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October 06 The luck of one member of a family is luck to all![]() The Watsons
de Jane Austen
&
Emma Watson
de Joan Aiken
Après le remariage de sa tante à qui elle avait été confiée quatorze ans plus tôt, Emma Watson se voit contrainte de revenir vivre chez son père, pauvre et malade, et de côtoyer ses frères et sœurs dont les manières et l’éducation sont très en dessous des siennes.
Au cours d’un bal, elle fait la connaissance du très admiré Tom Musgrove, de son désagréable ami, Lord Osborne, ainsi que de l’ancien précepteur de ce dernier, Mr Howard.
Octobre sera austénien, où ne sera pas, challenge oblige. Il est temps de s’y remettre.
The Watsons est l’un des deux romans commencés par Jane Austen et jamais terminés, l’autre étant Sanditon. Si le second est resté inachevé, c’est parce qu’Austen est morte pendant qu’elle l’écrivait. Quant aux Watsons, elle l’a tout simplement abandonné après en avoir écrit trois chapitres, et ne l’a jamais repris. Il existe plusieurs versions achevées du roman, dont l’une, intitulée The younger sister, est due à la propre nièce de Jane Austen, Catherine Hubback. Je n’ai pour ma part réussi à m’en procurer qu’une seule, Emma Watson de Joan Aiken.
Parlons d’abord de la première partie, The Watsons, celle donc qui a été écrite par Jane Austen, parvient assez habilement à exposer les faits et les personnages tout en plongeant le lecteur directement dans l’histoire. La quasi-totalité des personnages que l’on rencontrera au cours du roman sont présents dans ces quelques premiers chapitres, au moins indirectement car ceux qui sont absents sont présentés au travers des conversations, et on se fait très vite une idée de la situation de l’héroïne.
Emma, 19 ans, vient récemment de rentrer vivre chez son père, le Révérend Watson, après avoir passé 14 ans chez sa tante et son oncle. En effet, telle Fanny Price dans Mansfield Park, Emma a été accueillie par une parente plus riche qui s’engageait ainsi à pourvoir à son éducation et à assurer son avenir. Les tuteurs d’Emma, contrairement à ceux de Fanny, se sont montrés affectueux et ouverts, et son enfance a été heureuse. Malheureusement, après la mort de son époux par alliance, deux ans plus tôt, la tante d’Emma décide de se remarier, et d’aller vivre en Irlande avec son second mari. Sans sa nièce. Emma, privée de l’héritage et de l’avenir auxquels elle pouvait logiquement s’attendre, n’a d’autre ressource que de rentrer au presbytère de Stanton, où elle est accueillie avec bienveillance par son père et sa sœur aînée Elizabeth.
Sa sœur Margaret, son frère Robert et sa belle-sœur Jane, dont elle fera la connaissance quelques jours plus tard, montrent moins de plaisir à voir revenir Emma les mains vides. Celle sur qui ils comptaient pour assurer le soutien de l’ensemble de la famille dans l’avenir n’est plus qu’un poids supplémentaire à assumer. Emma se retrouve donc au milieu de gens qui, pour être ses parents les plus proches, lui sont tout à fait étrangers et ne veulent pas d’elle.
Cette première partie, même si elle est courte, contient déjà tous les éléments types d’un bon roman austénien : une jeune fille appartenant à une famille de la gentry désargentée, côtoyant des voisins et connaissances de classe supérieure, que ce soit par leur fortune ou par leur rang, qui n’a d’autre choix que de se marier si elle veut assurer son avenir, mais qui espère tout de même que son mariage, si mariage il y a, la liera à un homme qu’elle pourra aimer.
Passons maintenant à la seconde partie, Emma Watson, le roman de Joan Aiken. Je ne me souviens pas avoir lu quoi que ce soit de cet auteur auparavant, mais le fait et que j’ai eu des doutes sur ses compétences dès les premières lignes, car les choses se gâtent immédiatement. Jane Austen, en plus des informations précises qu’elle donne dans les premiers chapitres, avait décidé dès le début du destin de certains des personnages, ainsi que de la façon dont son roman devait se terminer, et elle l’avait expliqué dans ses lettres à sa sœur. Il n’est pas certain du tout que Joan Aiken ait suivi ses instructions, dans la mesure où elle n’a même pas été capable d’observer la plus élémentaire cohérence quand au déroulement des événements. Par exemple, à la fin de la partie « Austen », Robert et Jane quittent Stanton pour rentrer chez eux à Croydon. Ils ont invité Emma, qui a décliné. Margaret, qui habitait chez eux jusque là, reste à Stanton avec ses sœurs. Au début de la partie « Aiken », Robert et Jane sont toujours à Stanton, ils étaient en fait partis « en visite chez des amis, seulement pour la journée », et quand ils rentrent finalement chez eux, Margaret décide finalement qu’elle va repartir à Croydon elle aussi. Autre exemple, Mrs Blake, d’abord présentée comme une veuve qui vit avec son frère, Mr Howard, et tient son ménage, se retrouve en fin de compte nantie d’un mari bien vivant mais absent car capitaine au long cours, et vivant seule avec ses quatre enfants tandis que son frère vivrait apparemment… au château avec la famille Osborne (?) J’ai aussi adoré apprendre, vers la fin du roman, que Mr Watson, depuis longtemps si malade et faible qu’il ne quittait plus sa chambre, était tout de même parvenu à se rendre, seul et fort discrètement, chez son notaire dans la ville voisine pour faire modifier son testament.
S’il ne s’agissait que de quelques petites entorses nécessaires à la progression de l’intrigue, j’aurais pu passer l’éponge. Mais le vrai problème vient surtout du style. Bien qu’elle s’en réclame, Joan Aiken piétine allègrement, tant sur le fond que sur la forme, tout ce qui fait qu’on aime Austen. Au lieu d’utiliser le discours indirect, elle fait énormément dialoguer ses personnages. Qui causent, causent, causent, sans arrêt, pour ne rien dire d’intéressant, mais souvent pour exprimer un peu tout ce qui leur passe par la tête, racontant au premier venu les pires banalités aussi bien que leurs pensées les plus personnelles. Un comble pour des gens sensés vivre à une époque où la bienséance et la discrétion étaient primordiales, et où il convenait de peser ses mots et de ne pas exprimer ses émotions et ses réflexions trop librement.
En plus de ça, ces gens sont absolument entiers, manichéens, les bons comme les mauvais. Quasiment aucun d’entre eux ne subit la moindre évolution entre le début et la fin du roman. C’en est consternant. Comme si le cours des événements n’avait aucune prise sur eux. Et pourtant, Aiken n’est pas avare en événements capables de provoquer des revirements de conscience. Incidents anodins ou accidents graves, scandales pouvant faire passer la fugue de Kitty Bennett pour un départ en vacances, découvertes incroyables et miraculeuses résolutions de problèmes se succèdent à un rythme ahurissant. Ce n’est plus du Austen, c’est du Jules Verne. Je n’aurais pas été surprise si Emma avait résolu ses problèmes d’argent en découvrant un trésor dans le jardin. Hilarant.
Ce qui m’a moins fait rigoler, par contre, c’est la façon dont Emma et Elizabeth sont traitées par leurs sœurs Penelope et Margaret, et par leur belle-sœur Jane. Ces trois femmes sont des mégères, d’épouvantables sorcières. Emma n’a tout simplement aucune chance, toute sa patience et sa bonne éducation ne peuvent lutter contre leur mépris, leur hauteur, leur stupidité, leur arrogance, leur avidité et leur mauvaise foi. Ce serait comme jeter des cailloux sur un tank. J’ai eu l’impression de relire un condensé des pires moments de Princesse Sarah et Cendrillon. L’horreur intégrale. Aucun livre ne m’avait autant donné envie de hurler et de le jeter par la fenêtre depuis Le diable s’habille en Prada, et ce n’est pas peu dire.
En somme, si Austen a souvent inspiré, ça n’a pas été toujours à bon escient. Emma Watson est à vouer à l’oubli. Oui, c’est sévère. Mais imprimer le nom d’Austen sur la couverture ne donne pas le droit de publier autant d’inepties.
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