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    27 September

    Décatrigrammes

     
    L'heure secrète
    (Titre original : Midnighters, 1- The Secret Hour)
    De Scott Westerfeld
     
    Quelques jours après son arrivée à Bixby, Oklahoma, Jessica Day découvre qu’à minuit, le temps s’arrête. Une vingt-cinquième heure commence, une heure secrète qui appartient aux créatures de la nuit. Cette heure supplémentaire n’est perceptible que pour quelques humains, les Midnighters.
    Bien qu’elle soit l’une d’entre eux, Jessica est différente de ses nouveaux compagnons. Contrairement à eux, elle ne possède aucun pouvoir. Pourtant, sa simple présence a déclenché le réveil des Darklings, de redoutables fauves nocturnes.
     
    Scott Westerfeld s’est d’ores et déjà fait un nom dans la littérature jeunesse fantastique, et à présent que j’ai lu L’heure secrète, je comprends pourquoi et j’ai très envie de lire sa saga UgliesDans le premier tome de la trilogie des Midnighters, il parvient à créer en quelques chapitres les codes d’un univers qui, sans être réellement un autre monde, possède ses propres règles. On appréhende très vite le fonctionnement de l’heure bleue, sans avoir besoin de longues explications encyclopédiques.
     
    D’autre part, les Midnighters sont en nombre assez réduit. C'est-à-dire, suffisamment peu nombreux pour que chacun ait sa propre personnalité, ses propres problèmes, ses interrogations. Mais suffisamment nombreux quand même pour que leurs relations soient compliquées et intéressantes à explorer. Jessica, qui est le personnage central, ne sait rien de l’heure bleue et a tout à découvrir. Les autres, en revanche, ont déjà une expérience solide de la nuit, un passé en commun, y compris des disputes, des rancunes et des secrets.
     
    Ca se lit facilement, et avec plaisir. Et même si ça parle d’adolescents, et occasionnellement d’émois adolescents, ça ne bêtifie jamais. Le premier tome fait surtout office de mise en place, mais on sent déjà, dans toutes les questions laissées sans réponse, que l’auteur sait où il nous emmène, et qu’on aura plaisir à l’y suivre. Vivement la suite.
     
    24 September

    The last night that she lived, it was a common night

     
    Except the dying
    De Maureen Jennings
     
    Un matin d’hiver 1895, le cadavre de Thérèse Laporte, jeune domestique québécoise, est découvert nu, dans la neige, au fond d’une ruelle. Murdoch, récemment promu détective, enquête sur les possibles témoins du meurtre, ainsi que sur les employeurs de la victime.
    Sur son temps libre, il tente d’améliorer sa vie sociale pour oublier sa fiancée, Liza, morte deux ans plus tôt.
     

    Under the dragon’s tail

    De Maureen Jennings

     

    Murdoch est chargé de l’enquête sur la mort de Dolly Shaw. Autrefois sage-femme, la victime était alcoolique et très antipathique, et gagnait sa vie en monnayant son silence auprès de celles de ses clientes qui avaient un besoin désespéré de discrétion.
    Pendant ce temps, en vue du tournoi inter-station de la police de Toronto, Murdoch doit s’entrainer à la course cycliste et découvrir qui essaie d’empoisonner George Crabtree, le meilleur espoir de la station 4 pour la compétition de lutte.
     

    Poor Tom is cold

    De Maureen Jennings

     

    L’agent Oliver Wicken est retrouvé mort sur le circuit de sa ronde nocturne. Une note retrouvée sur lui laisse à penser qu’il s’est suicidé à cause de sa rupture avec sa fiancée. Or non seulement personne ne savait qu’il était fiancé, mais aucun de ses collègues, à commencer par Murdoch, ne peut croire à son geste.
    Dans une maison toute proche de l’endroit où Wicken est mort, une jeune femme a été enlevée de force et emmenée à l’asile par les enfants de son mari, après qu’elle les ait accusés d’avoir assassiné son petit garçon.
     

    Night’s child

    De Maureen Jennings

     

    Amy Slade, jeune institutrice progressiste, trouve dans le casier d’Agnès Fisher, une de ses élèves âgée de treize ans, des photographies à caractère pornographique. Dont une d’Agnès elle-même. Le lendemain, Agnès ne vient pas en classe. Amy se rend à la station n°4 et demande à Murdoch d’enquêter discrètement.
    Murdoch doit également découvrir qui tente de discréditer à coup de lettres anonymes son collègue, le sergent Charlie Seymour, et faire face au départ prochain d’Enid Jones, la jeune femme qu’il fréquente depuis quelques mois.
     
     

    Alors que mes parents s’apprêtent à partir pour un périple qui lès emmènera de Toronto à Québec, les petits veinards, je suis pour ma part en train d’en finir péniblement avec Night’s child, le cinquième tome des Detective Murdoch Mysteries. Sur sept volumes publiés, j’en ai acheté cinq, et lus quatre. (J’ai sauté le quatrième, ne me demandez pas pourquoi, une impulsion du moment). Et je crois que je vais m’arrêter là.

     
    Les romans de la série des Murdoch Mysteries appartiennent à ce genre un peu bâtard qu’est le roman policier historique, où l’auteur donne pour cadre à son enquête une époque passée, à l’image par exemple de ce qu’Anne Perry a pu écrire. La principale difficulté pour l’auteur est de maintenir l’équilibre entre la partie « investigation », la plus importante car elle est la ligne directrice du livre, mais qui doit rester cohérente vis-à-vis du contexte qui lui est donné, et la partie « Histoire » qui se doit d’être juste et fidèle à la réalité historique, intéressante également car sinon l’exercice est inutile, mais sans tomber dans la pédagogie non plus car elle doit rester en retrait par rapport à la partie investigation.
     
    Les romans de Maureen Jennings, qui racontent les enquêtes du détective William Murdoch dans le Toronto de 1895, ont non seulement été bien accueillis par les lecteurs, dans plusieurs pays et plusieurs langues, mais ils ont aussi été salués par la critique. Certains ont même été récompensés. Je veux bien reconnaître que c’est à juste titre. L’auteur s’est manifestement appuyée sur un travail de recherche minutieux pour recréer la ville de Toronto telle qu’elle était à la fin du XIXe siècle, c’est à dire une ville moderne en pleine essor, où les nouveaux immigrants arrivaient chaque jour, et où la répartition de la population en couches sociales bien distinctes et hermétiques les unes par rapport aux autres était un état de fait accepté comme allant de soi. Murdoch se promène des quartiers les plus huppés aux rues les plus malfamées, à pied, en tram ou en vélo. Avec lui, on assiste aux enquêtes du coroner et aux autopsies, ramassis de préjugés et d’ignorance. On visite les asiles d’aliénés, les écuries et les cabarets. Et si, en tant que héros, il occupe le plus gros de l’espace, chaque personnage, même le moins important de l’intrigue, a droit à son chapitre, ou au moins ses quelques pages, pour que sa situation soit exposée et que le lecteur se trouve bien immergé dans cet univers. Du côté reconstitution, donc, rien à dire.
     
    Mais le problème, c’est justement que la reconstitution prend énormément de place. Certains passages, très utiles pour à installer une atmosphère, ne servent en revanche à rien dans l’intrigue. Certains personnages semblent n’être là que parce qu’ils vont bien dans le décor. A côté de ça, les enquêtes en elles-mêmes abordent des sujets parfois intéressants mais toujours glauques, comme l’avortement illégal, les violences sur enfants… A croire que personne ne tue simplement pour l’argent. Leur résolution est toujours fastidieuse, il n’y a absolument rien de ce processus qui permet au lecteur de démêler l’écheveau graduellement et de tirer ses propres conclusions. Les réponses arrivent tout bêtement, au moment où l’auteur a eu envie de les révéler. Ou bien elles n’arrivent pas. Certaines sous-intrigues sont carrément laissées sans solution à la fin.
     
    Et puis surtout, après avoir vu et beaucoup aimé l’adaptation en série de ces romans, j’ai été frustrée de ne retrouver dans ces derniers ni la même ambiance, ni vraiment les mêmes personnages. Je m’étais faite à un détective extrêmement brillant, passionné de sciences et technologies mais peu doué socialement (un geek, en somme), évoluant dans un décor qui restait sépia et élégant malgré les crimes qu’on y commettait. Les romans, plus réalistes, sont évidemment plus sombres, plus tristes, plus sales, plus sordides. Et mon William Murdoch y a complètement disparu. A sa place, il n’y a qu’un homme toujours déterminé à faire éclater la justice et la vérité, mais moins préoccupé par l’approfondissement de ses connaissances scientifiques que par l’idée, vraiment très obsédante, de mettre fin à son célibat.
     
    C’est sans doute un tort de juges une œuvre d’après son adaptation, mais je ne peux m’empêcher de trouver que les scénaristes de la série ont fait un travail formidable en approfondissant les points positifs des romans et en ajoutant les éléments qui leur manquaient, à commencer par de l’humour. Le tome 4 va repartir vers la PAL et va y rester quelques temps. Quant à moi, je vais passer à autre chose.

     

    21 September

    All the leaves are brown and the sky is grey

     
    Fish Tank
    De Andrea Arnold. Avec Katie Jarvis, Michael Fassbender, Kierston Wareing…
    Sortie : 16 septembre 2009
     
    Mia, 15 ans, est une ado rebelle en rupture avec tout. Virée de l’école, solitaire, elle est en conflit perpétuel avec sa mère. Son seul refuge est la danse hip hop, qu’elle pratique en cachette et sans technique. Quand Connor, le nouveau petit ami de sa mère, s’installe chez elles, Mia se met à espérer que les choses changent.
     
    Fish Tank a été pour moi l’un de ces films dont on entend parler longtemps à l’avance, qui accrochent au point qu’on a immédiatement envie de les voir, qu’on attend longtemps et qu’on ne raterait pour rien au monde quand ils sortent enfin au cinéma. En général, c’est un phénomène qui concerne plutôt les gros blockbusters, dont la promotion ressemble plus à du matraquage qu’autre chose, mais dont je ne me lasse pas de voir et revoir la bande-annonce bien qu’elle passe à tout bout de champ. Ça n’a pas été le cas cette fois. Depuis sa projection à Cannes, je n’en avais quasiment plus entendu parler. Jusqu’à ces derniers jours, où les critiques n’ont pas manqué de dire tout le bien qu’ils en pensaient. Tout en donnant quelques éléments supplémentaires sur l’histoire.   Et c’est là que je me suis rendue compte qu’en fait, le film que j’allais voir n’était pas du tout celui que j’avais imaginé d’après le pitch.
     
     
    Certes, je savais que Fish Tank n’allait en rien ressembler aux films du style Sexy Dance, High School Musical, ou n’importe quoi du genre, et même de qualité supérieure, où la passion du héros (ou de l’héroïne, en l’occurrence) le mène vers la réussite et la résolution de tous ses problèmes. Le cinéma d’Andrea Arnold est plus proche de celui de Mike Leigh ou Ken Loach à mon avis. Plus ancré dans la réalité, surtout quand elle est dure et sordide. Mia en est à un point où elle a déjà brûlé tous ses vaisseaux. Elle n’a rien de concret à quoi s’accrocher. Son agressivité et sa violence lui ont fait perdre ses amis. Sa mère, qui elle-même se comporte comme une ado irresponsable, ne rate aucune occasion de faire comprendre à ses filles à quel point elles sont un fardeau pour elle. Sa sœur Tyler, âgée d’à peine onze ou douze ans, est une petite peste avec un comportement de garce, qui veut affronter son ainée tout en la suivant déjà sur la même mauvaise pente. Sa scolarité est un échec, elle n’a rien à espérer de l’avenir. Et pourtant, loin de se laisser aller au désespoir, elle conserve une colère intacte et continue de se débattre. C’est sans doute pour ça que le film s’appelle Fish Tank. Mia tourne en rond dans son petit appartement et dans sa cité, de la même façon qu’elle tourne en rond métaphoriquement dans sa vie, comme un poisson dans un aquarium, avec le sentiment d’être emprisonnée et d’étouffer. Et donc, dès qu’elle est dehors, elle ne s’arrête jamais de marcher, de courir, de chercher la bagarre. Et de danser.  
     
     
    Là où le film a été différent de ce à quoi je m'attendais, c'est dans le rapport que Mia noue avec Connor. Tout en sachant que le film ne serait pas une bluette sentimentale avec un happy end, j'espérais un peu d’optimisme. J'espérais que cette relation entre cette écorchée vive et son potentiel beau-père allait avoir l'originalité d'être belle. Que Connor allait être le type bien qui allait prendre soin de ses petites femmes, la figure paternelle qui apporterait à cette famille qui en manque tellement la stabilité, la responsabilité, et pourquoi pas en prime la joie, l’harmonie et l’affection. Celui qui allait croire en Mia, peut-être lui ouvrir de nouveaux horizons. Et c'est le cas, mais pas seulement. Ca aurait été trop simple.
     
    Cela dit, bien que mes attentes aient été déçues, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce film. Katie Jarvis est absolument épatante. Son jeu est totalement instinctif, naturel, sans la moindre trace d’affectation. Son manque d’expérience dramatique aurait vraiment pu la desservir, mais elle a su en faire un atout. Et surtout, Andrea Arnold a sur la filmer, capter tout ce qu’elle avait à exprimer, et la sublimer. Et Michael Fassbender apporte à Connor, qui est pourtant loin d’être son plus grand rôle, une présence imposante et un magnétisme qui le rendent mémorable, une fois de plus.
     
    16 September

    Real blood is for suckers

     
     True Blood
    Série créée en 2008 par Alan Ball

    Avec Anna Paquin, Stephen Moyer, Sam Trammell, Ryan Kwanteen...

     

    Une firme japonaise ayant mis au point un sang synthétique, les vampires qui vivaient jusque là dans la clandestinité décident de révéler officiellement leur existence aux mortels et tentent de s’intégrer à la société.
    Deux ans après la « sortie du cercueil », le vampire Bill Compton revient à Bon temps, petite bourgade de Louisiane dont il est originaire. Il y fait la connaissance de Sookie Stackhouse, serveuse dans un bar-snack et télépathe. Entre eux, l’attirance est immédiate et irrésistible. Mais à Bon Temps encore plus qu’ailleurs, les mentalités peinent à évoluer et l’incursion du surnaturel dans le monde normal est vu d’un très mauvais œil.
     
    HBO vient de terminer la diffusion de la saison 2 de True Blood, entré l’année dernière dans mon panthéon séristique dès son pilote. Il serait difficile de faire le tour de deux saisons en un billet, surtout quand on voit que certains internautes parviennent à consacrer un article à chaque épisode. Mais je vais quand même essayer d’en dire quelques mots.
     
     
    Tiré d’une série de romans de Charlaine Harris, True Blood a été adapté pour la télévision par Alan Ball, bien connu des amateurs de séries pour Six Feet Under, (toujours pas vu, ou si peu), mais aussi des cinéphiles pour American Beauty dont il a écrit le scénario, et de moi parce que j’ai joué une de ses pièces, Five women wearing the same dress qui démontrait déjà son aversion pour les gens bien pensants et hypocrites qui vivent d’apparences, de convenances et de dogmes. Dans True Blood, c’est certes de vampires qu’il est question, ainsi que de quelques autres créatures aux frontières du surnaturel, et il y a évidemment dans l’intrigue une bonne part de mythologie, que les auteurs ont mise à leur sauce. Mais le fond du problème, qui est aussi le thème principal traité dans la première saison et l’une des deux intrigues de la seconde, ce sont les relations entre les vampires et les mortels, comme métaphore sur l’intolérance et l’intégration.
     
    Comme les minorités qui par le passé ont été mises à l’index à cause de leurs différences et se sont battues pour faire reconnaître leurs droits, les vampires sont divisés sur la conduite à tenir. D’un côté se trouvent ceux qui revendiquent leur appartenance au genre humain et cherchent, malgré des difficultés évidentes telles que l’immortalité ou l’allergie au soleil, à vivre comme des membres ordinaires de leur communauté. De l’autre, ceux qui au contraire ne tenaient pas vraiment à sortir au grand jour (si on peut dire) et ont le plus grand mal à accorder du respect aux êtres inférieurs qui n’étaient jusque là que leurs proies.
     
     
    Quant aux mortels, que l’on sait peu portés à l’acceptation spontanée de l’autre, ils ne sont pas du tout prêts à faire confiance à des êtres contre-nature et sanguinaires, quelle que soit la bonne volonté qu’ils affichent. Au contraire, plutôt les exterminer. Ou mieux, les utiliser. Car le sang de vampire est désormais utilisé par les humains comme médicament universel, comme aphrodisiaque ou même comme drogue, faisant l’objet d’un marché noir qui a transformé les prédateurs ancestraux en proies.
     
    C’est sur ce fond de militantisme pour les droits civiques, de harangues politico-religieuses de conservateurs fanatiques et de petits trafics en tout genre que prend place l’atmosphère moite et étouffante de True Blood.  Loin de faire dans la dentelle et la langue de bois, le ton est donné dès la toute première scène : cette série ne passera jamais sur une chaîne familiale à une heure de grande audience. Elle placerait le gore dans la catégorie des farces et attrapes. (La mort de Longshadow, dans le genre, a bien failli avoir raison de mon système digestif, tout comme le hunter soufflé de Maryann). Quant aux scènes de lit, elles sont largement au niveau de celles de Nip/Tuck, en qualité autant qu’en quantité. Âmes prudes et sensibles, passez votre chemin et zappez. Pour les autres, bienvenue dans ce Trifouillis-les-Oies typique du Sud profond où vous trouverez pêle-mêle des policiers locaux qui se prennent pour des cow-boys, une hippie moderne version altermondialiste, un vrai chef viking, quelques rescapés des années disco, un ancien combattant souffrant de stress post-traumatique, une mère célibataire collectionnant les divorces, un cajun à l’accent incompréhensible, une alcoolique intégriste, une sorcière vaudoue, une ado supra-chiante, une antisociale râleuse, une mamie gâteau, un chien errant, un black gay cuisinier dealer et ouvrier de travaux publics, un fils-à-maman sympa, un pasteur mégalo, un messie martyre et quelques autres encore. Et là je ne parle que des personnages secondaires.
     
    Et l’héroïne dans tout ça ? Et bien l’image de la petite blonde sexy des histoires de vampires est tenace. Mais Sookie n’est ni une fighteuse à la Buffy, ni une damoiselle en détresse qu’il faut secourir. Elle est entre les deux, en fait. Sa complexité n’apparait pas au premier coup d’œil. Dans le premier épisode, n’eut été le grand moment de bravoure du sauvetage de Bill, elle aurait même pu passer pour une dinde complète, tant elle affiche son côté fille de la campagne sympa et simplette qui vit avec sa grand-mère, défend à ses amis de parler un langage ordurier en sa présence et surjoue à mort le coup de foudre.
     
     
    Seulement voilà, elle n’est certes jamais sortie de son bled, mais elle a été élevée par une femme aux idées très ouvertes, et donc, elle aussi a l’esprit large. Elle est innocente comme une pensionnaire de couvent, mais elle travaille en minishort et T-shirt ultra-moulant dans l’équivalent péquenot d’un restoroute. Le reste du temps ses fringues sont un genre de mix entre le style Jane Mansfield (retro sexy) et le style « j’ai piqué la blouse de ma grand-mère » (retro ugly). Elle entend en permanence les pensées vaines et moches des gens, mais au lieu d’être dégoûtée du genre humain, elle reste accueillante et aimable, toujours prête à laisser leur chance aux gens qu’elle rencontre. Et si elle éprouve une vive curiosité envers les vampires, contrairement à tant d’autres qui les rejettent par principe, il n’y a dans son intérêt rien de malsain, aucun attrait pour la mort ni pour l’immortalité. L’arrivée de Bill et son entrée dans le surnaturel transforment quasiment sa vie en chaos, mais elle affronte les choses avec une force de caractère étonnante et persiste à vivre leur relation de façon aussi normale et naturelle que possible.
     
    Anna Paquin, actrice dont le talent n’est plus à démontrer par ailleurs (plus jeune oscarisée après Shirley Temple, quand même !) a une façon assez surprenante de porter ce personnage. Tant dans sa façon de parler que de se mouvoir, elle a parfois l’air de planer à vingt mille et de brandir sa niaiserie comme un étendard en fonçant dans le tas sans regarder ce qui se passe autour d’elle. Le résultat est plutôt déroutant. Toujours est-il qu’une fois passées ses minauderies et ses secouements de tête et d’épaules intempestifs, on s’attache facilement à Sookie, parce que bon, quand même, elle s’en prend plein la tronche, au figuré comme au propre, et à sa place n’importe qui serait devenu une loque gémissante, tremblant de peur, terré au fond d’un placard. Mais elle non, elle s’accroche, elle défend ce qu’elle a, et ça c’est bien.
     
     
    Quant aux hommes de sa vie, ils valent le détour. Il y a son frère Jason, un vrai cliché sur pattes : le fainéant par excellence, dragueur, frimeur, buveur, glandeur, profiteur, et par-dessus le marché il se permet d’être réac. Mais on lui pardonne tout parce qu’il a du charme. Bien qu’il soit le grand-frère, c’est lui le plus fragile de la famille, le raté qui cumule les conneries tout en accusant les autres de tous ses problèmes. On avait pas vu sudiste aussi stupide depuis Rosco, et on est finalement partagé entre la compassion et l’envie de lui mettre des beignes.
    Il y a Sam, son patron, le gentil, le romantique, le fiable et fidèle. Le meilleur ami qui aimerait bien être plus mais qui, malheureusement, n’a rien de vibrant. Sauf qu’il cache sa part d’ombre, lui aussi.
    Il y a Erik, vampire millénaire, propriétaire d’un night-club à Shreveport et sheriff de la zone de Renard Parish. Il s’intéresse de près à Sookie, d’autant qu’elle a des capacités hors normes. Et d’autant plus qu’elle n’est pas libre. Car Eric est un guerrier, il aime les challenges.
     
    Et puis il y a bien sûr le grand ténébreux de service, William Compton. Souffrant du classique complexe de culpabilité propre aux vampires dotés d’une conscience, il se bat pour retrouver son humanité perdue et saisit l’opportunité qu’offre le True Blood de côtoyer à nouveau les mortels sans être tenté de s’en repaître. Bel effort, dans la mesure où le True Blood semble être assez dégueu, même réchauffé à 37,2°C. Bill est le premier surpris de trouver l’amour en revenant à Bon Temps, lui qui serait plutôt du genre à s’auto-torturer en se disant qu’après un siècle de monstruosité il ne mérite pas son bonheur. Mais heureusement, sa bien-aimée Sookie parvient parfois à lui faire ravaler son agressivité. Pour elle, il sait redevenir cet old-fashioned gentleman qu’il était à l’époque où il combattait l’ennemi yankee.
     
     
    Leur grande et belle histoire sert de colonne vertébrale à la série. Ce qui fait dire à certains que c’est une série-donut : creuse au milieu. Je ne peux que m’insurger contre une telle remarque. C’est vrai, je suis partiale, j’aime Bill. Je ne suis pas de celles qu’il ennuie. Mais même si les choses ont été très vite pliées entre ces deux-là, on ne peut pas pour autant dire que leur relation ne pose aucune question, ni qu’elle se passe sans heurts. Sans compter qu’en vingt-quatre épisodes, dont les événements s’étalent sur un laps de temps d’un mois à tout casser, les scénaristes sont parvenus à faire passer leurs personnages par toutes sortes de péripéties invraisemblables, les faisant affronter leurs pires peurs et frôler la mort de très près à plusieurs reprises. Il faut bien au moins un élément stable dans cette histoire, et c’est donc une bonne chose que leurs sentiments réciproques soient sûrs. On ne va quand même pas se taper une version vampirique de Grey’s Anatomy, non plus !
     
    En tout cas, True Blood est addictive. J’ai un peu de mal à analyser pourquoi elle l’est autant, car il y a pas mal d’éléments décevants, ou agaçants. Plusieurs intrigues, qui promettaient de révéler de grands secrets, trouvent une résolution rapide et simpliste, laissant un arrière-goût de “tout ça pour ça ?”. Certains personnages n’ont pas encore démontré leur utilité (Pam ?), certains pourraient quitter carrément la série sans qu’on les regrette (Tara, dégage !), d’autres sont partis trop vite (Goodbye, Godric !)
     
     
    D’un autre côté, les fondations de l’histoire sont plutôt solides et bien pensées. L’écriture des dialogues est excellente, avec un lot de pépites digne des meilleures séries. Le rythme est intense, chaque épisode ou presque, y compris les season finale, se termine par un cliffhanger et je me suis à plusieurs reprises retrouvée immobile devant mon écran, la bouche ouverte, haletant comme une junkie en manque au moment où l’écran devenait noir et le générique commençait. Les personnages secondaires parviennent plutôt bien à tirer leur épingle du jeu, et certains sont réellement très attachants. J’ai une tendresse particulière pour Hoyt et Jessica, ainsi que pour Terry.
     
    Et puis, inutile de faire l’innocente à ce sujet, les vampires sont terriblement séduisants. La saison 3 nous promet déjà une lutte de fans, divisés entre la Team Bill et la Team Erik (mais où vont-ils chercher ça, franchement ?), et même si je me classe dans la première parce que j’aime les belles histoires de true love où les héros sont “faits l’un pour l’autre”, et que Stephen Moyer a exactement le genre de sourire qui me fait fondre, je dois quand même admettre qu’Alexander Skarsgård est un grand acteur, dans tous les sens du terme, et que son Erik, mieux doté en humour qu’en scrupules, pourrait bien finir par faire pencher la balance de l’autre côté. Ou non ?
     
    14 September

    Vous prendrez bien un verre de lait ?

     
    Inglorious Basterds
    De Quentin Tarantino. Avec Brad Pitt, Christoph Waltz, Mélanie Laurent, Eli Roth...
    Sortie : 19 Août 2009
     
    Dans la France occupée des années 40, un groupe de soldats américains connus sous le nom de « bâtards » sème la terreur dans les rangs nazis. A Paris, une jeune femme juive qui vit sous une fausse identité attire l’attention d’un jeune tireur d’élite allemand. Les services secrets britanniques utilisent une célèbre actrice comme agent double. Pendant ce temps, Goebbels organise la première de son dernier film.
     
    Quentin Tarantino a dû être élevé par son Oncle Ben, car vraiment, quoi qu’il fasse, c’est toujours un succès. Son génie confine à la folie, mais on ne peut qu’admirer sa capacité à faire des films sans se préoccuper le moins du monde de détails aussi futiles que la cohérence, la vérité historique, le respect des codes des genres cinématographiques ou la juste proportion entre action et dialogues. Il raconte exactement ce qu’il a envie de raconter, au rythme qu’il a choisi, et le plus extraordinaire c’est que jusque là, le public a plutôt suivi. Inglorious Basterds a presque l’air calme et sobre après le déroutant Pulp Fiction ou le flamboyant Kill Bill, et ne restera pas dans les annales comme sa meilleure production. Mais évidemment, il ne serait pas raisonnable d’exiger à chaque fois une déconstruction temporelle ou un combat au sabre avec un black mamba dans un mobil-home.
     
    Cela dit, il y a des compensations. L’excellence du casting pour commencer. Moi qui n’ai jamais été une grande fan de Brad Pitt, même pas quand j’étais ado et que mes copines se pâmaient devant Légendes d’Automne, je me mets à l’adorer dès qu’il cesse de jouer de son image de sex-symbol pour se tourner vers des personnages un peu plus brut de décoffrage, comme dans Snatch ou, à un moindre degré, dans Fight Club. Son Aldo Raines est un parfait cliché du militaire américain issu du fin fond de la cambrousse et qui salue le drapeau la main sur le cœur tous les matins.  
     
     
    Face à lui, Christoph Waltz, dans le rôle du Colonel Landa, démontre magistralement comment la plus brillante intelligence et les talents les plus admirables peuvent être mis au service des plus basses œuvres et des pires lâchetés. On peut déplorer que les acteurs allemands, dès lors qu’ils ont la possibilité de tourner dans un film international, soient souvent cantonnés à l’uniforme estampillé Wehrmacht, avec ou sans double S. N’empêche que s’ils ont le goût de leur métier et assez de recul par rapport à l’histoire de leur pays, il peut leur arriver de trouver, caché sous le cliché tel un œuf de Pâques sous les branches d’un buisson, un rôle inratable.
     
    Je pourrais également dire tout le bien que je pense de Michael Fassbender, encore une fois, mais je vais finir par être redondante  si à chacun de ses films je ne sais que répéter que je le trouve génial. Je peux en revanche applaudir l’ensemble des bâtards, en particulier Eli Roth, ainsi que Daniel Brühl qui confirme son talent de film en film, Sylvester Groth et Martin Wuttke qui sont géniaux dans leur excès. Tous parviennent à être convaincants. Et ce n’est pas rien d’être convaincant quand on doit servir un scénario aussi tordu.
     
    Et que dire des filles ? Certes, Diane Krüger a déjà un statut de star internationale. Mais Mélanie Laurent, qui parlait à peine anglais quand elle a été embauchée, est en passe de suivre les traces de Marion Cotillard sur les tapis rouges d’Hollywood. Qui a dit que les français étaient mal vus en Amérique ? En tout cas, les françaises ont la cote. Il faut dire que Tarantino aime les actrices. Il leur offre toujours des rôles qu’elles ont plaisir à défendre. Oui elles en bavent. Mais qui châtie bien…
     
     
    Et donc, au milieu de toute la parlotte entrecoupée de défonçages de tronches auquel il nous a habitués dans ses films précédents, Tarantino parvient en supplément à insérer :
     - un peu de mise en abyme, car quand on aime le cinéma, on rend hommage aussi aux productions made in Berlin des années 40 (je me suis même posé des questions sur l’existence réelle de La Fierté de la Nation et de Leni Riefenstahl)
     - de la caricature à haut niveau (les Grands-Bretons, fins et cultivés au-delà du raisonnable, et bien entendu flegmatiques, combattent aux côtés d’Américains bouseux, quasi illettrés, grandes gueules et têtes brûlées, des Allemands très intelligents au cœur de pierre et trop sûrs d’eux, dans un pays où les gavroches portent des bérets et les dames des chapeaux très très élaborés)
     - un petit cours de chimie sur les nitrates dont le style rappelle vaguement l’exposé sur l’origine du tissu dans la Cité de la Peur (mais il ne peut y avoir aucun lien, n’est-ce pas ?)
     - une réécriture de l’histoire qui fait plaisir à tout le monde (Oh My God que c’était bon cette séquence !)
    Le tout conclu de façon surprenante et jouissive. Que demande le peuple ?