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February 28 Chantez plus fort, que le monde vous entende...![]() Hunger
De Steve McQueen. Avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Brian Milligan, Stuart Graham...
Sortie : 26/11/2008
Ulster, 1981. A la prison de Maze, les détenus du quartier H, condamnés pour leur appartenance à l’IRA, mènent depuis 4 ans et demi un "Blanket and No-Wash Protest" afin d’obtenir le statut de prisonniers politiques. La violence est extrême et quotidienne, et toute tentative de négociation se solde par un échec. Bobby Sands appelle alors le père Dominic Moran pour lui annoncer qu’il va entamer une nouvelle grève de la faim.
Hunger s’est probablement d’abord fait remarquer parce que son réalisateur s’appelle Steve McQueen. Il faut avouer que ça peut surprendre. Quoi ? Il réalise Steve McQueen ? Mais il est pas mort ? Ben si… Mais ce Steve McQueen-là est en fait un trentenaire britannique, artiste plasticien plus que cinéaste, et dont Hunger est le premier film.
On sent bien la patte d’un artiste dans la mise en scène. Je ne sais pas bien encore s’il a voulu créer un équilibre entre le fond et la forme, ou les mettre en opposition. En tout cas, il sait travailler l’image, et pas seulement pour l’esthétique. Le propos est horrifiant, il enlève aux martyrs d’Ulster tout le glamour qu’on accorde aux chevaliers courageux et fidèles à leur cause, en décrivant avec précision et sans aucune censure comment ils faisaient eux-mêmes de leurs cellules des cloaques répugnants, ou encore par quels moyens peu ragoutants ils faisaient passer des messages vers l’extérieur. Et comment leurs gardiens, à intervalles réguliers, imposaient une pause à la grève en karchérisant les hommes et les lieux. Hunger est percutant comme un coup de poing dans la tronche, réaliste jusqu’à la crudité. Il fallait du courage et des tripes pour raconter cette histoire-là, et pour la raconter de cette façon-là, sèchement, violemment, salement.
De longs plans, sans musique, souvent sans parole, bref, une mise en scène d’une rare aridité, pour montrer comment des hommes survivent, comme des bêtes, immobiles, dans un silence assourdissant, rejetant comme des ascètes tout ce qui pourrait leur amener un peu de confort. Non dans le but de s’élever spirituellement mais simplement parce qu’ils sont en prison, qu’ils ont les mains liées, et que leur seul moyen de continuer leur combat, de se faire entendre, c’est de diriger leur violence contre eux-mêmes. Qu’importe s’ils souffrent beaucoup, du moment que l’ennemi en pâtit un peu.
Effectivement, l’ennemi en pâtit, et plus qu’il en a l’air. Pas le gouvernement bien sûr, pas ceux qui, de loin, décident péremptoirement du sort des sujets d’Irlande du Nord. Mais les gardiens de prison, les policiers, ceux qui chaque jour doivent être témoins et victimes collatérales de ce que les prisonniers s’infligent. Ceux qui, de temps en temps, en remettent une couche avec un sens de la discipline à toute épreuve, en filant quelques coups de matraques sur des corps nus et amaigris qui usent leurs dernières forces à résister. Ceux qui ne disent rien parce qu’il n’y a rien à dire, c’est comme ça que ça doit marcher. Ceux qui rentrent chez eux avec, pour certains, un léger dégoût, pour d’autres, le sentiment du devoir accompli. Mais pour tous, la peur au ventre, car si dans les murs de la prison, ils ont le dessus, au dehors les républicains qu’on n’a pas encore arrêtés les prennent pour cibles.
![]() Et puis, au milieu du film, le dialogue-confrontation entre Bobby Sands et Dom Moran ramène un peu d’humanité dans le pénitencier, prouvant que les animaux gémissants qu’on a vu tourner en rond depuis le début sont aussi capables de parler, et de réfléchir. Vingt minutes en trois plans fixes, un large, un champ, un contrechamp, pour essayer de convaincre l’autre de la nécessité ou de l’inutilité du sacrifice qui va être fait. Car Bobby a décidé d’entamer une grève de la faim qui le mènera à la mort. Et dans la dernière partie du film, c’est à sa lente agonie qu’on assiste, un amaigrissement épouvantable, une perte de forces, de voix, de sens, jusqu’à la fin, jusqu’à sa sortie de prison les pieds devant. La performance de Michael Fassbender est simplement hallucinante. J’ai toujours su qu’il avait un grand potentiel, mais aucun rôle ne lui avait autant demandé jusqu’ici, et c’est impressionnant de voir ce qu’il donne.
Je connaissais un peu l’histoire de Bobby Sands. Mais jamais je n’avais entendu parler de la Blanket and No-Wash Protest. C’est une partie de l’histoire que sans doute peu de livres racontent, tant elle n’est glorieuse pour personne. Steve McQueen ne cherche pas, dans ce film, à approuver ou désapprouver quoi que ce soit. Les geôliers n’y sont pas que des bourreaux. Les prisonniers sont clairement des victimes, mais il s’agit de ne pas oublier qu’ils ont été emprisonnés pour actes de terrorisme. (J’ai personnellement tendance à penser que la fin justifie rarement les moyens, et qu’une cause, aussi bonne soit-elle, est corrompue dès lors qu’on utilise la violence pour la défendre). Et la force morale de Bobby Sands est d’un tel niveau qu’il est difficile de le voir comme un martyr, même si c’est à ce titre qu’on retient aujourd’hui son nom.
J’avais raté Hunger à sa sortie il y a quelques mois, et je suis très heureuse d‘avoir eu l’occasion de voir ce film en fin de compte. Il est si puissant qu’il m’a scotchée au siège, m’entrainant malgré moi à l’intérieur de la prison, me faisant partager les souffrances des hommes comme si je recevais dans le ventre chaque coup porté. J’ai été choquée comme rarement au cinéma, j’ai pleuré comme si j’avais eu vraiment physiquement mal. Il faut être préparé avant de le voir, mais aussi dur qu’il soit, ce n’est pas un film qu’on peut regretter d’avoir vu.
February 15 Lettre I de mon challenge ABC 2009Hedda Gabler
de Henrik Ibsen
HEDDA (va vers le fond de la pièce) Bon… Il y a une chose, en tout cas, que j’ai pour m’amuser en attendant.
TESMAN (rayonnant) Oh ! Dieu soit loué, et merci ! Et qu’est-ce que c’est, Hedda, hein ?
HEDDA (à l’ouverture de la porte, le regarde avec un mépris contenu) Mes pistolets… Jörgen.
TESMAN (angoissé) Tes pistolets !
HEDDA (les yeux glacés) Les pistolets du Général Gabler.
Hedda, fille du Général Gabler, a épousé Jörgen Tesman, un modeste chercheur, spécialiste en « histoire de la culture ». Rentrés de leur voyage de noces, le couple apprend qu’Ejlert Løvborg, un confrère de Tesman, a publié un ouvrage excellent qui le place en concurrent direct de Tesman pour l’obtention d’un poste de professeur à l’université. Or, sans ce poste, Tesman ne pourra pas subvenir aux besoins dispendieux de son épouse. Aussi Hedda décide-t-elle de séparer Løvborg de sa muse, Thea Elvsted, et de le ramener vers ses démons, l’alcool et la débauche.
Mais elle n’agit pas tant pour le bien de son couple que par ennui, jalousie et désespoir. Et elle paiera finalement ses choix.
Difficile de résumer cette histoire de façon satisfaisante. Une pièce de théâtre est plus courte qu’un roman, les événements s’enchainent plus vite. Et si l’histoire en est aussi riche, les descriptions y sont plus rares et moins détaillées, et les actes et motivations des personnages sont souvent plus ouverts à l’interprétation. Une pièce étant faite pour être jouée, d’avantage que pour être lue comme simple ouvrage de littérature, une analyse après une seule lecture risque d’être assez peu aboutie. Essayons tout de même.
Je dois dire que j’ai vite renoncé à lire l’introduction de Régis Boyer de mon édition (25 pages qui tentent d’analyser la place d’Hedda Gabler dans l’œuvre d’Ibsen à coup de Kierkegaard et de mythologie scandinave antique) pour attaquer directement le texte. Phrases courtes et concises, pas de monologues ni de tirades et heureusement, pas de figures de styles exagérément intellos qui vous embrouillent. Hedda est assez ambigüe et complexe sans en rajouter.
Ibsen, de même que l’ensemble de la littérature norvégienne, m’était totalement inconnu. Mais Hedda m’attirait terriblement depuis longtemps. Pour en avoir vu ici et là des petits morceaux, dans Le goût des Autres d’Agnès Jaoui par exemple, je savais qu’il s’agissait d’une bourgeoise qui, à la fin de la pièce, part se tirer une balle en coulisses, sans raison apparente et au grand désarroi des personnages se trouvant sur scène.
Hedda Gabler est en effet une tragédie, dont l’issue fatale ne fait aucun doute. A l’instar de l’Antigone d’Anouilh (pièce que j’adore), Hedda semble être consciente d’aller à sa perte, mais elle avance tout de même, sans chercher à éviter les ennuis, en les provoquant même. Difficile de savoir vraiment qui elle est, et pourquoi elle agit. Faut-il admirer son courage, plaindre sa souffrance, ou mépriser son égoïsme ?
Elle est membre de la haute société, habituée à une vie mondaine et brillante, qui tient à préserver les apparences et redoute le scandale. Mais elle se laisse courtiser par un «ami de la famille», et par imprudence, perd le contrôle de la situation.
Amoureuse d’un homme talentueux mais dissolu, faible et alcoolique, elle choisit de s’assurer matériellement en épousant un homme pour lequel elle n’a aucune admiration mais sur qui elle peut compter. Et ensuite, alors qu’elle a renoncé d’elle-même au bonheur, elle fait son possible pour détruire le bonheur de ceux qu’elle jalouse.
Elle vit parmi des intellectuels et des érudits, mais elle semble mépriser ceux qui, dénués d’ambition, placent le savoir au dessus de la fortune.
En somme, elle fait en connaissance de cause des choix dont elle sait qu’elle ne pourra pas en assumer les conséquences.
Hedda Gabler est à ce qu'on dit l’un des personnages les plus intéressants à jouer. Tout bien considéré, elle est aussi passionnante à lire.
February 14 Joyeuse Saint Valentin !Le 14 Février n’est pas une date que je fête habituellement, mais pour cette année, swap oblige, je fais une exception. Aussi, en ce jour, je dévoile laquelle des 33 autres participantes du swap «Love is all around» organisé par Fashion et Stéphanie a eu la joie et l’immense plaisir de me préparer un colis pour cette grande occasion.
Il s’agissait de Lucie. Ce que je n’ai pas deviné tout de suite, puisqu’en ouvrant la boîboîte, je n’ai trouvé ni lettre, ni petit mot qui aurait signé le forfait. Bien sûr, le nom sur le bordereau était un sérieux indice ;) Mais il y avait aussi une Lucy inscrite au swap, et rien ne dit que l’un des pseudos ne cache pas une autre Lucie.
En fait, la carte a été envoyée à part, et n’est arrivée que le lendemain. C’est ce qui arrive quand les boîtes sont tellement remplies : il n’y a même plus de place pour y ajouter une carte postale !
Rappel des règles. Il fallait mettre dans le colis :
- 2 romans "love is all around"
- 1 DVD plein d’amour - Un objet d’amour, ou fait avec amour
- une friandise
On ne le voit pas bien sur la photo là, mais Lucie a eu la bonne idée d'utiliser une Colissimo "Distribution sans signature", ce qui évite les soucis avec les facteurs.
Tout est noir et blanc, peut-être à cause de ma région d'origine ?
Et une fois tout déballé, voici ce que le paquet contenait. Tout plein de belles choses, et que des bonnes surprises.
Ker Violette de Karine Fougeray, quelqu'un de chez moi (enfin presque, elle est du 22, moi du 56).
C'est marrant parce que plusieurs personnes m'ont offert de la violette ces derniers temps.
Et un Stefan Zweig, ce qui tombe bien.
Parce que tout le monde semble avoir déjà lu cet auteur.
Et beaucoup ont lu Le voyage dans le passé en particulier.
Et comme ça, si je n'ai pas le courage d'entamer un Zola au cours de l'année, j'aurais celui-là pour mon challenge ABC.
Et c'est vrai que c'est un introuvable. J'aime les vieux films en noir et blanc, mais Ophüls sera un défi pour moi. Je ne connais de lui que les dix premières minutes de Lola Montès.
Mais après tout, la première fois que j'ai vu Les enfants du Paradis, je l'ai trouvé tout pourri. Parfois, la première impression n'est pas la bonne. Alors à nous deux Max. Si Lucie a choisi ce film-là, ce n'est sûrement pas par hasard.
Les bonnes choses : du thé aux fruits rouges (avec de la cerise, mmmm!) et du chocolat citron-gingembre (miam, y en a plus!)
Et les petits plus : un bac à glaçons en petits coeurs, un cd (que je n'ai pas encore écouté, dsl !), et un petit carnet tout rose, tout mignon et illustré par Amandine Piu. Plein de pages blanches qui attendent qu'on y griffonne des idées.
Merci beaucoup pour tout, Lucie. Et merci aussi à Fashion et Stéphanie pour l'organisation de ce swap.
Pour ma part, j'ai swappé Lamia.
February 09 "Je pense, donc il est évident que je suis. Et, du moins, je sais ce que je suis."![]() Les Mennym
de Sylvia Waugh
(Titre original : The Mennyms)
Les Mennym vivent dans une grande maison, ont des problèmes comme tout le monde, fêtent les anniversaires...Mais pourquoi la dinde de noël est-elle en carton, pourquoi craignent-ils l'eau ... ? Sont-ils vraiment comme les autres ?
La famille Mennym vit dans une grande maison, au cœur d’un quartier résidentiel d’une ville d’Angleterre. Ils ne fréquentent pas leurs voisins, restent très discrets, certains d’entre eux ne sortent même jamais de la maison. Ce comportement cache bien évidemment un mystère. Mais le secret est révélé dans les premières pages du livre : les Mennym sont des poupées de chiffon. Des poupées grandeur nature qui parlent et pensent, animés par une magie inexpliquée, et qui jouent depuis quarante ans à faire semblant d’être une famille normale.
Ils ont les inconvénients de la vie humaine, mais pas les avantages. Ils travaillent, car ils ont des factures à payer. Mais ils ne vont jamais en vacances, et aucun d’eux, à part Appleby, l’ado rebelle de la famille, n’est assez confiant pour sortir faire du shopping ou aller au cinéma. Ils font semblant de manger trois fois par jour, ils font semblant d’avoir des souvenirs des années qu’ils n’ont pas vécues, ils font semblant que Miss Quigley, l’amie de la famille, habite une petite maison en ville, alors qu’en réalité elle passe le plus clair de son temps claquemurée dans le placard de l’entrée. Le temps n’a pas prise sur eux, mais l’ennui oui. Et au bout de tant d’années de promiscuité, prisonniers d’eux-mêmes, de leur âge et de leurs caractères difficiles, la cohabitation ne devient pas plus aisée, au contraire.
Mais un jour, une lettre arrive d’Australie. Le propriétaire de leur maison vient de décéder, et son neveu, qui hérite, décide de venir voir le vieux continent et d’en profiter pour leur rendre visite. Aussitôt c’est la panique : cet Albert Pond est une menace, et la famille doit se serrer les coudes et s’organiser pour préserver leur mode de vie, auquel ils tiennent bien qu’il soit étriqué.
Les Mennym est un livre qu’on m’a offert il y a des années, à l’époque où je faisais encore partie du public visé par la mention « à partir de 10 ans ». La tireuse d’aiguille que je suis a sans doute toujours été fascinée à l’idée de poupées si réussies qu’elles ont l’air vraies. Je l’ai lu et relu un nombre incalculable de fois, toujours avec plaisir. En le relisant une fois de plus, la semaine dernière, j’ai même réussi à réagir à des éléments qui ne m’avaient pas interpellée avant (par exemple, pour passer le temps au grenier, Pilbeam lit Orgueil et Préjugés, livre que je n’avais pas encore lu la dernière fois que j’avais ouvert Les Mennym). Les personnages ne sont pas du genre admirables, et surtout pas héroïques. Ils sont plutôt pleins de défauts agaçants. En fait, ils sont très humains dans leur banalité, et c’est sans doute ça qui les rend attachants. Ça, et leur incapacité à se défendre efficacement contre les attaques du monde extérieur, et à surmonter le tragique de leur condition. Vu leur situation, comment ne pas souhaiter qu’ils s’en sortent, et conservent leur tranquillité ?
C’est un livre simple mais pas dénué de profondeur, qui se lit vite et facilement. A offrir à vos têtes blondes, ou à garder pour vous. Pour ma part, j’ai découvert qu’il y avait tout une série de suites, et je vais m’empresser de les ajouter à ma liste à lire.
February 08 Guerre, rallonge et idéaux![]() Che - 1ère partie : L'Argentin
(Titre original : Che : Part One)
De Steven Soderbergh. Avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera, Rodrigo Santoro...
Sortie : 07/01/2009
Le 13 juillet 1955, dans un modeste appartement de Mexico, Raul Castro présente Ernesto Guevara à son frère aîné, Fidel. Guevara accepte de participer à l’opération de guérilla de Castro qui doit renverser Batista. Rebaptisé « Che » par ses hommes, Guevara mène ses « barbudos » à travers la Sierra Madre de 1956 à la victoire en 1959.
Voilà un film dont on parle depuis sa présentation à Cannes l’année dernière, d’où il est reparti avec un prix d’interprétation pour Benicio Del Toro et les félicitations de la critique.
Tout ce que je peux en dire après l’avoir vu c’est « encore heureux qu’il n’ait eu que cette récompense ! » J’ai connu Soderbergh plus apte à soulever l’enthousiasme. S’il a fait ce film, c’est sans doute que la figure du Che l’inspirait. Comment se fait-il alors qu’à force de vouloir être objectif, il ne montre de Guevara ni ses aspects positifs, ni les négatifs ? On se retrouve avec un film quasi documentaire, mais sans pédagogie ni information, qui montre sans rien démontrer la relation que le Che entretenait avec ses troupes, et leur progression dans la jungle.
![]() Or pour moi qui ai le sens de l’orientation d’un GPS sans piles, rien ne ressemble plus à un morceau de sierra qu’un autre morceau de sierra. Même si bien sûr Cuba est joli, deux heures au milieu de la verdure, c’est trop. Et Guevara, dans la mesure où il a inspiré depuis ses débuts dans la vie publique soit l’adhésion totale, voire la vénération, soit la plus complète détestation, méritait mieux que cette neutralité fadasse. On peut aduler l’icône révolutionnaire romantique dont le visage de beau gosse viril passe si bien sur les tee-shirts, ou on peut rétablir la vérité sur le boucher cruel et sanguinaire qu’il a vraiment été. Mais il aurait au moins fallu prendre parti.
Là où le film se rattrape, c’est sur la performance de Benicio Del Toro. C’est le rôle de sa vie, jamais encore je ne l’ai vu aussi bon, ni autant habité par son personnage. Il éclipse tout le monde. Je n'ai même pas remarqué Rodrigo Santoro ni Santiago Cabrera, alors que je savais qu'ils jouaient dedans. Il faut dire que si les mecs sont tous habillés pareils, tous mal rasés et sales, je ne les différencient pas les uns des autres. C'est pour ça que les films de guerre et moi, on n'est pas copains.
Dommage donc pour Benicio que l’ennui éprouvé durant la première partie m’ait dissuadée d’aller voir la seconde. La prochaine fois que quelqu’un voudra faire un film sur un commandant guerillero, peut-être que Massoud sera un meilleur choix ?
February 03 "Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien." E. Burke![]() Walkyrie
(Titre original : Valkyrie)
De Bryan Singer. Avec Tom Cruise, Bill Nighy, Carice Van Houten, Kenneth Brannagh…
Sortie : 28/01/2009
S'il a toujours été un fidèle serviteur de son pays, le colonel Stauffenberg s'inquiète de voir Hitler précipiter l'Allemagne et l'Europe dans le chaos. Comprenant que le temps presse, il décide de passer à l'offensive : en 1943, tandis qu'il se remet de ses blessures de guerre, il rejoint la Résistance allemande pour mettre au point l'Opération Walkyrie destinée à éliminer le Führer.
Alors qu'il n'était au départ qu'un des nombreux conspirateurs, Claus Von Stauffenberg se retrouve bientôt en première ligne : c'est lui qui devra assassiner Hitler...
Autant le dire tout de suite, je n’aime pas Tom Cruise. Son sourire labellisé Colgate ultrabright vingt ans d’âge me porte sur les nerfs, et je trouve plus que répréhensible sa façon d’utiliser sa notoriété pour promouvoir une organisation qui, même si elle a peut-être de bons côtés (après tout, qui suis-je pour juger, plein de gens semblent y trouver leur compte), a quand même une tendance manifeste aux dérives sectaires. Seulement voilà, ne pas aimer l’homme ne m’oblige pas à boycotter l’acteur, d’autant plus qu’il n’est pas mauvais. Dans certains de ses derniers films, il s’est même montré excellent. (Lions et agneaux, ou Collateral, pour ne citer que ceux-là). Il parait qu’à l’origine, la volonté de Tom Cruise de faire ce film vient du fait qu’il se soit découvert une ressemblance frappante avec Stauffenberg. Quant à moi, elle m’échappe totalement. Bien sûr, trouver des ressemblances entre les gens, c’est très subjectif. Je me rappelle de certains garçons au lycée qui, d’après une amie, étaient censés être des sosies de Tom Hanks et Jerry O’Connell ! Mais je soupçonne fortement que si Stauffenberg n’avait pas eu à son actif un acte héroïque, Tom Cruise ne lui aurait pas même accordé un regard.
Il n’empêche, tant mieux s’il a fait ce film, car l’opération Walkyrie mérite d’être racontée, et si possible au plus grand nombre. L’Histoire ne doit pas être réduite à ses grandes lignes. Chaque élément qui la compose, même anecdotique, a son importance. J’avais déjà vu, il y a quelques années, un téléfilm allemand sur le même sujet, avec dans le rôle titre Sebastian Koch, l’acteur désormais connu mondialement pour Black Book et La vie des autres. (A vrai dire, la raison pour laquelle je l’avais regardé était que le rôle de Von Haeften était tenu par Hardy Krüger Jr, que j’adore depuis la ![]() Voilà pour le fond. Passons à la forme.
Comme son nom ne l’indique pas, avant d’être un film sur Walkyrie, Walkyrie est un film sur Stauffenberg. Un film du genre « Gloire à notre illustre héros ». Tom Cruise est donc au centre de l’action et prend tout l’espace. Au point de laisser dans l’ombre le reste du casting, qui n’est pourtant pas composé des premiers venus. Malgré cela, Tom Cruise évite la surenchère et joue la carte de la sobriété. Un héros certes, mais qui n’en fait pas des tonnes dans le sacrifice personnel et le don de soi. Un homme prêt à trahir pour mieux servir. Un homme qui préfère renoncer à sa réputation, et éventuellement à sa vie, pour sauver son honneur. Un homme qui ne soutient pas son gouvernement parce qu’il préfère soutenir son pays. En somme, un homme qui vous dirait « je n’ai fait que mon devoir » sans vous tirer des larmes.
A ses côtés, on trouve une distribution majoritairement européenne. J’ai eu plaisir à voir Von Haeften sous les traits de Jamie Parker, mon préféré parmi les History boys d’Alan Bennett, très crispé sous ses galons pendant la plus grande partie du film mais bénéficiant d’une jolie scène finale. Bill Nighy incarne un Olbricht surprenant, figure de proue du complot qui paradoxalement a tout du fonctionnaire besogneux aux épaules étroites. Pour les autres, Kenneth Brannagh, Tom Wilkinson, Terence Stamp et Thomas Kretschmann, la seule chose qu’on peut regretter c’est que leurs rôles soient trop peu développés pour des acteurs de leur calibre. Malheureusement pour Carice Van Houten, elle n’est rien de plus que l’alibi féminin de ce film d’hommes, celle qui insuffle un peu d’humanité au roc qu’est son mari.
L’intrigue, pour être linéaire, et prévisible pour quiconque ayant un minimum de culture générale, parvient pourtant à ménager des moments de tension et de suspense. Puisqu’on sait d’avance que le plan échouera, l’idée est de comprendre pourquoi ça échoue, et comment ça aurait pu marcher. Et bizarrement, pendant un moment, on se prend presque à espérer que la fin ne sera pas celle qu’on attend, qu’ils réussiront et s’en sortiront, comme si l’Histoire pouvait être réécrite.
*** Petite note perso, au cas où Simon passerait par là : j’apprécie les références, mais j’ai vraiment du mal à considérer Bernard Hill comme une guest star, et encore moins comme LA bonne surprise du film…
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