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June 10 Fromage et chanson
A ceux qui l'ignorent, je dois annoncer que François Morel n'est pas qu'un comique. C'est aussi (et bien qu'il s'en défende) un chanteur. Et même un très bon chanteur. Dans son concert "Collection particulière", il en fait la démonstration, en interprétant des chansons écrites par lui-même pour la plupart, plus quelques unes écrites par d'autres gens, par exemple Vincent Delerm, c'est dire le sérieux de la démarche.
Mais bien sûr François Morel est aussi et avant tout un comique. Il faut donc s'attendre à ce que les chansons qu'il chante ne soient pas d'émouvantes évocations de la vie de grands personnages ou des tire-larmes sur les tragédies de l'existence. Au contraire, on a un éventail assez disparates de petits riens de la vie des gens ordinaires, et c'est bien sûr très humoristique. D'autant que "Collection particulière" n'est pas seulement un concert, c'est aussi un spectacle, un two-men-show, où Morel se prend la tête pendant et entre les chansons avec son pianiste, M. Wagner (qui l'accompagne toujours, n'est-ce pas).
![]() A voir si ça passe près de chez vous !
May 29 Avec certains amis, on n'a pas besoin d'ennemisEncore du théâtre.
Bas-fonds de Londres, XVIIIe siècle.
Peachum, receleur de son état, fait travailler pour lui toute une bande de voleurs, détrousseurs, bandits de grand chemin. Quand il estime que ses gars ne lui rapportent pas assez, il devient chasseur de prime et les dénonce à la justice contre récompense. Sa vie entière est tournée vers le profit. Et si ça lui rapporte, il peut aussi bien vendre femme et enfant.
Sa femme, du reste, partage sa vision des choses, et tous deux sont bien persuadés d’avoir bien élevé leur fille Polly pour qu’elle suive leurs traces. Aussi, quelle n’est pas leur déception quand ils apprennent que Polly, la romantique et sotte enfant, est tombée amoureuse et s’est mariée avec McHeath, l’un des « employés » de Peachum.
Voyant sa fille à la merci d’un autre homme, Peachum s’empresse de tout faire pour la « libérer », en dénonçant McHeath. Celui-ci ayant la réputation d’âtre riche, le faire passer au gibet serait tout bénéfice pour la famille Peachum, puisque Polly hériterait.
Polly, bien sûr, refuse de participer à cela, et court prévenir son mari. Ce que tous ignorent, c’est que McHeath n’est pas qu’un voleur, mais aussi un flambeur et un coureur, et qu’il a déjà plus d’épouses que d’argent dans sa poche.
![]() Dans cette histoire, tout le monde poignarde tout le monde dans le dos, et joyeusement encore, puisqu’il est communément admis que le chacun pour soi est la loi des gens malins, et que la confiance est le lot des imbéciles. Et on se prend à les trouver sympathiques, tous ces coupeurs de gorges, et on trouve même de la logique à leur morale douteuse.
Ils savent par avance que le paradis n’est pas pour eux, que l’avenir ne leur promet que la condamnation à mort ou la déportation dans une colonie pleine de sauvages. Mais ils ont choisi leur vie, et ils l’assument vaille que vaille, trouvant leur honneur dans leur habileté de picpocket ou leur flair d’homme d’affaire.
N’y a-t-il pas de l’honnêteté à afficher sa malhonnêteté au grand jour plutôt que de la masquer pas de l’hypocrisie et des grands discours ?
![]() Une pièce de John Gay, jouée (et fort bien) par la compagnie de l'Arbre en feuille d'Hennebont.
May 07 Samedi soir, j'ai été chez Fifine
Encore un week-end passé sans aller au cinéma (mais il me reste encore mardi, pas de panique). A la place, samedi soir, j'ai été au théâtre. Non non, rien d'élitiste ni d'intellectuel. Il s'agissait d'une soirée organisée à la salle polyvalente par le tennis club de Cléguer (qui, comme son nom ne l'indique pas, est en fait un club de ping-pong), avec la troupe de Port-Louis, les "Amis du 1er Juin", qui jouaient leur pièce Chez Fifine, écrite et mise en scène par Thierry Philippe.
Pour avoir fait partie, il y a encore peu de temps, d'une troupe amateur entièrement autogérée, je n'ai pu qu'admirer le travail de ce petit groupe de personnes qui, pour n'être pas des pros, mettent quand même beaucoup de professionnalisme dans ce qu'ils font, que ce soit au niveau des costumes, des décors, ou de la pièce en elle-même. ![]() Chez Fifine raconte une journée dans la vie d'un petit bistrot d'une petite ville de la côte bretonne, avec tout le pittoresque qu'on peut imaginer, et qui est à peine cliché, croyez-en mon expérience. On y voit Fifine, la patronne, qui porte la coiffe et houspille ses clients, habitués ou non. Chym, son mari, gravement alcoolique (mais c'est culturel) et accessoirement patron pêcheur, qui revient justement de mer après avoir draillé son chalut sur le ferry de Groix et failli percuter un céréalier japonais, un bananier chypriote et le Charles De Gaulle en prime. Gaby, le beau-frère, copie conforme du précité, qui s'endort à la passerelle et manque chacune de ses entrées dans la rade pour aller s'encastrer dans les rochers. La voisine qui commence ses phrases par "vous z'avez pas su ce qui est arrivé ?" mais qui ne connait que la moitié des histoires. Un représentant de France Boissons qui manque de se faire lyncher pour avoir proposé de vendre du chocolat chaud et du thé au citron. Plus tout un petit monde de touristes perdus, une famille en deuil à la recherche du défunt qu'on doit enterrer, un clerc de notaire qui vient régler les questions d'héritage, et les petites amies des joueurs de foot de l'équipe locale.
Si les situations sont exagérées (encore heureux), elles sont racontées avec un accent et un vocabulaire qui eux ne le sont pas. Les "Nom de toui !" succèdent aux "Cui-ci va me rendre dingo, probab'!". Et je n'ai pu m'empêcher de penser aux conversations que ma grand-mère a parfois avec ses amies, quand elles ne parlent pas en breton. Ou encore au Café de la Gare du village de mon enfance, qui conservait ce nom bien qu'il n'y ait plus de gare, et que le bar n'avait jamais servi de café de toute son existence, mais qui en revanche servait des boissons alcoolisées à tout va, y compris aux enfants. C'est d'ailleurs là que ma sœur prit sa première cuite, je crois à l'âge de quatre ans, après qu'on nous ait servi par erreur, à nous ainsi qu'à un cousin et une cousine, des Vittel cassis avec de la crème de cassis au lieu du sirop, et que ma sœur bût les quatre verres parce nous trouvions, nous les grands, que ça avait un drôle de goût. January 29 Culturation (ségolénade)Ce week-end, j'ai décidé de m'ouvrir l'esprit, et au lieu d'aller au ciné, je suis allée voir un ballet. Oui, je souligne, ça vaut le coup parce que ça doit être la première fois de ma vie que j'en vois un. Ailleurs qu'à la télé, s'entend.
Roméo et Juliette, sur la partition de Prokofiev, interprété par le Ballet de l'Opéra National du Rhin, mis en scène par Bertrand d'At, au Grand Théâtre de Lorient.
Bon, à la base, j'y allais surtout pour la musique. La danse, j'y connais pas grand chose, et en temps normal, ça ne m'intéresse que moyennement. Par contre, Prokofiev, j'adore. Prokofiev, c'est celui qui a composé Pierre et le Loup, le truc censé nous faire apprendre les instruments de musique. Il a composé aussi Cendrillon, ce qui fait que j'ai tendance à la ranger dans la même catégorie que Tchaikovski, à savoir les-compositeurs-russes-qui-ont-fait-de-la-musique-pour-ballets, mais l'un comme l'autre ont aussi fait d'autres trucs sympas comme des symphonie, des concertos et ce genre de choses (je suis pas très calée en musique non plus en fait).
En tout cas, Prokofiev fait partie des compositeurs classiques dont on ne connait pas forcément le nom, mais dont on connait forcément certaines oeuvres. Et je suis sûre que si je vous chantait quelques mesures du thème de Romeo et Juliette, vous le reconnaitriez tout de suite. Ou peut-être que non, je ne chante pas très bien et c'est pas facile à chanter, mais passons.
![]() Roméo et Juliette passe pour l'histoire la plus universelle qui soit, ce qui explique qu'elle ait été transposée un peu à toutes les sauces. L'amour impossible, pris entre deux feux dans une querelle, ça peut se passer dans n'importe quel pays à n'importe quelle époque. Ca n'a rien de fabuleux comme idée, ça veut juste dire qu'on répète sans arrêt les mêmes conneries sans jamais tirer de leçon. Dans le ballet, l'histoire se passe à Kiev, ville d'origine de Prokofiev, en 1917, au moment où les révolutionnaires soviétiques prennent le pouvoir dans l'Empire. Prokofiev a pris une pièce élisabéthaine pour en faire une tragédie contemporaine (contemporaine à lui, pas à nous, sinon ça aurait été carrément futuriste). Juliette est fille d'aristocrates. Roméo est un poète engagé dans la lutte, un homme d'idées plus qu'un homme d'action. Le rouge contre la blanche. Ce n'est pas par hasard que Romeo porte une chemise rouge, et la robe blanche de Juliette n'est pas qu'un symbole de pureté.
Après ça, la trame de l'histoire reste le même, Mercutio, Tybalt, la nourrice, Pâris, tout le monde est là. Mais contrairement à la pièce de Shakespeare, où ce qui séparait les amants n'était qu'une rivalité entre deux familles, ici c'est une guerre civile. Le pays est en plein changement, et la Révolution est au coeur du récit. Parce que quand il s'agit d'idéaux, l'histoire malheureuse de deux amoureux n'a que peu d'importance. Et là où les Montaigus et les Capulets faisaient la paix sur le tombeau de leurs enfants, les troupes marchent sur les deux cadavres sans y prêter la moindre intention.
Les ballets, en fait, c'est 'achement bien. Alors bien sûr, je comprends pas tout, et pis c'est nettement plus cher qu'une place de ciné. Mais pour une fois, je pouvais bien me le permettre. C'était ben sympathique, j'y retournerai.
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