenir absolument à lire tous ses livres.
        
    14 July

    Les meilleures blagues sont les plus courtes

     
    Ma dernière lecture : Franz et Clara, de Philippe Labro
     
    Clara, une jeune femme, violoniste de profession, rencontre Franz, un petit garçon surdoué. Il a vécu une tragédie dont il ne se remet pas. Elle a eu le coeur brisé, et tente tant bien que mal de se soigner par la musique. Ils sont tous les deux en manque d'affection, et vont tisser, malgré leur différence d'âge, un lien plus fort qu'une simple amitié.
     
     
    Remplacez surdoué par padawan et violoniste par sénatrice, et vous aurez quasiment le point de départ de La menace fantôme + L'attaque des clones. Je trouve (et bien qu'il y a à dire sur le sujet aussi) que Lucas s'en est mieux sorti que Labro. Au moins dans ses films, il y avait de l'action. 
     
    D'abord, c'est une honte de qualifier ce bouquin de roman, quand il ne fait que 162 pages, avec beaucoup de pages blanches et écrit gros. C'est au mieux une nouvelle, un essai, une chronique, (un article de magazine ?) J'ai mis à peu près autant de temps à le lire que Oui-Oui et le vélo-car, et j'y ai pris encore moins d'intérêt.
     
    Tant-mieux, me direz vous, que dans ce cas il soit si court. tant qu'à perdre son temps, autant en perdre le moins possible. 
     
    Les deux personnages ne font rien à part parler, et en plus pour ne rien dire. Et pour ça, ils se sentent obligés d'utiliser des grands mots et des tournures de phrases pompeuses. Je m'introspecte, je t'introspecte, on s'introspecte. Et sinon ? Ben rien.
     
    J'avais gardé un bon souvenir de Manuella et L'étudiant étranger. Mais ça, ça pue le travail de commande rendu en hâte à un éditeur impatient. Parfaitement inutile.
     
    Finalement, j'aurais mieux fait de lire le dernier Marc Levy, tiens. 
     
    27 June

    Le culte du rien

     
     

    Blonde attitude

    De Plum Sykes

     

    Blonde comme les blés et belle à se pâmer, l'excentrique et sexy Julie Bergdorf - richissime héritière des magasins de luxe du même nom - a vraiment tout pour plaire. Quotidiennement entourée d'une meute d'admiratrices, cible privilégiée des magazines people et déesse incontestée des boîtes de nuit fashion et autres restaurants huppés, la lolita de la mode règne en maîtresse absolue sur la toute-puissante jet-set new-yorkaise. Seul hic, mademoiselle est célibataire. Et dans les quartiers hype où le chic du chic consiste à se pavaner au bras de son fiancé, cette situation relève de l'impardonnable faute de goût. Lancée à l'assaut du MP - Mari Potentiel -, la Princesse de Park Avenue saura-t-elle trouver chaussure à son pied ?

     

    Il y a quelques années maintenant, quelques (bonnes) auteurs ont lancé une mode : les romans humoristiques qui parlent de femmes trentenaires, plus ou moins, qui gèrent leurs problèmes de relations amoureuses, de travail, d'argent, de copines, de régime, etc...

     

    Tout le monde s'est engouffré dans la brèche pour inonder le marché (ou plutôt les supermarchés) de quantités de bouquins de la même veine, mais écrit beaucoup plus vite et moins bien, qui se vendaient comme des petits pains puisque les éditeurs pensaient à donner à la couverture toujours les mêmes couleurs pétantes et à écrire au dos "le nouveau Bridget Jones !!!"

     

    Depuis un petit bout de temps, on a pu observer une légère dérive dans les thèmes abordés dans ces livres. Est-ce l'effet Paris Hilton ? Au lieu d'héroïnes ordinaires ancrées dans le quotidien, on se retrouvait à suivre les aventures de pauvres petites filles riches new-yorkaises et leur grâââââves problèmes genre: Dois-je porter du Dolce&Gabanna ou bien du Versace pour la soirée de gala du Met ? Est-ce assez hype d'avoir le dernier Nokia si Samsung a sorti un autre modèle plus récemment ? Comment survivre en classe affaire d'un vol commercial si on est habitué aux jets privés ?

     

    Moi qui ne fais pas de différence entre du Chanel et du YSL, pensez comme j'ai été ravie d'apprendre que chez Hermès, ils ont des listes d'attente de plus de trois ans pour certains sacs à main ! Aujourd'hui je sais quels hôtels fréquenter quand je serai invitée au festival de Cannes. Je croyais que les pieds étaient faits pour marcher, j'ai appris l'existence de messieurs Jimmy Choo et Manolo Blahnik. Je sais désormais que certaines chaussures sont purement décoratives et excessivement onéreuses, mais que la fonction de marche n'est pas intégrée dans leur conception. Comme ça va m'être utile !

     

    Celui-là raconte l'histoire de la fille d'un aristo anglais et d'une mondaine new-yorkaise, dont la meilleure amie, Julie, est l'héritière des grands magasins Bergdorf. Comme le livre est écrit à la première personne, l'auteur s'est apparemment dispensée de lui donner un nom (je ne m'en suis aperçue qu'à la fin du livre), je vais donc l'appeler Machine. Donc, Julie et Machine, blindées de tunes et bonnes à rien, mais bien sûr célèbres parce que riches et oisives, ont tout sauf un petit ami. Comme c'est inadmissible de ne pas tout avoir, elles se lancent dans une croisade pour trouver LE bon parti qui s'assortira bien avec une bague de fiançailles à un million de carats.

     

    Encore une fois, c'est creux, nul, superficiel, et le peu d'humour qui traine de page en page ne suffit pas à rattraper le coup.

     

    Cette fois je le jure, c'est le dernier. J'arrête.

     
    17 June

    Les gens qu'il faut connaître

     
    Lauren Weisberger s'est fait connaître grâce à son best-seller "Le diable s'habille en Prada", où elle racontait comment une jeune Américaine un peu provinciale, issue d'une famille d'origine juive et ayant du talent pour l'écriture, se retrouve à bosser à New-York dans un job a priori pas du tout fait pour elle, dans un milieu complètement superficiel, avec des collègues survoltés et parfaitement détestables et une patrone qui la traite en esclave et n'écoute absolument pas ce qu'elle peut avoir à dire, et qui malgré tout s'accroche masochistement à ce job parce que "tout le monde tuerait pour être à sa place tellement c'est un boulot génial".
     
    Lauren Weisberger nous revient avec "People or not people" ("Everyone worth knowing" en VO), qui raconte, je vous le donne en mille, comment une jeune Américaine un peu provinciale, issue d'une famille d'origine juive et ayant du talent pour l'écriture, se retrouve à bosser à New-York dans un job a priori pas du tout fait pour elle, dans un milieu complètement superficiel, avec des collègues survoltés et parfaitement détestables et une patrone qui la traite en esclave et n'écoute absolument pas ce qu'elle peut avoir à dire, et qui malgré tout s'accroche masochistement à ce job parce que "tout le monde tuerait pour être à sa place tellement c'est un boulot génial".
    (C'est pratique les chroniques où on peut faire des copier-coller comme ça.)
     

     

     
    On passe d'un magazine de mode à une société de relations publiques, où le job de l'héroïne, Beth, consiste à organiser des soirées VIP et y participer. Sur le papier, c'est le panard. Dans la réalité, c'est stressant, épuisant, décérébrant. Et en plus, dans le monde des jet-setteurs, si on perd un tant soit peu le contrôle sur la presse, on perd en même temps le contrôle sur sa vie.
     
    Attention, la veine s'épuise. Mieux vaut éviter un troisième roman du même tonneau, la réputation de Lauren n'y survivrait pas. La patrone de Beth n'a rien d'une Miranda, elle est juste hermétique, même pas despotique. Beth est en revanche aussi invertébrée qu'Andréa, et ça, ça m'éneeeeerve ! C'est typiquement le genre d'histoire où on sait que tout s'arrangera à la fin, et quand l'héroïne a réussi à se rendre pitoyable, un happy end ça craint. Marre des filles-paillassons qui n'ont pas le cran de gueuler un bon coup de temps en temps !